‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 16 sur 82 · POSITION RELATIVE DU BLESSÉ ET DE L AGRESSEUR · texte numérisé non relu

POSITION RELATIVE DU BLESSÉ ET DE L AGRESSEUR

Ajoutons quUl n^y a autour des déchirures du vêtement ni brûlure ni coloration noire du tissu.

Si Ton compare ces déchirures avec celles que nous avons précédemment reconnues et décrites sur les vêtements du sieur Victor Noir, nous constatons que celles-ci traversant le paletot, la redingote et la chemise dans un seul point, ne peuvent offrir aucune comparaison avec celles du paletot du sieur Fonvielle au point de vue de la question de Tentrée et de la sortie du projectile. Elles sont toutes égales et très-régulièrement arrondies. Elles offrent de plus une différence au point de vue de leur dimension qui est beaucoup plira petite, «mais cette particularité nHmplique de différence que dans la distance à laquelle le coup a été tiré et non dans la nature et le volume du projectile.

En résumé, de Texamen et des considérations qui précèdent, nous concluons que :

Les déchirures qui se trouvent sur le paletot appartenant à M. Fonvielle ont pu être produites par un seul projectile qui, dirigé obliquement de droite à gauche et de bas en haut, a glissé au-devant de la poitrine et de Tépaule, et traversé le vêtement en deux endroits.

III. Consultation médico-'lègale sur Us constatations dont la personne du prince Pierre Bonaparte a été Vobjet^ par M. le professeur Â. Tardibu (sur Tordonnance de M. d^Oms, président de la haute cour, en date du 18 janvier 1870).

Nous avons reçu communication des pièces suivantes: lo la déposition de M. le docteur Morel en date du 11 janvier; 2^ la déposition de M. le docteur Pinel en date du même jour ; 3o le procès-verbal de transport à Phôtel du prince Pierre Bonaparte en date du 15 janvier, comprenant Paudition du docteur Morel ; 4? enfin une nouvelle déposition du même médecin reçue par M. le président de la haute cour le 17 janvier.

Ces divers documents nous ont permis de nous former une opinion sur le fait soumis à notre appi*éciation et que nous n^avons pas été appelé à constater par nous-même. Avant de nous prononcer nous rappellerons sommairement les faits tels quUls sont exposés par les deux médecins entendus dans l'instruction. Nous nous expliquerons ensuite sur les conclusions quUl nous paraît légitime d'en tirer.

Le docteur Morel, qui a vu le prince vers deux heures et demie, c'est-à-dire presque immédiatement après la scène du 10 janvier, constate que « le prince avait sur la joue gauche une très-forte

138 CIRCONSTANCES OÙ LKS BLESSURKS ONT ÉTÉ FAlfKS.

rougeur avec une apparence de légère eochymose et de gonflement comme si la main qui avait frappé avait un corp® dur^ soit «u bague, soit la pomme d'une canne. « J*affirme àe im façon la \àns énergique que la trace de cette voie de fait était tout ea qn'ii j avait de plus évident. »

' Appelé environ une heure et demie plus tard, M. Pinel constate la même fait en ces termes : a Le prince portait à im joa« gaiche, à la région mastoïdienne, une ecchymose de la dimension d'ai€ pièce de deux francs environ dont le segment postériear «t \9iii' cal était plus prononcé que la paitie antérieure. » Qna^lie eoe* fuse que soit cette indication, où M, Pinei sembla - confondre h joue avec la région mastoïdienne, constituée, conune on le sait par la saillie qui existe derrière Toreille, le fait de l'eFUsteDor d^une meurtrissure récente de la peau du visage chez le prioct* Pierre Bonaparte est très-uettement établie par cette donbie dédiration.

Il y a eu dans un point de la face, et suivant La déclaration ic docteur Morel, dans le voisinage de Tangle inférieur de la mâchoire du côté gauche, là où la joue se termine^ une contosif» caraclérisée dans les premiers moments par une très-lorfte roa* geur et un gonflement des téguments et par une extravasation de sang arrondie et assez étendue, puisque Tun des <leaK médeôti lui a assigné les dimensions d'une pièoe de deux francs. €etfc ecchymose, d'abord peu apparente et légère, chose importaile. parait s^être montrée plus foncée à M. Pinel qu'au prenûereteer valeur, ce qui est La conséquence du temps écoulé entre les dctx visites ; elle a en outre persisté et est restée visible pendaal dasi jours au moins.

IVL le docteur Morel déclare très-explicitemeai snr ee dernif point, et nous citons ses propres paroles, u que nânae après qvft* rante-huit heures on voyait encore très-bien les traoes de la violence qui se manifestait par une teinte jaune et un peu de gcolie' ment. » Cet honorable témoin ajoute que depuis et voyant le prisK tous les jours, il n^y a plus fait attention; ce qui permet de croira que la trace a pu n'être pas encore complètement effacée et 9^ prolonger au delà de sa dernière constatation.

