‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 57 sur 82 · OBJBTS ET RÈGLES DE L EXPERTISE · texte numérisé non relu

OBJBTS ET RÈGLES DE L EXPERTISE

ont été invités par les auteurs présumés de Taccident à en vérifier les effets. C'est là, du reste, une question de conduite et de tact que je laisse à chacun le soin de résoudre suivant les circonstances.

Je n*ai pas à formuler ici les préceptes relatifs à la manière d'examiner Tétat d'un malade ou d'un blessé. Le médecin sait quel est l'objet de sa mission; il doit savoir obtenir tous les renseignements dont il a besoin pour résoudre les questions qui lui sont posées. Je reviendrai d'ailleurs dans un instant sur les éléments d'appréciation qui serviront à fonder le jugement de l'expert; je me contente en ce moment de faire observer que l'examen le plus minutieux est indispensable; qu'il faut non-seulement s'assurer de l'état actuel, do manière à éviter toute erreur et à se mettre en garde contre les fausses indications qui pourraient être données avec l'intention de tromper, ou même simplement par une tendance naturelle à l'exagération. Jamais la sagacité de l'expert ne devra être plus en éveil et plus pénétrante, car, il faut bien le répéter, jamais dans aucun genre d'affaires on ne cherchera plus obstinément, ni plus communément, à la mettre en défaut.

Il ne faut donc pas craindre de prolonger l'examen et de multiplier les visites; il n'est pas rare que les termes mêmes du jugement en fassent une loi aux médecins qu'il désigne. <( L'expert, est-il dit dans un de ceux que j'ai cités, visitera « le blessé autant que cela lui paraîtra nécessaire, et fera « son rapport dès qu'il croira que son examen sera suffisant, « et au plus tard dans trois mois, à partir de la prestation de « serment, »

Dans un autre cas, j'avais été chargé, de concert avec deux confrères, de suivre le blessé pendant un an après l'accident.

Il est, en effet, une remarque très-importante à faire, parce qu'elle touche à la fois à l'esprit de la jurisprudence et aux principes qui doivent guider le médecin légiste dans les «expertises ordonnées au cours d'une action civile, en réparation d'une blessure par imprudence. C'est que les suites de

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ces blessures n'étant pas toujours définitives au moment où le procès s'engage, la justice ne se prononce pas d'une manière définitive, et que tant que l'état du blessé peut se modifier en bien ou en mal, le recours reste toujours ouvert, et une nouvelle action peut amener une nouvelle décision de justice. De même que les prétendus arrangements amiables destinés à prévenir un procès n'engagent pas le tribunal devant lequel de nouvelles prétentions de la victime d'un accident peuvent être portées ; de même, une nouvelle sentence peut réformer le chifi're auquel avait été primitivement fixée l'indemnité réparatrice. Il s'ensuit que l'expert, tout en s'attachant à prévoir autant que possible, et à déterminer avec toute la précision que comporte la science, les conséquences ultimes d'une blessure accidentelle, ne devra pas se croire tenu à porter un pronostic définitif, et aura soin au contraire de consigner dans son rapport toale-s les réserves que le fait lui semblera de nature à exiger.

11 est des cas dans lesquels l'examen du blessé ne suffira pas, et où les éléments nécessaires à l'appréciation médicolégale ne pourront se trouver que dans certaines recherches, certaines expériences, qu'il est du devoir de l'expert d'indiquer et d'entreprendre. Elles sont d'ailleurs pressenties quelquefois par la justice, qui attend de lui tout ce qui peut aider à la manifestation de la vérité. C'est ainsi que, lorsqu'il existe quelque doute sur la cause même d'une blessure attribuée à la maladresse ou à l'imprudence, et sur les circonstances dans lesquelles elle s'est produite, « l'expert est autorisé à u s'entourer de tous renseignements qu'il jugera nécessaire, « notamment pour déterminer la cause de l'accident. »

Ce sont les termes exprès de l'ordonnance qui m'a commis

dans TafTaire de ce spectateur de l'Hippodrome * qui avait eu

le coude cassé, non comme il le disait et le croyait de bonne

foi, par la bourre d'un canon, mais bien par le coup qu'il

. s'était donné lui-même en se retirant violemment en arrière

' au moment de l'explosion. L'examen du blessé ne fournissait

que des données insuffisantes, dans ce fait où la cause réelle

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