SUFFOCANTE
Il est un crime, l’infanticide, qui emprunte à la suffocation ses procédés les plus habituels; sur 132 enfants nouveaunés, chez lesquels j’ai été chargé par la justice de rechercher les causes de la mort j’ai pu constater que 72 de ces frêles créatures avaient péri étouffées.
Tardieu.
« Il semblerait logique, dit M. Legroux, que les maladies à dyspnée, la bronchite capillaire, l’asthme, la pleurésie, etc., fussent remarquables par une facile production d’ecchymoses sous-pleurales; il n’en est rien cependant (1). »
Il est vrai que les affections des voies respiratoires dans lesquelles on a vu des ecchymoses ne sont pas nombreuses. Gela tient, croyons-nous, non pas à la non-existence de cette lésion dans ces maladies, mais à ce qu’elle a échappé jusqu’ici à l’œil d’observateurs qui ne la recherchaient pas, et qui ne s’attachaient qu’à l’étude des altérations classiques.
(1) Loc. cit., p. 7.
Toutefois certains auteurs ont déjà cité les taches souspleurales dans quelques affections des organes respiratoires.
Roger parle du pointillé hémorrhagique sous-pleural, de petites pétéchies, de la grosseur d’une tête d’épingle, disséminées sous le feuillet viscéral de la plèvre, et qui peuvent exister dans la broncho-pneumonie (1).
Ogston a observé des ecchymoses punctiformes 4 fois dans la pneumonie, 2 fois dans l’œdème pulmonaire, 1 fois dans l’apoplexie pulmonaire (2). Cet observateur dit aussi que dans la majorité des cas il a trouvé les ecchymoses sous-pleurales dans le jeune âge.
M. Brouardel, dans son service des ambulances pendant le siège de Paris, a pris de nombreuses observations dans le catarrhe suffocant.
Voici une observation d’un cas semblable que nous avons prise l’année dernière dans le service de notre excellent maître :
Obs. VIII. — Bronchite suffocante.
X..., menuisier, âgé de 54 ans, meurt à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Auguslin, lit n° 5, service de M. Brouardel, de bronchite suffocante.
A l’autopsie on trouve une grande quantité d’ecchymoses sous-pleurales disséminées ainsi qu'il suit :
Il existe une ecchymose sous-pleurale dans l’espace interlobulaire et à la face interne du poumon gauche ; à la face postérieure de ce même poumon il existe un semis d’ecchymoses sous-pleurales. Le lobe inférieur du poumon gauche contient
(1) Dict. encyclop., t. XI, p. 32.
(2) British medical Journal, sept. 1868.
des noyaux de tissu induré : ces parties ne surnagent pas, ce lobe est infiltré de plusieurs noyaux apoplectiformes.
Dans l’espace interlobulaire du poumon droit se trouvent quelques ecchymoses sous-pleurales ponctuées. Au sommet du poumon droit il existe de la pneumonie interstitielle avec tendance à la suppuration.
Sur le péricarde on trouve : une ecchymose punctiforme en avant de l’artère pulmonaire ; une autre derrière le ventricule droit; une autre, mais peu nette, sur le bord externe du ventricule gauche. Il existe un caillot fibrineux dans le cœur.
Nous avons constaté dans deux cas de phthisie pulmonaire des ecchymoses ponctuées ailleurs que sous la plèvre, une fois sous la muqueuse de l’estomac, l’autre fois sous le péricarde. Il nous paraît probable qu’on peut en rencontrera la surface du poumon.
Obs. IX. — Tuberculose. Phthisie laryngée. Muguet.