La contusion avec ecchymose sur la joue gauche du priaee ii^ donc caractérisée, à la fois dans son existence et dans son évolo' tion, qui a été exactement celle que suivent les blessures dt et" genre avant de disparaître complètement. Il convient d'ajouter qv le moment où s^est produite cette contusion est fixé d^uae

POSITION BBLATI\'Ë DU BLESSÉ ET DE L^AGBRSSecni. i^^

certaine par la rougeur «t le gonâernant existant lors de la premièi^ exploration du docteur Morel, qui, ayant ru le prince malade le matin môme à dix heures^ a pu en toute oonnaissaiHse de cause apprécier la date toute réeeftte de la lésion qu^il a trouvée à deux heures et demie sur le visage du prince.

Le fait étant ainsi parfaitement établi ei constant, il convient d'en préciser la cause, et de rechercher dans les ciTconetanceB déterminées où elles ont été ohaervées, à quelle nature de violences, peuvent être sûrement ou du moins avec tonte vraisemblance attribuées les traces de contusion constatées sucoessivement par deux médecins sur la joue gauche du prince.

M. le docteur Morel n*hésite pas à les rapporter à un coup directement porté. — • Dans sa première dé|K>sition il dit très-positivement qu'il s'agit d'une voie de fait, <i comme si la main qui avait frappé avait un corps dur, soit une bague, soit la pomme d'une canne, n C'est là unie supposition. Dans sa dernière déclaration, M* Morel se borne à renouveler son affirmation et à dire que sans aucun doute pour lui Taspeet de la joue, le gonflement et l'ecchymose provenaient d'un coup porté avec violence et qu'il est impossible de les attribuer à n ne autre cause.

M. Pinel, d'aeoord en tous points sur le fait avec le docteur Morel, donne plus de place à l'hypothèse, et après avoir confessé la difficulté qu'il éprouve à expliquer oe qui a pu causer l'ecchymose, il se livre à des suppositions absolument gratuites qu'a réfutées de ^la manière la plus pérempfeoire M. le docteur Morel dans sa déposition du 17 janvier. Nous croyons inutile de revenir à notre tour sur ce qu'il y a d'absolument inadmissible dans oee prétendues explications, le ricochet d'un projectile, la projection, d'éclat de bois ou de plâtras, que démentent à la fois et le bon sens et les caractères de la blessure et Tinspection des lieux.

Il reste une dernière explication que M. Pinel lui-même est bien forcé de placer en première ligne, celle d'un soufflet; il est vrai qu'il ajoute, a donné par une main dont le doigt aurait en une bague ou bien encore armée d'une tète de canne. »

Nos constatations personnelles faites de concert avec M. le docteur G. Bergeron, lors de l'autopsie cadavérique de Victor Noir, nous permettent de donner à cet égard quelques éclaircissements précis. Nous ne parlons pas , bien entendu , de l'impossibilité d*un coup porté avec la pomme d'une canne, nous n'avons rien à dire sur ce point. Mais en ce qui touche les dépositions d'une bague portée parla main qui a frappé, nous rappellerons que Victor Noir avait

gardé ses gants. N^ayant pas cru devoir les enlever, afin de ne faire dans Texamen du corps que le point nécessaire, nous avons constaté que ces gants étaient noirs, tout neufs, très-exactement tendus sur les mains, et à travers la peau du gant nous nous sommes assuré qu^aucun des doigts ne portait de ba^ue. — Une auti'e particularité qu'il n^est pas sans intérêt de noter, et qae nous avons également constatée, c^est que les manchettes de li chemise de Victor Noir étaient fermées par de gros boutons de nacre arrondis, larges et brillants, auxquels, dans le cas où le coup aurait été porté par lui, il ne serait pas impossible d^attribuer la meurtrissure du visage du prince.

Mais sans attacher à ce détail plus dUmportance qn^il ne convient, nous montrerons sur ce fait évident qu^un coup porté non plus avec la main ouverte, mais à poing fermé, suffirait pour expliquer de la manière la plus satisfaisante et la très-forte rougeur et le gonflement de la face et Tecchymose arrondie et persistante. 11 y a à cette explication d'autant plus de vraisemblance qu^un simple soufflet donné avec la main gantée n^eût pas, aussi sûrement qn^un coup de poing, produit les traces qui ont été constatées.

Est-il besoin d^ajouter qu'en aucun cas la couleur noire du gant neuf et intact n^aurait pu s^imprimer sur la partie de la face qni a été atteinte.

En résumé, de Texposé et de la discussion qui précèdent, nous concluons que :

Tout concourt à démontrer que les traces de contusion constatées par les docteurs Morel et Pinel sur la joue gauche du prince proviennent d^un coup directement porté, et ne peuvent être attribuées à d^autre cause qu^à une voie de fait.

î^i 4. — Position du cadavre.

Lorsque les coups ont été mortels, et que Texpert a à constater un meurtre ou un assassinat, la position du cadavre est un indice d'une grande valeur.

Généralement, on admet que la chute du corps a lieu en avant ou en arrière, suivant que le coup a été porté par devant ou par derrière. Cependant il arrive souvent qu'une blessure au front, un coup do feu notamment, amène la chute sur la face.

J'ai déjà cité des exemples qui montrent que la position

DANS QUEL ORDRE LES BLESSURES ONT-ELLES ÉTÉ FAITES. i4i

dans laquelle Tindividu a été frappé est celle où on le retrouve après sa mort, soit qu'il fût endormi ou étourdi du premier coup. Chez des pédérastes, chez des femmes tuées au moment d'un rapprochement sexuel, il n'est pas rare que la situation du cadavre révèle cette circon tance si grave.

