‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 15 sur 82 · A QUELLE ÉPOQUE REMONTA LA BLESSURE · texte numérisé non relu

A QUELLE ÉPOQUE REMONTA LA BLESSURE

lutte. Si la question est presque insoluble pour les blessures anciennes qui ne peuvent être rapportées à une date certaine, il n*en est pas de même heureusement des blessures récentes. Ainsi les contusions ne deviennent généralement apparentes qu'au bout de deux, trois ou quatre jours, et tardent souvent d'autant plus qu'elles sont plus profondes. Il est bon d'être averti de cette circonstance, afin de ne pas juger seulement d'après l'examen extérieur d'un cadavre, des coups qui peuvent avoir été portés dans les derniers moments de la vie. Parfois, dès le premier jour, la peau contuse prend une teinte rouge, bronzée, qui pourrait faire croire à une ecchymose plus avancée. La coloration de moins en moins foncée de l'ecchymose, qui du noir passe au bleu, au violet, au jaune, au vert ; sa largeur croissante, qui suit en quelque sorte la dégradation des teintes permet en général de nommer assez exactement les différentes phases et, par conséquent, la date d'une contusion. Toute trace de celle-ci a ordinairement disparu du dixième au vingtième ou vingt-cinquième jour, rarement davantage. Si la contusion a donné lieu à une excoriation, c'est d'après la dessiccation de la surface excoriée que l'on peut juger si elle est plus ou moins ancienne.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer danB les détails techniques propres à faire connaître les phases successives de la cicatrisation des plaies^ ou de la consolidation des fractures.

Il nous suffira de rappeler que la durée de la cicatrisation variera suivant la profondeur et l'étendue de la blessure, suivant la violence de l'inflammation et l'abondance de la suppuration ; que la couleur de la cicatrice différera également suivant le temps écoulé depuis qu'elle s'est formée, rouge ou violacée d'abord, puis pâlissant jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait blanche, en même temps qu'elle devient de plus en plus résistante. C'est à ce dernier état de blancheur nacrée et de dureté que la cicatrice persiste sous la forme indélébile qui

1. Voyez Malle, Estai mèdieO'légal iur Ut eicairiee$, (Annalet d'hygiène, iSIO, t. XXIII, p. 409.) — Lettre tur l$t plaiet Sarmet à feu, {Annalet d'hygiène, 1840, t. XXHI, p. 45S.)

Tabdieu, Blesiuru. .9

Caractérise les blessures irès-aDciennes. L'expert tiendra compte de toutes ces circonstances.

De même, s'il s agit d'une f raclure, l'obserralion enseigrne le temps que met le cal à se former. Le gonflement, la gène plus ou moins persistante des mouvements aident aussi à apprécier Tépoque à laquelle on peut faire remonter une fracture ou une luxation.

Article II. — Bans quelle position relative an blessé et de l'agresseur les coups «mt-ils été portés?

11 est souvent d'une importance capitale de déterminer quelle était la position rclalive du blessé et de celui qui &si supposé avoir porté les coups. L'accusation peut trouver là un de ses éléments les plus graves, parfois même le seul bon. D'un autre côté, l'individu qu'on accuse donne des explications qu'il est du devoir de l'expert de contrôler. Mais c'est li une question qu'il ne serait guère possible de résoudre par des prio" cipes généraux nécessairement values et incomplets, et qui. dans chaque cas particulier, soulève des difiicultés spéciales. Pour chaque espèce de blessure, il y a à considérer le siège et la direction de la blessure y Vétat des vêtements et la c^»sition du cadavre si le coup a été mortel.

;:; 1". — Siège dk la rlessure.

La blessure peut avoir été faite par un coup porté directement soit en avant, soit en arrière, par un individu placé dans la position correspondante. Cependant, dans ui>e liiiie à bras-le-corps, une blessure peut être faite dans le dos par uni; personne placée en avant. J'en al vu plusieurs exempki dont le plus saisissant est celui d'un père qui, après tvtHX longtemps abusé de sa fille, décidé à la quitter, et l'einbra!^ sant dans une dernière étreinte, lui plongea dans le dœ uo couteau qui ouvrit l'aorte en dedans de l'omoplate gauche.

Les coups portés par la main droite de l'agresseur qui fait vis-à-vis à sa victime atteignent celle-ci au côté gauche de la tôte ou du corps.