Gaurin, (Françoise), blanchisseuse, âgé de 46 ans, entrée e 27 août 1878 à Laënnec, service de M. Damaschino, salle Saint- Joseph, lit 19, morte le]ler mai 1879. Autopsie 24 heures après la mort :
L’estomac renferme une grande quantité de matières glaireuses d’un blanc jaunâtre au milieu desquelles il est facile de retrouver absolument libres et flottantes les fausses membranes de muguet. La muqueuse gastrique ne paraît présenter aucune agglomération de muguet, mais auy niveau de la face antérieure de l’estomac, elle présente une ^ injection fine avec de petites ecchymoses de la dimension d'une tête d'épingle. Ces mêmes lésions se retrouvent encore sur la face postérieure, mais leur coloration y est plutôt violacée. Toutefois, le long de la grande courbure, à environ 5 centimètres du pylore, il existe une large plaque de 2 à 3 centimètres de diamètre au niveau de laquelle la muqueuse est épaissie et Chassaing. 5
présente par places une coloration ardoisée et en d’autres points une coloration rougeâtre....
Les poumons présentent les lésions de la tuberculose à différents degrés.... Pas trace d’ecchymoses sous la plèvre.
Obs. X. — Tuberculose. Accès de suffocation ultime .
Isnard, Jules, 27 ans, couché au lit n°4, de la salle Saint- Augustin, service de Mi Brouardel, à Saint-Antoine, meurt après des symptômes de dyspnée très-intenses.
Nécropsie : Le poumon est infiltré de tubercules gris;
tubercules crétacés au sommet...
Le poumon gauche est dans le même état.
On découvre sous le péricarde de petites ecchymoses ponctuées. Il n’y en a aucune sous la plèvre.
Congestion très -intense du cerveau....
Nous avons signalé ces faits et donné ces quelques observations, pour montrer que, contrairement à l’avis de M. Legroux, les ecchymoses sous-pleurales peuvent se présenter dans certaines affections des organes respiratoires. Et la plupart de ces affections amenant la mort par une suffocation lente, nous dirons aussi avec Dechoudans (1) que les ecchymoses ne révèlent pas uniquement une mort rapide surprenant l’organisme dans son état de santé normal ou en apparence normal.
Mais si ces lésions peuvent se montrer dans les affections des voies respiratoires chez l’adulte, elles sont encore plus fréquentes chez l’enfant, et cela se comprend facilement, en raison de la délicatesse et de la ténuité des capillaires.
C’est dans l’infanticide que l’ecchymose sous-pleurale joue le plus grand rôle, car la suffocation est le mode
le plus employé par les meurtriers pour se défaire de petits êtres sans défense et sans force.
Dans l’état actuel de la science, un expert placé en face d’un petit cadavre présentant des ecchymoses sous-pleurales avec ou sans écume bronchique, sans aucune autre lésion et sans trace extérieure de violence, conclura à la suffocation. On comprend l’importance qu’il y aurait, en médecine légale, à savoir si, dans ce cas, l’expert n’est pas exposé à l’erreur et s’il ne peut pas y avoir une autre cause de mort que la suffocation provoquée ou accidentelle. La question n’a jamais été traitée à ce point de vue. Nous avons tenté cette étude, et nous avons trouvé plusieurs cas de suffocation spontanée chez des nouveau-nés et des enfants en bas-âge. Ce sont ces cas que nous allons soumettre au lecteur. Nous parlerons ensuite des complications de la rougeole qui intéressent l’arbre aérien, et de quelques autres affections des bronches et des poumons dans lesquelles nous avons vu des ecchymoses sous-pleurales.
C’est donc au point de vue médico-légal que nous nous plaçons ici : nous voulons faire œuvre de justice et d’humanité, en prémunissant le médecin légiste contre une chance d’erreur qui ne lui a pas encore été indiquée; ainsi prévenu, il ne conclura à l’infanticide qu’après avoir réussi à écarter toute cause spontanée de suffocation, et après s’être entouré de toutes les preuves morales et matérielles qu’il aura pu réunir.
Les lésions des poumons et des plèvres que l’on rencontre chez les enfants suffoqués se montrent aussi chez ceux qui périssent à la suite d’une bronchite suffocante. Cette dernière maladie, très-fréquente, a une marche
très-rapide chez les enfants affaiblis, ou atteints d’une autre maladie.