§ 5. — Taches.

Il est un dernier ordre de preuves que Ton pourrait trèsutilement tirer du siège, du nombre, delà forme et de la disposition des taches de sang ou autres qui 'peuvent se trouver sur la victime, sur le meurtrier supposé, sur des armes ou des objets saisis en sa possession, sur ses vêtements, sur le lieu où le crime a été commis.

L'expert est appelé à en déterminer la nature et, ce qui n'est pas moins important, à établir dans quelles conditions elles ont été faites. Il reconnaîtra ainsi à l'aide des caractères physiques, chimiques et miscroscopiques, les taches de sang, de * matière cérébrale , les débris de peau, de chair, de tissus quelconques, les taches déterre, de boue, de poussière et de plâtre.

D'un autre côté, les conditions dans lesquelles ces diverses taches auront été faites, fourniront un élément important pour préciser les circonstances du crime et notamment la position relative de la victime et de l'accusé, la lutte et la résistance, l'identité de l'accusé, l'emploi de telle ou telle arme, et la simulation de certaines blessures.

Mais les taches, au point de vue de la médecine légale, demandent une étude spéciale ^ .

Article III. —Dans quel ordre les blessures ont-elles

été laites 7

L'ordre de succession dans lequel des blessures multiples ont été faites n'est pas toujours indifférent. U servirait, s'il

1 . Voy. Tardieu et Ch. Robin, Mémoire tur l'examen mieroteopiquedet taches formées par le meconium de l'enduit fœtal, pour servir à V histoire médicolégale de Vinfantieide, {Ann, d^hyg,, 1857, 2* série, tome VII, p. 350.)

142 aaCONSTAHCES où LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITBS.

«lait bien établi^ àreconsiituer la scène de violences, et aideraiià suivre le meurtrier à la trace des coups qu'il aurait portés. Mais cet ordre, s'il n'est pas impossible, n est pas toujours facile à déterminer. Des considérations générales aotH ici peu applicables. Il faut faire appel, pour chaque cas particulier, à la sagacité de l'expert.

Il pourra cependant se guider d'après certaines données:

En premier lieu, la gravité relative des blessimes et laçonstatation de celle qui aura dû entraîner immédiatefociit la mort ou seulement la chute du corps ; la comparaison éo siège des blessures avec la position occupée par le cadavre. Un homme est tué d'un coup de bâton sur la lèle, et présente, outre la plaie de l'oreille et delà tempe, de petites contusioiis sur la face et le nez. Celles-ci sont évidemment consécatiTes à la première blessure, et résultent de la chute produite par la commotion cérébrale.

Dans des cas nombreux, on trouve aux mains des victimes des plaies qui annoncent leur résistance et qui ont maDifestement précédé les blessures plus graves dont la mort a été ïtt conséquence.

Parfois, deux blessures sont très-rapprochées et toale> semblables ; il y a lieu de penser qu'elles ont été faites coap sur coup, et au point de vue de l'ordre de succession, il y a à les comparer non entre elles, mais avec les autres.

Dans le cas de blessures multiples, on pemt en rencontrer qui offrent tous les caractères de blessures faites en pleine vie ; d'autres, au contraire, qui n'ont atteint qu'une vie presque éteinte, ou môme qui sont postérieures à la mort, ce (jue permet de juger l'état du sang épanché ou infiltré dans la plaie, coagulé ou non. Je me souviens, à l'appui de cette considération, d'avoir fait l'autopsie d'une femme qui avait reçu plus de vingt blessures, presque toutes à la nuque, par lesquelles avait eu Heu une hémorrhagie énorme. Un dernier coup lui avait été porté en plein cœur, et la plaie de cet organe n'avait donné qu'une très-petite quantité de sang ; il était cependant tout à fait vide. On ne pouvait douter que le cœur n'eût été atteint qu'après les autres parties.

ACTES ACCOMPUS PAB LA V1€T^» APRKS LES BLESSURES. 44*^

EniÎD, nous appellerons Tattention de l'expert sur Tétai de rarme qui a servi à faire les blessures, et que Ton troove sonvent tordue, épointée, brisée. jEn rapprochant Tarme des blessures, on reconnaîtra qu'elle s'est ainsi faussée, sur une surface osseuse, dans un coup postérietirà ceux qui avaient été dirigés sur des parties moins résistantes. Un indiridn assassiné porte quatre blessures faites par un instrument piquant et tranchant : trois dans la poitrine, où nous constatons no^ tamment une perforation très-nette du péricarde et dn cceor ; la quatrième, à la joue et an fond de cette plaie; dans Tépais^ seur de Tosmalaire, est enfoncée la pointe brisée de Tarme. Nous n'hésitons pas à regarder ce conp comme le dernier, malgré la gravité mortelle de la plaie du cœur.

On le voit, les données à Taide desquelles peut être résolue la question de Tordre de succession des blessures sont variables à l'infini, et ne peuvent ressortir que des particularités d«i fait même qu'il s'agit déjuger.

Article IV. — Certains actes ont-ils pu être accomplis par la victime après les blessures reçues?