POSITION RELATrVK DU BLESSÉ ET DE L'i\GRCSS«UB. 131

D'autres fois, des blessures multiples existent sor un seul côté du corps; c'est ce que Ton voit chez les individu» frappés darant le sommeil. Un charretier, gardien de nuit d'one usine, est frappé,, dans son iit, de douze coups de haehc sur le eôté gauche du crâne. Un antre est trouré mort dans sa voiture, sur la route du Bourget, la tête fracassée par des coups exclusivement portés sur le c6té gauche.

Dans quelques cas, la lésion d'une partie isolée, fortuitement accessible, révèle en quelque sorte la position dans laquelle se trouvait l'individu au moment où il a été blessé. Un marchand de vins avait été frappé d'un coup de couteau à trois travers de doigt au-dessus de l'aine droite, pendant qu'il était sur la pointe des pieds, les bras en l'air, occupé à allumer im bec de gaz. Tous les viscères abdominaux, attirés en haut par Télévation du diaphragme et la tension du ventre, laissaient à déeooivert l'artère iliaque externe, qui seule avait été atteinte, sans que les intestins eussent été le moins du monde intéressé».

§ 2. — Direction, forme et caractères de la blessure.

La direction, la forme et les caractères de la blessure sont des sources d'indications très-précieuses, qui varient suivant la nature de l'arme employée.

£lle n'ont pas une grande portée quand il s'agit d'un instrument contondant, pour l'action duquel les conjectures ne peuvent s'établir que sur Tobliquité de la plaie contuse, et sur la forme de l'empreinte laissée par Tarme.

Dans le« blessures par instruments iranchants^ la valeur des signes fournis par la direction et la forme de la plaie est lin peu plus grande. Le point d'origine est en général marqué par la profondeur plus considérable de la plaie, qui se termine, au contraire, par une section moins profonde, et même par une sorte de prolongement linéaire. La blessure est d'ailleurs soit transversale, soit verticale, soit oblique.

Les plaies par instruments piquants sont, au point de vue qui noas occupe, celles oti la position relative da blessé et de l'agresseur est le plus sûrement indiquée et la plus

facile à déterminer. En effet, le trajet de la blessure à travers les organes suffit pour marquer la direction du coups ; d celle-ci est aisément rapportée à la position qu'occupait celui qui a frappé. Il faut toutefois, sur ce point, tenir compte de la stature comparative des deux adversaires. Un coup de couteau porté de haut en bas dans la région cervicale divise la carotide interne ; mais le meurtrier est très-petit et le blessé de très-haute taille; celui-ci se retirait et avait déjà descendu deux marches de l'escalier quand il avait été poursuivie! atteint.

Enfin, nous arrivons à ce qui touche les armes à feu^ et nulle part le problème n'est plus intéressant et plus délicat. Là, en effet, les caractères et la direction de la blessure ont une importance capitale, et permettent de fixer dans quelle position et à quelle dislance le coup a été tiré.

On sait que la chirurgie apprend à distinguer, dans le* blessures ptar armes à ieM^Vouverture d* entrée eX.Vouvef' ture de sortie ; mais il s'en faut que la doctrine soit nettement fixée sur ce point ; ce qui tient à ce que l'on n'a pas généralement déterminé, avec assez de précision, les conditions qui font varier les rapports existants entre les ouvertures d'entrée et celles de sortie.

Elles peuvent différer entre elles et de dimensions et de formes. Mais le rapport dans lequel se produisent ces différences est lui-même variable. Ainsi tantôt Touverture d'entrée est plus étroite que Touverture de sortie, tantôt les deux ouvertures sont égales, tantôt l'ouverlure d'entrée est la plu» large. La dislance et la nature des parties traversées rendent un compte exact de ces variations. Quand le coup a été tiré de très-près, jusqu'à trois mètres environ, Touverture d'entrée est plus large que l'ouverture de sortie ; à moyenne distance, les deux plaies sont de dimensions égales ; le coup tiré de loin fait une plaie d'entrée plus petite que l'ouverture de sortie. C'est ce dernier cas, le plus fréquent dans les blessures de guerre, qui a prévalu comme doctrine beaucoup trop absolue. De plus, si le projectile ayant perdu de sa force rencontre des parties dures avant des parties molles^

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comme à la face, à la poitrine, Touverture d'entrée pourra être plus large ; si, après avoir traversé une couche épaisse de parties molles, il broie un os et chasse devant lui les débris osseux, comme dans les membres, Touverture de sortie sera plus grande.

