‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 68 sur 82 · ET DE LA MORT PAR ACCIDBMT · texte numérisé non relu

ET DE LA MORT PAR ACCIDBMT

du suicidé par Tarme qui éclate. Et s'il est ordinaire de trouver celle-ci près du cadavre, il n*est pas sans exemple qu'elle ait été projetée même à une assez grande distance.

La détermination médico-légale des caractères du suicide et des signes propres à les différencier de la mort accidentelle ou de rhomicide, constitue toujours un problème extrêmement délicat et sur lequel la lumière ne peut se faire que par Tétude minutieuse de toutes les circonstances qui ont entouré chaque cas particulier. C'est là certainement aussi Tun des points sur lesquels il est le plus difficile de poser des principes généraux, de tracer à l'expert des règles fixes de conduite et pour l'étude desquels, par conséquent, il est surtout avantageux de multiplier les observations pratiques et les exemples *.

Celui que nous allons rapporter est tout à fait digne d'attention, en raison non-seulement des graves intérêts engagés dans le procès civil auquel il a donné lieu, mais en raison des questions de médecine légale qu'il a soulevées et qui ont été de notre part l'occasion d'expériences et de considérations propres, nous le croyons, à faciliter la solution recherchée. Il s*agit d'un fait qui a vivement frappé l'opinion, il y a dixhuit mois, et qui a reçu une grande publicité. Un jeune homme avait été tué dans une voiture où il venait de monter depuis cinq minutes à peine, par suite de l'explosion d'un fusil de chasse. Les compagnies d'assurances sur la vie avec lesquelles il avail contracté pour des sommes considérables peu de temps auparavant, se refusaient à payer ces sommes à ses héritiers, par le motif que sa mort avait été volontaire et non accidentelle. C'est sur cette question que notre avis a été réclamé; avant d'en exposer les termes, nous croyons utile de consigner les principaux documents de l'enquête qui préciseront les faits.

lo Procès-verbal dressé par le commissaire de police. — Le 7 sep-

1. Tardieu, Question médico-légale sur un cas de mort violente par un coup de feu, survenue soit par le fait d*un suicide, so\t par accident (Annales étf^fgiène, p. 4i3, 1860, t. XIII).

460 DISTINCTION DU SUICIDE, DE l'hOMICIDE

tembre 1858, à sept heures et demie du matin, a été amenée à notre bureau la voiture n° 378, dans laquelle un homme venait de se tuer avec son fusil de chasse.

Nous avons trouvé dans ladite voiture, assis dans Tangle gauche de la voiture, les jambes croisées, dans la position d^une personne cherchant à se reposer, un homme Âgé de trente à trente-cinq ans. Il y a une majeure partie du crâne, côté gauche, enlevée à partir du milieu du front; la cervelle a jailli partout; près de lui sont sa canne et un fusil de chasse à double canon. Le canon de gauche est encore chargé et amorcé; celui de droite est déchargé, et le chien, auquel on a probablement touché après Taccident, n'est plus au repos.

Nous avons tout de suite procédé à une enquête et entendu : lo Le cocher de la voiture, lequel a déclaré que ce matin, à six heures quarante minutes, au chemin de fer de Lyon, un voyageur Tavait retenu, avait peu après apporté sa malle, et était monté dans sa voiture avec un fusil de chasse, en disant de le conduire rue L... ; que, boulevard Beaumarchais, après avoir un peu dépassé la rue du Pas-de-la-Mule, il avait entendu une détonation, sans savoir d'où elle partait; qu'on lui avait crié d'arrêter, et qu'il s'était aperçu alors que son voyageur, qui avait son fusil entre les jambes, venait de se faire sauter la cervelle.

2o Le sieur W..., lequel a déclaré qu^étant ce matin devant la porte de sa boutique, il avait entendu une détonation et avait vu de la fumée sortir de l'intérieur d'une voiture de place qui passait par le boulevard et se dirigeait vers la Madeleine; qu'il avait coam après la voiture en criant au cocher d'arrêter, ce qui avait eu lieu; qu'un passant avait ouvert la portière de la voiture, d'où était sortie encore de la fumée ; que ledit passant, qui lui était inconnu, avait immédiatement retiré un fusil de chasse à deux coups placé entre les jambes (Tun voyageur et y avait touché; que le susdit voyageur était assis dans Tangle gauche de la voiture, avait les jambes croisées, les pieds chaussés, une partie du crAne enlevée; que la cervelle avait jailli partout, et qu'il lui avait paru que la mort du voyageur ne pouvait être qu'accidentelle.

2o Rapport de M, le docteur Auqouard, — Je >ioussigné, docteur en médecine de la Faculté de Paris, sur la réquisition de M. le commissaire de police du quartier de l'Arsenal, me suis transporté aujourd'hui, à huit heures du matin, à son bureau, à l'effet de constater le décès d'un homme qu'on venait d'amener dans une oiture de place portaut le numéro 378, et de faire mon rapport.