I>ans les mille incidents dont se compose un drame criminel, il en est qui, sans importance apparente, peuvent acquérir, dans la procédure ou dans les débats judiciaires, une gravité que le vulgaire ne saurait soupçonner, mais que la pratique de la médecine légale apprend à prévoir. De ce nombre sont les actes qat peuvent permettre à un blessé les coups qu'il a reçus. A-t-îl pu crier, parler, marcher, courir, survivre pendant un temps plus ou moins long? Le médecin seul, on le comprend, peut répondre à ces questions ; l'expérience lui fournit des solutions qui déconcertent au premier aboi'd les jmncipes scientifiques en apparence les mieux établis.

La nature de l'organe lésé est ici le point essentiel.

Tantôt la blessure deTorgane abolit complètement la fonction, telle est la section du larynx qui détruit la faculté d'émettre des sons ; mais qui n'empêche pas l'articulation des mots à voix basse et l'émission même de quelques sons,

lorsque les lèvres de la plaie sont rapprochées. Tantôt les organes intéressés sont de ceux que Ton considère comme indispensables à la vie, le cerveau, la moelle, le cœur dont il semble que la lésion profonde ne puisse se concilier avec la conservation même momentanée des fonctions.

Il faut bien savoir, au contraire, que des blessures, mèo»' étendues et nécessairement mortelles de ces organes, sont compatibles avec Taccomplissement de certains actes. U commotion et la perte de connaissance ne sont pas la conséquence nécessaire de toute plaie de tête, même avec fracture du crâne. M"' Peytel, frappée à mort de deux coups de feu à la tète, a pu courir et crier. Brierre de Boismont cite le cas d'un suicidé qui, après s'être brisé la tempe d'un coup de pistolet, a pu ouvrir une croisée, monter sur le bord et s'élancer dans Tespace. Des plaies du cœur n'ont pas empêché les blessés de parcourir une certaine distance; j'en ai vu un. avecBayard, qui avait fait au moins cent pas. Une blessure d'un gros tronc artériel, la carotide, permet à un jeune homme de descendre un étage, et de faire quelques pas dans la rue.

Les mutilations énormes d'autres organes né s'opposent pas non plus d'une manière absolue à l'accomplissement de certains actes. Nous avons rapporté des exemples d'arrachement de la presque totalité des intestins et de la matrice, qui ont permis de parler et de vivre près d'une heure. La rupture du diaphragme accompagnée de broiement de la rate, de déchirure des intestins, suite d'écrasement par une voiture lourdement chargée, a laissé à un pauvre chçtrretier, dont Delmas (de Montpellier) rapporte l'observation, le pouvoir de faire deux lieues tantôt à pied, tantôt sur sa voiture. Et ces exemples ne sont pas absolument rares dans les annales de la science.

Article V. — Existe-t-il des traces de résistance

ou de lutte?

Les traces de résistancebu de lutte doivent être recherchées* sur la victime et sur l'accusé.

EXISTE-T-BL DES TRACES DE RÉSISTANCES OU DE LUTTE. i45

La victime qui résiste cherche à parer les coups avec les mains et les bras. C'est là qu'il faut chercher des blessures nombreuses dont le siège est souvent caractéristique. Sur le bord externe de Tavant-bras, dans les plis de la paume des mains qui ont saisi la lame meurtrière, on trouve des plaies profondes. Les doigts sont parfois presque entièrement coupés. Dans bien des cas, le blessé tombe, se traîne à terre et se fait aux genoux, aux jambes, des excoriations et des contusions.

Mais la victime tente quelquefois de se défendre à Taide des armes naturelles dont l'empreinte peut se retrouver sur la personne de l'accusé. L'expert, chargé de l'examiner, doit procéder à une visite complète. Il constatera, le plus souvent, des coups d'ongle au visage et sur les mains; des coups de pied dans le ventre, aux parties sexuelles ; des morsures aux doigts et fréquemment des taches de sang.

Lorsqu'il y a eu lutte, l'accusé peut soutenir qu'il n'a porté le coup qu'en se défendant, et que c'est le blessé qui s'est enferré lui-même.

La question est fréquente dans les duels, et le médecin légiste a à se demander si la blessure, en raison de son siège et de sa direction, a été faite dans la ligne de combat ou en dehors de cette ligne. Dans une affaire de cette nature, d'une excessive gravité, Ollivier (d'Angers) avait conclu à l'enferrement, parce qu'il existait sur le cartilage de la côte une dépression et une rainure produite par le choc du corps de la victime, venant heurter de tout son poids contre le fer; et parce que les muscles sous-jacents avaient été lacérés par la vacillation du corps. Ce sont là des indices bien subtils et sur lesquels il serait souvent hasardeux de fonder une appréciation médico-légale.

Dans quelques cas, la profondeur de la blessure et le siège * exceptionnel qu'elle occupe fournissent des preuves plus sérieuses. C'est ainsi que j'ai vu s'accomplir accidentellement un parricide dont j'ai pu démontrer le caractère involontaire. Une pauvre vieille mère se jette, les bras étendus, entre ses deux fils qui se battaient à coups de couteaux; et elle reçoit dans

Tardiru, BUuuret, 10

i46 CIRCONSTANCES OÙ LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.

raisscile, et jusqu'au fond de la poitrine, Le coup que l'un destinait à l'autre.

Article VI. — Les blessures doivent-elles être Impatées à plusieurs individus ou à un seul?