Quant aux différences de forme, il faut insister d'une manière générale sur le renversement des bords de la plaie en dedans pour l'ouverture d'entrée, en dehors pour l'ouverture de sortie. De plus, la première, dans un coup tiré à très^ petite distance, présente des bords déchirés et contus ; la seconde, c'est-à-dire l'ouverture de sortie, offre, dans un coup tiré à une grande distance, la déchirure sans contusion des bords. Enfin, la carbonisation et la brûlure du pourtour de la plaie, qui ne se voient qu'à l'ouverture d'entrée, se montrent constamment dans un tir à 16 centimètres, à peu près toujours de 16 à 32 centimètres. Au delà, et jusqu'à 1 mètre, • il n'y a plus de brûlure, mais on peut trouver encore quelques grains noirs incrustés autour de la plaie.

Le trajet du projectile ne fournit que des indications peu concluantes pour la direction du coup et la position du tireur; car les projectiles lancés par les armes à feu sont soumis à des déviations singulières et tout à fait imprévues: ils peuvent se diviser en plusieurs fragments ; et enfin, dans le cas de projectiles doubles ou multiples, leur écartement peut donner lieu à des complications inattendues. L'analyse minutieuse de chaque fait particulier et l'institution d'expériences dans lesquelles on cherchera à reproduire les conditions où il s'est produit pourront seules permettre à l'expert de résoudre les questions qui lui seront posées.

§ 3. — État des vêtements.

L'état des vêtements fournit parfois de très-bons signes pour établir la position respective de la victime et de l'agresseur.

Ainsi, pour terminer ce qui est relatif aux coups de feu, il est bon de noter que l'ouverture d'entrée ou de sortie est clairement indiquée sur un vêtement, par un trou arrondi avec

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perte de substance du c6té de rentrée, par une simple fente ou déchirure rectangulaire à la sortie.

Pour les auti'es genres de blessures, il importe de rapprocher des plaies Les solutions de continuité que peuvent ofijrir les vêtements, et de noter les dilTérences de niveau ou d'oWiquité qu'elles présentent.

Nous citerons comme un exemple intéressant à ee point ée viie Taffaire d'Auteuil ^ qui contient il est vrai pluâieurs questions éti^angèresà celle dont nous poursuivons en ce moment Tétude, mais qui peixlraitde son intérêt à ne pas être préaciitée dans son ensemble et à être disséminée dans dilTérents chaj)itres.

Obs. I. — Relation médico-légale de Ta/faire d'AuteulL La scène tragique dont la maison du prince Pierre Bonaparte à Auteuil a été le théâtre le 10 janvier: 1870 a donné lîeu à des constatations médico-légales que nous croyons utile de faire connaître.

1. Autopsie du sievr Victor Noir pratiquée^ le 11 janvier 1870, à neuf heures du matin, à NtuUly, par MM. les doctears A. TARUtev et G. Bergeron (sur l'ordonnance de M. le juge d*iii8trucUon 6«rBier).

Le cadavre que nous av<Màs ezamioé est celai d an jeune bomse grand et remarquablement fot*t. 11 repose sur son lit Têtu seulement d'une chemise et d'un pantalon : les mains sont ganieas et les pieds pourvus de leurs chaussures. La chemise, entr'ouverle et ensanglantée, laisse voir l'unique blessure qui existe sur le corps.

Celle-ci consiste en un coup de feu situé un peu au-dessoas et en dedans du sein gauche. La plaie, très-étroite et ré^lièrement arrondie, offre des bords oontus, mais sans brftlnre ni eoloratâoB noire de la peau, sans incrustation de poadre au po urt o nr ^ l'orifice.

La poitrine étant ouverte, nous con«tatons que le projectile a pénétré d'avant en arrière et dans une direction très-légèrûment oblique de droite à gauche à travers le poumon dont le bord antérieur a été effleuré et jusqu'au cœur qui a été atteint près de la pointe.

i. Tardieu, Rehlion mhdico-lêgale de Caffairc d'Auteuit, (Ann. d*hyg ^ 4870, tome XXXIH, p. 373.)

POSITION RELATIVE DU BLESSÉ ET M: L'aGHESSEUR. 1^5

La paroi antérieure du ventricnle^iroit a été perforée par Le projectile qui s^est arrêté contre la paroi postérieure de. cette cartté, en y détemûnant une contusion peu profonde sans traverser le coeur de part en part. Un énorme épanchement de sang remplit la poitrine, au fond de laquelle le projectile a été retrouvé perdu aai milieu des caillots. €*est une balle cylindix>-oonique de trée-peilt calibre, telle que celles que Ton emploie pour ies pistolets dits revolvers; remise par nons enti>e les mains de M. le jvge dUns*tructioB, elle a éié placée sons scellé. On y remarque une tiiàslégère dépression produite par la rencontre d^uue eôte dont Dafmg^. ment de très-petito dimension a été recueilli par nous au fond de la blessure.