Tous les auteurs sont d’accord sur ses caractères et pour n’en citer qu’un seul, si nous ouvrons le Traité des maladies des enfants de Bouchut, nous y trouvons ceci :
« La bronchite généralisée, bronchite capillaire, catarrhe suffocant survient souvent d’emblée, frappe de préférence les classes pauvres. .. peut succéder à l’action du froid... Ses symptômes, fièvre, accélération de la respiration, toux, râles sous-crépitants dans les deux côtés de la poitrine, déterminent, s’ils s’aggravent, la mort par sùffocation avec cyanose et anesthésie...
La bronchite générale qui survient d’emblée a souvent la mort pour conséquence. C’est une affection très-sérieuse. Elle entraîne d’une manière presque constante le développement de la pneumonie lobulaire et les conséquences pronostiques de cette affection. Elle occasionne quelquefois la mort par asphyxie sans qu'on puisse l'attribuer raisonnablement à quelques lobules malades épars dans le tissu du poumon... C’est le muco-pus bronchique obstruant le larynx et l’arbre aérien qui empêche l’hématose pulmonaire... Quand elle offre le caractère suffocant , elle produit l’anesthésie , et amène la mort...(l). »
Ainsi, la bronchite suffocante est une affection trèssérieuse, produisant rapidement l’anesthésie, et amenant la mort par suffocation, par conséquent avec production des ecchymoses, de la suffocation, sans laisser quelquefois d’autres traces que quelques lobules malades épars dans
(J) Bouchut. Mal. des nouv.-nés, 8e cdit. p. 352 et s.
Je tissu du poumon, et un peu d’écume dans les voies aériennes.
La bronchite suffocante peut donc être prise à l’autopsie pour la suffocation dont elle reproduit les lésions pulmonaires, et le médecin légiste ne devra donc conclure à la suffocation qu’autant que d’autres lésions ou traces de violences viendraient à l’appui de cette conclusion.
Aucun auteur jusqu’ici n’a formulé cette proposition dont les observations suivantes nous paraissent prouver l’exactitude et la justesse :
Obs. XI. — Autopsie d’un enfant de 8 jours, faite par M. Brouardel à la Morgue le 7 février 1879.
Enfant du sexe féminin, maigre. Le cordon est tombé et la cicatrice ombilicale formée.
L’anus offre une couleur rappelant celle du méconium et due probablement à du sirop de chicorée.
Les plis de l’aine contiennent de la poudre de lycopodc.
Le corps, recouvert d’un duvet fin, ne présente ni ecchymoses, ni trace d’écorchure ou coup d’ongle. Sa longueur est de 48 centim., 25 de l’ombilic au sommet. Poids 2400 gr.
La face est légèrement cyanosée surtout à la joue droite. Autour des lèvres, sur le cou, aucune trace de violence.
... Pas d’ecchymoses sous-cpicrâniennes. Les pariétaux sont encore très-souples : ils se plient sans se casser avec une extrême facilité. Pas de fracture des os du crâne.
L’encéphale ne présente rien de particulier.
Le maxillaire inférieur a six alvéoles nettement cloisonnées.
Le pharynx et l’oesophage sont un peu congestionnés^ Rien dans la trachée.
Les poumons nagent largement et sont parsemés de nombreuses ecchymoses très-petite •<. A la seclion, quelques morceaux vont au fond de l'eau (pas de pneumonie).
Intestin grêle rempli d’une matière verdâtre. Pas de psorentérie.
Foie très-volumineux...
La mort de cette enfant, née huit ou dix jours avant terme, chétive, débile, dont le corps ne portait aucune trace de violence, ne peut être expliquée que par une cause naturelle. Les lésions pulmonaires nous font nommer la bronchite suffocante.