On comprend de quelle importance il peut ôtre, au commencement d'une affaire criminelle, de reconnaître si un meurtre a exigé le concours de plusieurs, ou s'il est rœuvre d'un seul. La direction des poursuites dépend du jugement pt>rté par l'expert; et jamais question plus délicate n'a exitè une plus grande réserv-e. Nous ne pouvons qu'insister sur ce précepte général, sans l'appuyer sur des règles applicables à tous les cas. Nous nous contenterons de poser quelques principes propres à le guider.

(Juclques données peuvent enfin être déduites du défaut de résistance do la victime. Si sa force lui eût permis de lutter contre un seul agresseur, et que, dans tel ou tel genre de mort lionnée, on ne trouve aucune trace de lutte, il v a lieu de supposer que plusieurs agresseurs l'ont assaillie.

Le nombre même considérable des blessures n*a aucune signification. J'ai examiné le cadavre d'une femme qui portait près de cent blessures faites avec des ciseaux. L'identité des lésions indiquait un seul meurtrier.

La diversité des blessures, supposant l'emploi de plusieurs armes différentes, peut conduire à la pensée d'un crimo commis par plus d'un assassin.

Mais l'erreur à cet égard est facile. Il faut prendre garde que des armes déforme particulière peuvent laisser des trace? irrégulières et assez difficiles à saisir.

L'exemple Je plus frappant que j'en puisse citer est celui qu'a fourni le meurtre de la ducbessc de Praslin. Sur le cadavre, on constatait trois espèces de blessui^es d'aspect dis- Jinct. Des contusions sur le front, des plaies nombreuses faites avec un instrument tranchant, et enfin, sur le sommet de la tète, d'autres plaies à lambeaux, en forme de V, qui simulaient l'emploi de trois instruments vulnérants, et, par

suite, l'intervention de deux personnes au moins. C'est à cette conclusion qu'inclinaient les esprits à l'heure des premières constatations. Mais nous ne tardâmes pas à montrer que rien n'était moins prouvé; et le fait vint conCrmer l'opinion des experts qui admettaient la possibilité du crime accompli par un seul. Deux armes seulement avaient été employées, le pommeau d'un pistolet* et un poignard corse dont oa s'était servi tantôt par le tranchant, tantôt par le talon moussa et recourbé de la lame.

L'intérêt pratiqua qui s'attache à cette question nous fait un devoir de^reproduire les détails de cette affaire.

Obs. I. — I. Examen de U chambre et autopeie eadaviri^e de jtf m*te duchesse de Praslin ^. — Lorsque nous avons été introduits dans la chambre à coucher de la duchesse de Praslin , son cadavre était étendu sur un matelas placé à terre au milieu de la chambre. La partie de ce matelas où reposait la tête était imprégnée d'une grande quantité de sang encore humide provenant manifestement du contact du crâne ensanglanté. Mais de pins, il •xistait un peu an dehors, sur le même côté dn matelas, une large tache de sang desséché qui paraissait pénéti^er à une assez grande profondeur.

Le lit était complètement défait, et nous avons remarqué, seulement sur le traversin, une iache de sang assez large, mais peu épaisse. Les rideaux de mousseline brodée qui entourent le lit sont également souillés de sang, non^seulemeai au niveau de la draperie qui tombe à droite de la tête du lit, mais surtout en arrière du monùint même du lit, dans la partie qui fait face à la petite porte d'entrée.

Cette dernière tache» large comme les deux mains, imprègne foriement la mousseline. L'oreiller, qui a été transporté du Ut sur la causeuse près de la cheminée, est dana toute sa largear couvert de taches de sang très-étendues et très-colorées. Si, en s éloignant du lit» on fait le tour de la chambra, en commençant par le côté de la cheminée, on constate que le bord du marbre de la cheminée et celui du maribre blanc qui recouvi'e un petit meuble placé entre celle-ci et la peèite porte d'entrée, offre d'une part une

i. Tardieo, Beiatien mêOeo-Ugale de tatêossinai 4e Af->« la dnchuu dr Preaiih et dti suiùdede VoûeusL {Ann. d^h^.f tome XXXVIII, p. 367.)

ii8 CIHCUNSTANCES OÙ LES BLESSURES 05T ÉTÉ FAITES.

couche de sang étendu en nappe et semblant proyenir du contact d^une main ensanglantée qui aurait saisi cet appui ; d^une autre part, une très-grande quantité de petites taches ponctuées ayant Papparence du granit et produites par du sang qui a jailli. Ces dernières taches se remarquent principalement vers le côté gauche de la cheminée. Le chambranle droit est taché par le sang qui s^est écoulé le long des bords du marbre..

Sur la cheminée sont placés deux candélabres revêtus d^un étui en percaline et une pendule recouverte d^un globe de verre. Deux cordons de sonnette terminés par de gros glands en soie, pendent de chaque côté. Il est à noter que celui de droite ne tombe pas Te^ ticalement, mais a été tiré en dedans du candélabre. L^étofie qui recouvre celui-ci est souillée à la base par du sang, et la forme des taches indique que cette partie a été saisie par une main ensanglantée. Il en est de même des deux cordons de sonnette dont les franges sont fortement détachées.