ET DK LA MOKT PAU ACCIDENT. 461

Après avoir prêté serment, j'ai vutlaus ladite voiture un individ étendu dans un des coins, ayant le crâne ouvert complètement, une grande partie du cerveau étant répandue de tous côtés.

L'inspection et l'attitude du cadavre font présumer que la mort avait été le résultat d'un accident provenant de la détonation d'ua fusil de chasse qu'on a trouvé entre ses jambes.

Cette mort était récente et a été instantanée .

30 ProcèS'verbal de M, Moreau^ docteur en médecine. — L'an mil huit cent cinquante-huit , le mercredi 8 septembre , à trois heures de relevée, nous Alexis Moreau, docteur en mé decine de la Faculté de Paris, commis par ordonnance ren-" due par M. le président de la Chambre des vacationsfdu tribunal civil de la Seine, en date du 8 septembre, et dont la teneur suit : <c Disons que, par Moreau fils, docteur- mé- « decin, dispensé du serment du consentement des parties, vu tf l'urgence, il sera, en présence des héritiers de T..., ou eux dû- « ment appelés en la personne du défendeur, procédé à l'examen « et la description du cadavre de T..., à l'effet de constater son « état, la nature des blessures et leur direction, et de donner son vt avis sur la question de savoir si la mort de T... n'est point le a résultat d'un suicide ; de tout quoi ledit médecin dresserait pro- « cès-verbal, pour icelui, fait et déposé, être statué ce qu'il apa partieiulra. »

Nous nous sommes transporté au domicile de M. T..., tué hier matin, dans une voiture, par l'explosion de son fusil de chasse, à l'effet de rechercher, par l'inspection du cadavre, si la mort avait été le résultat d'un accident ou d'un suicide, et avons constaté ce qui suit : le cadavre qui nous a été présenté est celui d'un homme de taille moyenne, âgé de trente-deux ans environ, assez fortement musclé; la roideur cadavérique est prononcée; aucune lésion n'existe sur le tronc ni sur les membres.

La main gauche, dont les doigts sont contractés, est tachée de sang à l'intérieur, et principalement au pouce et au doigt indicateur.

Toute la face, les cheveux et la barbe sont souillés de sang et de fragments de matière cérébrale.

La partie inférieure de la face ne présente aucune lésion, l'intérieur de la bouche est intact, les paupières du côté droit sont ecchymosées, du sang s'est écoulé par l'oreille gauche, l'œil gauche est déprimé, les parties voisines fortement ecchymosées, mais sans plaies.

462 DISTINCTION DU SUICIDE, DE l'hOMIGIDE

Immédiatement au-dessus du sourcil gauche, et à sa partie moyenne, se remarque une plaie irrôgulière de 3 centimètres de large; ses bords sont garnis d^un liséré noir formé par des grains de poudre : cette plaie des téguments, avec perte de substance, est i^ouverture d^entrée des projectiles ; les grains de poudre <pii garnissent tout son pourtour prouvent que le coup de feu a été tiré à bout portant, et que l'extrémité du canon de fusil a dû être placée perpendiculairement à la surface du crâne, au moment de l'explosion .

Immédiatement au-dessous de cette plaie, Pos frontal est percé d'une ouverture correspondante ; la fracture de cet os est irradiée, les fragments sont disjoints et tiennent encore par les parties molles voisines ; le côté gauche du crâne est largement ouvert par le déchirement du cuir chevelu, et les nombreuses fractures qui intéressent le pariétal^ Voccipital et le temporal de ce côté; c'est par cette large ouverture qu'une partie de la masse cérébrale du côté gauche a été projetée au dehors.

Dans ce qui reste en dedans du crâne et sous le cuir chevelu, on trouve quelques grains de plomb d'un petit calibre, les uns conservant encore leur forme sphérique, les autres aplatis par les os.

De ces faits et de ces observations, nous croyons pouvoir conclure :

Que le coup de feu qui a tué M. T... a été tiré à bout portant;

Que le canon du fusil a été dirigé perpendiculairement à la surface du front au moment de l'explosion, et que, par conséquent, dans la voiture qu'occupait M. T..., sa tête a dû être inclinée sur Textrémité du canon ;

Que la main gauche, tachée de sang, a pu maintenir cette extrémité du canon appliquée sur le front, et qu'enfin, si l'on ne peut affirmer d'une manière absolue et par l'inspection seule du cadavre, que ce concours de circonstances n*a pu se produire et donner lieu à une mort par accident, il n'en reste pas moins de très-grandes présomptions pour que la mort ait été volontaire et le résultat d'un suicide.

40 Avis de M, le docteur A, Tardieu et de M. Devisme^ arquetnuier à Paris, — Appelés, par MM. les directeurs et les conseils des compagnies le Phénix et la Caisse paternelle, à donner notre avis sur la question de savoir si le sieur T... a succombé par accident ou par suicide, et à nous expliquer sur les circonstances dans lesquelles sa mort est survenue, nous n'avons accepté cette mission

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