Obs. XII. — Autopsie faite par M. Brouardel. Garçon
de 1 mois.
Le cadavre est celui d’un enfant gros, très-propre, en bon état. Longueur 58 centimètres.
Le ventre est un peu gros. Organes abdominaux sains; l’estomac contient une assez grande quantité de lait caillé.
Pas de trace de violence. Rien autour des lèvres et du cou.
Pas d’ecchymoses sous-épicrâniennes. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est ramolli et diffluent.
Mousse écumeuse abondante et très-fine dans le larynx et la trachée. Muco-pus non-sanguinolent dans les bronches.
Pas de liquide dans les plèvres. Les poumons surnagent très-bien. Ils sont très-congestionnés et parsemés tous deux de nombreuses ecchymoses.
Le cœur est gros. On observe sur le péricarde une large suffusion sanguine. Il existe une petite ecchymose à la partie externe et supérieure du ventricule droit (1).
(1) Celle observation et la précédente nous ont été communiquées par notre ami, le Dr E. Lévy.
Obs. Xllf. — Autopsie de Rougeot (Lucienne-Eugénie), âgée
cle 2 mois, faite par M. Brouardel, le 10 décembre 1878.
Le cadavre est celui d’une petite fille, bien constituée, assez grasse, très-propre. Les plis des cuisses ne sont pas écorchés; ils sont encore remplis par des restes de poudre d’amidon. Le cadavre pèse 3,6o0 gr., il mesure 56 centim. dont 27 de l’ombilic au sommet de la tête. L’ombilic est complètement cicatrisé, les ongles dépassent la pulpe des doigt3.
Un commencement de putréfaction se manifeste par la formation d’un assez grand nombre de lividités cadavériques sur les parties déclives. Les yeux sont bleus ; ils n’ont encore presque rien perdu de leur couleur et de leur consistance.
La peau du corps, notamment autour du cou et des lèvres, ne porte pas de trace de violence ou d’écorchure.
Le tissu cellulaire sous-épicrânien n’est le siège d’aucune ecchymose. Les os ne sont pas fracturés. L’ossification des pariétaux est presque complète.
Les méninges sont peu congestionnées. L’encéphale est sain.
Les plèvres contiennent une petite quantité de liquide séro-sanguinolent. Les poumons sont volumineux, ils présentent une congestion hypostatique des deux bases assez nettes. Ils sont peu crépitants.
Les plèvres sont couvertes de nombreuses ecchymoses à bords bien arrêtés. La trachée et les bronches sont remplies d’une spume fortement aérée et rougeâtre. La muqueuse bronchique est peu congestionnée. On ne trouve en aucun point des poumons de noyau induré de pneumonie ou d’apoplexie.
Le péricarde contient un peu de liquide séreux; les vaisseaux sont très-congestionnés, on n’y découvre pas d’ecchymoses.
Le cœur renferme un sang noir et fluide, mais pas de caillot. Les valvules sont saines. Le trou de Botal est fermé.
La bouche et le pharynx sont dans leur état normal. L’es-
lomacest absolument vide. L’intestin grôle ne présente pas de lésion, mais tout le gros intestin est pointillé par la saillie blanchâtre des follicules clos. Cette altération de la muqueuse caractérise une forme particulière d’entérite désignée sous le nom de psorentérie.
Le foie a son volume normal; son bord antérieur est mou cketé par une quantité innombrable de petites ecchymoses sous-péritonéales.
Les reins sont sains.
La mort, dans ce cas, nous paraît avoir été causée par la double lésion pulmonaire et intestinale. La lésion intestinale est la psorentérie qu’ils ont constatée chez les enfants qui succombent à la diarrhée cholériforme ; la lésion pulmonaire est celle de la bronchite suffocante.
Obs. XIV.— Autopsie de la jeune Tellier, âgée de 3 jours, faite par M. Brouardel, le 26 juin 1878.