Le candélabre du côté gauche, le globe de la pendule du même côté, la glace, le montant de la porte du boudoir, cette porte ellemême, le panneau qui la sépare de la fenêtre et qui est situé à 2 mètres environ en arrière de la causeuse, tous ces objets offrent un plus ou moins grand nombre de taches ponctuées et disséminées formées par du sang qui a jailli en certains points jusqu'à une hauteur de 2 mètres et demi.

La causeuse placée près de la cheminée et de la porte du boudoir et sur laquelle le cadavre a été trouvé, est en quelque sorte traversée par le sang. La housse en étoffe perse qui la recouvre u^offfe plus qu^une seule nuance, celle du sang qui Timpi-ègne et dont on retrouve des parties coagulées À la surface. Des cheveox adhèrent à cette housse ^ensanglantée et se mêlent aux caillots desséchés.

Un petit guéridon en bois de rose, qui a été trouvé renversé aa milieu de la chambre, est comme moucheté par une très-grande quantité de petites taches de sang analogues à celles que nous avons notées sur la porte du bouduir et dans d^autres points.

La porte du salon, sur la face qui regarde la chambre à coucher, est souillée par des taches de sang nombreuses et dont la forme est tout à fait remarquable. On y reconnaît en effet, de U manière la plus évidente, Tempreinte de doigts ensanglantés qui auraient été successivement appliqués sur cette porte et principalement autour de la serrure et du verrou qui la fermaient.

Knfin, une tache plus petite et beaucoup mieux circonscrite

existait aa niveau de la serrure intérieure de la petite porte d^entrée. Du côté de cette porte et près de la cheminée, le tapis était caché en plusieurs endroits ; et nous avons trouvé également à terre, notamment près de la porte du boudoir, des tou£fes de cheveux coupés ou arrachés.

La chemise et le bonnet de nuit que portait M"'^ la duchesse de Praslin sont dans toute leur étendue colorés par le sang.

Autopsie cadavérique. — État extérieur. — La rigidité cadavérique existe, mais elle n^est pas très-prononcée, si ce n^est aux mains. L'embonpoint est extrêmement considérable.

A partir de la poitrine, les parties inférieures du corps, en avant, en arrière et jusqu^aux pieds, sont souillées par une couche de sang desséché, peu épaisse et provenant du contact d\m tissu ensanglanté.

Il existe dans les différentes régions du corps des traces de blessures nombreuses dont suit Ténumération .

A. A la tête. — Dans la région frontale : 1° au niveau de la ligne médiane, on voit une plaie longue de six centimètres, obliquement dirigée d^arrière en avant et de gauche à droite. Ses bords dans la moitié postérieure sont nets et réguliers et infiltrés de sang coagulé.

2o Un peu en arrière de la précédente, se trouve une plaie de quatre centimètres, à peu près semblable et qui se réunit avec elle par son angle antérieur, de telle sorte que ces deux plaies forment en avant une sorte d'M renversé.

Les branches médianes de TM sont représentées par un lambeau dont Pangle et dont les bords sont contus à tel point que le cuir chevelu présente en cet endroit une épaisseur de moitié moindre que celles des parties voisines ; le tissu est comme désorganisé et noirci.

3o Une plaie longue de 6 centimètres, à bords réguliers, se trouve, plus en arrière, parallèlement aux précédentes.

Ces trois plaies du cuir chevelu correspondent à trois sections très-nettes du péricràne, et la table externe de l'os frontal offre au niveau de ces solutions de continuité un enfoncement linéaire très-régulier pour la première, avec refoulement et écrasement des parties les plus superficielles de Pos.

4o Au niveau de la bosse frontale du côté droit se voit une plaie contuse de 4 centimètres d^étendue dont les bords sont comme mâchés. II existe une dépression très-marquée des parties molles

et une large ecchymose avec infiltration de sang coagulé autour d« cette plaie, dans ane étendue de 2 centimètres de rayon dans tons les sens.

5^ Au-dessus de la précédente, une plaie également contusede 3 centimètres de largeur, avec attritiou des bords et d<^pressioB des parties voisines. La peau et le tissu cellulaire, au niveoM de cette plaie, sont réduits en un détritus qui s^enlève au moindre contact Une portion même de la substance manque au centre de la solution de continuité.

Ces deux dernières plaies présentent, tous réunis et au pins haut degré, les caractères des plaies qui résultent de Taction d'ai instrument contondant.

6° Dans la région pariétale droite existe une longue plaie oblique qui n^a pas moins de? centimètres d^étendue, et qui intéressé non-seulement les téguments et le périoste, mais la table externe du crâne. Le diploé est mis à nu.

7o Dans la région occipitale : en haut, on remarque une plaie longue de 8 centimètres, un peu oblique de bas en haut et de droite à gauche, qui pénètre jusqu'à Tos dont elle a entamé la surface. L'infiltration de sang coagulé est bornée aux lèvres de la plaie.

8o A 4 centimètres au-dessous de la précédente, une autre plaie transversale de 8 ceatimètres de longueur, avec enfoncement delà table externe de l'occipital et écrasement de la substance osseuse superficielle dans une étendue de 6 centimèti*es. Elle est réduite en une sorte de poussière et des éclats assez considérables s'en détachent.