Les antres organes n'offraient rien de particulier à constatar. Nous notons seulement que Texploratioa la plus attentiTe ne doqs a permis de reconnaître sur le visage, à la tête, sur le reste dti corps, aucune traoe de coups récemment portés, aucun indice de rixe ayant déterminé la mort. Les vêtements du sieur Notr qae nous avons soumis à un examen complet, se composaient d^un paletot de gros drap, d^une redingote et d^an gilet ti*è8^ouvert. Celui-ci n^a pas été traversé par le projectile, mais dans le point correspondant à la blessure <le la poitrine on retrouve sur le paletot et aur le double revers de la redingote, ainsi que sur la efaemise, quatre ouvertures extrêmement étroites dont les bords ne sont, non plus que ceux de la plaie elle-même, ni brûlés, ni noircis par le coup de feu.

En résumé, de l'exposé des faits qui préoôdeatet de l'examen auquel nous nous sommes livrés, nous concluons que :

lo Le sieur Noir a succombé à un coup ée feu tiré en pleine peitrine qui a atteint le cœur et déterminé une hémorrhagie pretqae foudroyante.

2^^ Le ooop n'a pas été tiré ii bout portant, nais certainement ii une distance de plus d^an mètre.

3o il n'existait sur le visage ni sur le reste du corps anenie traoe de violences ou de rixe récente.

II. Examen des véiemenis saitis sUr la personne dm sieur U. F^^rvielle, parle professeur A. Tardieu (sur l'ordcananoe de M. d'Oms, président de la hante cour de justice, en date du 14 janvier 1870).

Le paletot en gros drap garni d'un collet de velours présente deux oavertures doubles, Vune à la partie antérieure et supérieure gauche de la partie du vêtement qui correspond à la poi-

trine, très-près et en dedans du révers, Pautre traversant le collet à deux travers de doigt de son bord antérieur.

Pour la première ouverture, si on Texamine en avant, on constate qu^elle forme un trou irrégulièrement arrondi ; en arrière aa contraire elle présente une déchirure à lambeaux rectangulaires renversés en dedans — plus large que ToriÔce antérieur.

Pour la seconde c^est en dessous du collet que Ton trouve un trou à peu près rond, à bords renfoncés, tandis que dessus le velours offre une déchirure allongée un peu oblique, et le treillis qui se trouve entre les deux étoffes formant le collet, fait saillie an dehors.

Ces déchirures, bien que différentes en apparence de celles qni existent sur les vêtements du sieur Victor Noir, ont pu être faites par un projectile semblable à celui que nous avons extrait de la blessure à laquelle ce dernier a succombé.

Les déchirures qni se trouvaient sur le paletot appartenant à M. Fonvielle ont pu être produites par un seul projectile qui, dirigé très-obliquement de droite à gauche et de bas en haut, a glissé au-devant de la poitrine et de Tépaule et traversé le vêtement en deux endroits.

D'où il résulte, en raison des différences que présentent les deux orifices sur chacun des points qui viennent d^être indiqués, que le revers et le collet du paletot ont été traversés de dessous en dessus.

Si Ton veut "se rendre un compte plus exact de la direction qu^a suivie le projectile, et pour en mieux juger, nous avons fait revêtir le paletot à un aide et avons examiné les choses sur place; on voit alors, le paletot étant ouvert et renversé, que les deux ouvertures doubles sont placées sur la même ligne dans une direction très-oblique de droite à gauche et de bas en haut; une tige introduite à travers les quatre trous permet de reconnaître avec la dernière évidence quUls ont été faits par un seul pt*ojectile et pendant un trajet très-nettement déterminé. Passant au-devant de la poitrine entre la redingote et le paletot, perforant ce dernier vêtement d^ abord près du revers et se dirigeant ensuite au-devant de Tépaule gauche, la balle aurait traversé le bord du collet avant de sortir vers la partie supérieure.

Toute autre déviation du projectile eût certainement intéressé Tépaule ou la poitrine et produit une ou plusieurs blessures ; et de même la supposition de deux projectiles ne pourrait être admise en présence de Tunité de direction et des rapports constatés entre les quatre solutions de continuité qui existent sur le paletot.

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