Le cadavre est celui d’un enfant du sexe féminin f assez bien développé. 11 pèse 2,450 grammes et mesure 47 centimètres. Le cordon ombilical, long de 5 centimètres, porte une ligature; il est desséché et à moitié détaché de son insertion.
La rigidité cadavérique a disparu, la putréfaction n’est pas commencée. Les yeux sont bien conservés, on voit nettement leur couleur bleue.
La peau ne présente ni ecchymose, ni plaque parcheminée, notamment autour des lèvres et du cou; aux deux aines, il y a une petite écorchure superficielle. Pas de suffusion sanguine dans le tissu cellulaire.
Les conjonctives et le tissu cellulaire crânien ne sont le siège d’aucune ecchymose.
Les os du crâne ne sont pas fracturés, le cerveau est congestionné, mais sain.
Les poumons sont largement développés. Leur surface est
parsemée « d’un grand nombre d’ecchymoses sous-pleurales très-petites ».
La trachée et les bronches sont remplies par une écume bronchique très-abondante. L’arrière-gorge, le larynx et la trachée ne présentent aucune lésion.
Le péricarde contient un peu de sérosité sanguinolente, quelques ecchymoses sous-péricardiques. Les vaisseaux souspéricardiques sont très-c.ongestionnés. Les cavités du cœur sont remplies par quelques caillots mous.
L’estomac est plein de lait et de mucosités, mais il ne renferme pas de gaz. L’intestin est débarrassé de son méconium.
Le foie est peu congestionné; les reins sont sains.
Le point d’ossification des condyles du fémur est bien développé.
Il est évident que l’enfant qui fait le sujet de cette observation a succombé aux suites d’une asphyxie par suffocation provoquée ou spontanée. La quantité d’écume bronchique qui remplit la trachée et les bronches, la sérosité sanguinolente trouvée dans le péricarde, lescaillots sanguins que renferment les cavités du cœur, l’absence de traces de violences, l’absence d’ecchymoses sous-conjonctivales et sous-épicrâniennes doivent plutôt faire admettre que l’asphyxie a eu une certaine durée et qu’elle est la conséquence d’une bronchite suffocante.
C’est en ce sens que conclutle rapport de M. Brouardel.
En nous appuyant sur ces quelques autopsies médicolégales, faites sur des enfants d’âges différents, ne présentant aucune espèce de traces de violences, paraissant avoir été pour la plupart bien soignés pendant leur vie, nous croyons pouvoir dire que le médecin-légiste, dans ces cas de morts imprévues plutôt que subites qui donnent lieu à des expertises judiciaires, s’exposerait à com-
mettre une dangereuse erreur, en concluant, sans autres preuves matérielles ou morales, à la suffocation.
Notre opinion nous semble corroborrée par les faits suivants observés dans les hôpitaux :
Obs. XV. — Bronchite suffocante.
Autopsie d’un enfant de 3 jours, mort de bronchite dans le service de M. Beaumetz, à Saint-Antoine (février 1878).
Trachée : liquide sanguinolent et spumeux.
Larynx : rien de spécial.
Cerveau : pas d’ecchymose sous-péricranienne ; cerveauramolli ; pas de foyer.
Poumons : quelques traces d’emphysème.
1° Poumon droit : son lobe supérieur présente 5 ou 6 ecchymoses punctiformes sous-pleurales; elles offrent une teinte variable; trois d’entre elles sont rouge noir; les autres rappellent des piqûres de puce; son lobe moyen offre quelques ecchymoses, surtout nettes dans la portion correspondant à la scissure interlobaire. Au bord postérieur, cinq ecchymoses sont disséminées ; celles qui siègent près de la circonférence présentent la réunion des deux teintes : rouge sombre et rouge clair. ‘
2° Poumon gauche. Lobe supérieur : sur sa face péricardite sont 3 ecchymoses; l’une d’elle, supérieure, se rapproche du volume d’une tête d’épingle. A la coupe, on fait sourdre de ce point du sang coagulé. — Lobe inférieur : quelques ecchymoses.