9° Au niveau de l'articulation de l'occipital avec la colonne vertébrale existe une plaie parallèle à la précédente et qui n'a pas moins de 9 centimètres; elle atteint également la surface de V» et présente vers son angle externe une ecchymose assez large et qui occupe toute l'épaisseur du cuir chevelu.

lOo Une plaie plus large encore que la précédente, dont elle n'est séparée que par un lambeau de peau de 2 centimètres seulement, s'étend transversalement d'un des côtés de l'occipital jusqu'à l'oreille gauche dont le lobule est profondéinent divisé. Cette plaie, longue de il centimètres, divise les muscles de la région occipitale jusqu'aux os.

lio A la nuque, on voit encore une plaie longue de 6 centimètres, un peu oblique et qui ne pénètre pas an delà de l'aponé^ vrose.

Les cinq larges plaies que nous venons de décrire et qui occupent la région occipitale, sont superposées presque parallèlement les unes aux autres; elles sont toutes remarquables par leur profondeur, leur étendue, la régularité de leurs bords; et les lésions de la table osseuse du crâne qui existent dans les quatre premières, indiquent qu'elles résultent de coups assénés avec une extrême Tiolence et à Taide d^un instrument très-tranchant La direction des lambeaux de chacune de ces plaies montre qu'elles ont été faites de haut en bas, lorsque le corps était renversé et la face inclinée en avant. Les artères qui ont été divisées dans ces différentes plaies sont assez volumineuses pour que le sang en ait jailli À une grande hauteur; et si Ton rapproche ce fait de Pexistence des taches ponctuées qui se trouvaient sur les objets les plus voisins de la causeuse, on est porté à admettre que c'est dans cet endroit et k cette place qu'ont été portés ces derniers coups.

12o A la faci^ nous remarquons sur le dos du nez, À sa partie supérieure, sur le côté droit et en dehors de Paile droite, quatre excoriations superficielles linéaires, ayant la forme que donnerait rimpression des ongles.

13» Au-dessous de Toeil gauche existe une excoriation stip^râcielle qui s'étend de la paupière inférieure Jusqu'à la moitié de la joue.

14<> A la face interne de la lèvre inférieure, la membrane muqueuse est éraillée comme par une forte pression exercée contre les dents ; il y a en même temps une ecchymose sous-muqueuse assez étendue.

15<» Au milieu du menton une petite plaie transversale de 1 centimètre n'intéresse que l'épiderme.

16o Au côté gauche 'de la face, en dehors du menton et autour de la bouche, ou compte sept ou huit exoorations dont les unes sont ponctuées, les antres demi-circulaires en forme de coups d'ongle.

Ces nombreuses excoriations qui existent à la face, et dont la forme représente si exactement l'empreinte des ongles, sont groupées autour de la bouche, et paraissent résulter d'une tentative d'occlusion forcée de cette partie ; ce que démontre encore la présence d'une ecchymose à la face interne de la lèvre.

B. Au col. —170 Immédiatement au-dessous du menton se trouve une plaie transversale de 5 centimètres qui intéresse seulement l'épaisseur de la peau.

18o A 4 centimètres environ au-dessous de la précédente existe une plaie transversale beaucoup plus étendue, qui n^a pas moins de 11 centimètres. Malgré sa longueur, cette plaie, faite d^une main mal assurée et sur des parties très-làches, est peu profonde et peo régulière. La section de la peau est incomplète dans certains points, dans d'autres le tissu sous- cutané graisseux est divisé. .\ quelques millimètres au-dessus de cette plaie, une ligne ronge superficielle indique une excoriation produite par le simple glissement de rinstrument vulnérant.

19^ Au-dessous des plaies précédentes, un peu à gauche de U ligne moyenne, on trouve quatre plaies très-rapprochées les unes des autres, et dont Tétendue varie de 1 à 3 centimètres. Leur forme est la même : leurs bords et leurs angles sont très-réguliers: laor direction est perpendiculaire directement de haut en bas. La pliu large pénètre ainsi profondément jusqu'aux insei*tions du muscle sterno-mastoïdien qui est divisé, et s'arrête sur la clavicule. Da sang coagulé est infiltré dans les tissus qui avoisinent le trajet de cette plaie. Les trois plaies qui existent près de celle-ci sont moins profondes. 11 résulte, du reste, évidemment de leurs caractères communs, et notamment de leur forme et de leur direction, qu'elles ont été faites à l'aide d'un instrument à la fois piquant et tranchant

20o A droite de la ligne médiane, sur le même plan que la précédente, se trouve une autre plaie de 6 centimètres qui divise seulement la peau et le tissu graisseux sous-cutané sans aller au delà. Les bords sont très-écartés et les angles réguliers.

2io Du même côté une large plaie béante de 6 centimètres s'étend transversalement en dehors à partir de l'angle de la mâchoire. Elle pénètre sous le muscle peaucier en arrière du muscle cléido-mastoïdien, et ne s'arrête que sur les apophyses transverses des vertèbres cervicales que l'on sent à nu au fond de la plaie. L'artèr« carotide et la veine jugulaire interne n'ont pas été atteintes. Un épanchement de sang assez abondant existe dans les tissus que traverse cette plaie qui, comme les précédentes, résulte de l'action d^un instrument tranchant manié avec une grande force.

22o A la partie la plus externe du col, au-dessus de répauia gauche, existe encore un autre coup de pointe dirigé perpendiculairement de haut en bas, mais n'ayant pénétré qu'à une petite profondeur.