Thymus : un grand nombre d’ecchymoses punctiformes noirâtres.
Péricarde : 3 ecchymoses.
Remarque. — On trouve à la partie postérieure du cou un sillon irrégulier, dont les lèvres sont formées par les plis de la peau violacée, et dont le fond est blanc. Ce sillon s’efface par le renversement de la tête en avant.
Antérieurement, les limites sont au niveau d’une ligne qui tomberait perpendiculairement en arrière de l’oreille. Ce n’est en résumé qu’un pli de flexion.
Obs. XVI. — Bronchite capillaire.
Faby, 2 mois, est entré le 2 mars 1878 dans le service de M. Brouardel, à l’hôpital Saint-Antoine.
11 tousse depuis un mois, sans quinte. — Diarrhée. — Amaigrissement ; il refuse le lait. — Athrepsie.
Mort le 8 mars 1878
Autopsie :
Sur la face postérieuredu «poumon droit», on observe une ecchymose noire du volume d’une grosse tête d’épingle. Il existe une plaque d’emphysème interlobulaire, sur ce même poumon, à sa face interne.
Il nage mal et gagne le fond de l’eau.
A gauche, il existe sur la face postérieure deux petites ecchymoses un peu pâles. — Dans le sillon interlobulaire, il en existe une de même couleur, mais plus petite. Ce poumon surnage.
Cœur. Sur le bord gauche du cœur, à l’union du ventricule et de l’oreillette, il existe 3 ou 4 ecchymoses sous-péricardiques.
Obs. XVII. — Syphilis (diagnostic devenu certain seulement à l’autopsie). — Rachitisme. — Bronchite.
Keller, (Léon-Emile), âgé de 14 mois, entré à Laënnec le 25 avril 1879, salle Sainte-Marie (crèche), lit n° 6, service de M. Damaschino.
Autopsie pratiquée 18 heures après la mort qui est survenue le 10 juin.
Les narines sont remplies par une écume blanchâtre qui s’écoule au dehors, par la pression sur le larynx ou la trachée. En comprimant le front on en fait également sortir, ce qui prouve que cette écume existe aussi dans les tissus fron-
taux. La muqueuse pharyngienne est considérablement épaissie; elle est légèrement rouge et injectée; celle du larynx présente des altérations analogues, de plus elle offre à sa surface, en arrière de l’épiglotte, une petite plaque saillante, blanche, peu adhérente, dont la nature reste indéterminée.
On note quelques adhérences pleurales au sommet du poumon droit. Il existe à la surface des deux plèvres « de nombreuses petites ecchymoses sous-pleurales ». — Le sommet du poumon droit présente à la coupe des altérations profondes qui sont probablement de nature syphilitique. On y voit des tractus fibreux blanchâtres circonscrivant des noyaux rougeâtres du volume d’une noix. On distingue dans ces noyaux les lobules pulmonaires en pleine suppuration à leur centre, tandis que leur périphérie présente un aspect gélatineux. — Les ganglions bronchiques, très-volumineux, paraissenttrèshumides sur une coupe.
Le cœur est très-gros, ses parois sont très-dures, trèsépaissies. Le cœur gauche est absolument vide; le cœur droit contient un caillot fibrineux de date ancienne.
On trouve de chaque côté du cou quelques ganglions carotidiens démesurément gros. Les ganglions sous-maxillaires en particulier sont énormes.
Rien à la moelle, sauf une pâleur excessive de la substance grise. Rien au cerveau.