G. Aux membres, — 23o Au bras droit, on voit cinq ecchymoses disséminées, avec épanchement de sang coagulé dans le tissu graisseux, résultant de contusions.

24o Au bras gaudie, en avant du poignet et en arrière, neuf ecchyoQoses profondes analogues aux précédentes.

25o A la main droite. La dernière phalange du pouce, Tarticulation de la deuxième phalange de Tindex et du médius, la deuxième et la troisième phalange de Pannulaire présentent à la face palmaire des plaies transversales profondes, tou^s .semblables par leur étendue et leur direction. A la face dorsale il existe trois petites plaies superficielles, longues de 1 centimètre.

2Ô0 A la main gauche. Le pouce est presque complètement détaché dans Tarticulation métacarpo-phalangienne, par une plaie profonde qui part du milieu de la face palmaire du pouce, taille en biseau à sa base la portion osseuse de la première phalange ; la tète du métacarpien correspondant s'étend ensuite jusque sur la face dorsale en formant un lambeau rectangulaire de 6 centimètres de hauteur, dont la base est traversée au niveau du bord radial par une plaie de 15 millimètres. De plus, il existe à la face palmaire du doigt médius trois plaies transversales; de Tannulaire deux, et de l'auriculaire une. En avant du poignet une plaie peu profonde large de 3 centimètres, et sur le bord radial de Pavant-bras, deux de 1 centimètre chacune.

27o A la hanche gauche et à la fesse du côté droit, on trouve de larges ecchymoses probablement produites par la chute du corps. Il en existe une plus légère au niveau du mollet gauche.

Cavité crânienne. — Les os du crâne présentent une épaisseur et une dureté tout À fait extraordinaires i. Ils n'ont pas moins de 7 à 8 millimètres dans certains points. Ils sont d'ailleurs tout à fait intacts à leur face interne, tant à la voûte qu'à la base du crâne. Il n'y a pas trace de fractures. Le cerveau et les méninges sont parfaitement sains.

Cavité thoracique. — Les poumons, qui ne sont le siège d'aucune lésion, sont très-pâles et presque complètement privés de sang. Le cœur fortement revenu sur lui-môme est tout k fait vide, et ne contient pas de sang liquide ou coagulé.

Cavité abdominale. — Les viscères abdominaux sont k l'état normal. L'estomac ne contient pas de matières alimentaires. Il renferme seulement une petite quantité de sang mêlé de salive et d'air.

La matrice est très-volumineuse. Elle parait être le siège d'un

i. Le travail d'ossification dont on sait que les os du crâne sorit le siège pendant la grossesse, peut rendre compte de ce fait chez une femme qui avait eu dix ou onze enfants. A. T.

engorgement chronique avec catarrhe. Elle ne renferme pas de produit de conception *.

Conclusions, — Des faits et de Pexamen qui précèdent nous concluons que :

lo Le cadavre de M",* la duchesse de Praslin présente à II tête, au col, aux deux mains, plus de trente plaies larges et profondes, dont les unes ont le caractère des plaies contuses, et lei autres celui des plaies par instrument piquant et tranchant. Il existe en outre sur les membres des contusions et ecchymoses nombreuses ; et à la face l'empreinte des ongles fortement imprimée autour de la bouche.

2o La mort est le résultat de Phémorrhagie qui a saîri les plâîei que l'on a constatées au col et sur le crâne.

3o Le nombre ^es blessures, leur siège notamment à la partie interne des mains, et les excoriations qui existent autour de h bouche attestent que la mort a été précédée d'une lutte violente. L'état de la chambre où le crime a été commis ne peut laisser de doute à cet égard.

4o La présence dans l'estomac d'une certaine quantité d'écume sanglante démontre que la victime a crié à plusieurs reprises, et a vécu assez longtemps pour avaler une assez grande quantité de salive mêlée de sanjç.

5o Quant à l'ordre dans lequel ont eu lieu les principales blessures, il est très-p]*obable que les plaies de l'occiput, en raison de leur gravité, ont été les dernières; car la commotion qui a dû lei suivre n'aurait pas laissé à la victime les moyens de lutter avoe autant d'énergie ; et elles paraissent en effet avoir été faites dtai l'endroit même de la chambre où a été trouvé le cadavre. Les plai« de la partie antérieure du col, notamment celle qui s'étend ti-an»versalement au-dessous de la mâchoire, auraient atteint la victime encore au lit, tandis que la main et les ongles du meurtriflr étaient fortement appliqués sur la bouche pour étouffer les cris.

6® La nature des plaies pourrait faire admettre que diverses espèces d'instruments (contondant, piquant et tranchant) auraievt été employés dans l'exécution du crime. Mais il importe de Iake remarquer que certaines armes (le yatagan par exemple) dont oo

I. Tout ce qui a été dit relativement à des constatations d'*une avtra nature, qui auraient été faites sur les organes sexuels» est absolument faux et n'a pas même de prétexte. A. T.

LES BLESSURES DOIVENT-ELLES ÊTRE IMPUTÉES. i55

ferait agir alternativement la lame et la poignée, pourraient produire ce triple effet*.

Paris, 18 août 1847.

Signé Baron Pasquier, A: Tardieu, Bots de Loury, Ganuet et Simone.

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