Sur une coupe pratiquée sur un condyle d’un fémur, on constate à l’union du cartilage articulaire avec la substance osseuse quelques anomalies déstructuré qui paraissent dues à la syphilis. Même remarque pour les articulations chondro-costales qui forment tumeur comme dans le rachitisme. On trouve sur les parois crâniennes les lésions que M. Parrot a décrites et attribuées à la syphilis. Ce sont des plaqués à l’aspect ecchymotique, faisant saillie à la surface du reste de l’os, se confondant par leurs bords réguliers et bien limités avec les parties saines circonvoisines de l’os. A la coupe, on trouve dans ces plaques des sécrétions sous-périostales. Au centre de la plaque l’os est épaissi, mais cette épaisseur anormale disparaît à mesure qu’on se rapproche de ses bords. Ces taches ne sont apparentes par leur saillie
et leur coloration que sur la surface externe du crâne. Il en existe un certain nombre surtout sur les pariétaux (1).
Nous croyons avoir suffisamment démontré le danger de la doctrine de Tardieu en de semblables circonstances. L’expert devra donc s’entourer des preuves les plus convaincantes, s’enquérir des plus minutieux détails, rechercher les indices les plus petits, procéder enfin avec la plus grande circonspection, avant d’affirmer l’infanticide.
LES ECCHYMOSES SOUS-PLEURALES DANS D’AUTRES AFFECTIONS SPONTANÉES DES VOIES RESPIRATOIRES.
1° Croup. — Les ecchymoses sous-pleurales ont été vues dans le croup et la diphthérie par M. J. Simon qui dit que « quelquefois le sang est tellement dissous qu’on le trouve extravasé sous la peau (purpura), sous les membranes séreuses et muqueuses comme dans les parenchymes (2). »
Lorain et Lépine en ont aussi rencontré : « De petites ecchymoses sous-pleurales, disent-ils, sont assez fréquentes; il est probable que leur origine est mécanique. L’apoplexie pulmonaire est au contraire très-rare (3).
MM. Despine et Picot leur assignent aussi une origine mécaniqne.
Dans le croup encore, M. Sanné a constaté des ecchymoses sous-péricardiques et sous-pleurales (4).
(1) Obs. communiquée par M. Damaschino. Nous la donnons en entier parce qu’elle peut offrir aussi do l’intérêt au point do vue des lésions décrites par M. Parrot dans la syphilis.
(21 Dict. de méd. et do cliir. prat., art. Croup, p. 331.
(3) Dict. de méd. et dechir. prat., art. Diphthérie, p. 608.
(4) Sanné. Traité de la diphthérie.
M. Parrot, qui fait en ce moment la statistique des cas dans lesquels il a rencontré des ecchymoses sous-pleurales pendant ces dernières années, statistique qu’il doit communiquer très-prochainement à la Société de biologie, en a trouvé dans les cas de croup une forte proportion.
Voici une observation que nous avons prise dans le magnifique service qu’il dirige aux Enfants-Assistés :
Obs. XVIII. — Croup.
Garçon de 3 ans et demi, entré le 28 juin 1879 dans le service de M. Parrot aux Enfants-Assistés.
Le 28 juin. Plaque diphthéritique sur l’amygdale gauche. Pas d’adénopathie.
Le 29. Toux croupale et respiration sonore. La paroi postérieure du pharynx est recouverte d’une fausse membrane épaisse. Ecoulement nasal.
Le 30. Température 39» ; asphyxie. Convulsions terminales caractérisées par la dilatation pupillaire et la raideur des membres supérieurs à demi fléchis. Convulsion avec secousse assez violente dans le membre supérieurgauche. Résolution des membres inférieurs. Le pincement des cuisses détermine la dilatation pupillaire.
Mort le 30 juin à midi.
Autopsie le 2 juillet. Poids de l’enfant, 12 kilogrammes.
Foie. Présente quelques plaques cicatricielles sur son lobe droit avec adhérences. Elles sont du reste très-circonscrites et consistent simplement en un épaississement de la capsule périphérique.
Reins. Normaux.
Rate. Adhérences anciennes très-solides. Un très-petit nombre de granulations grises. Poids, 44 grammes.
Poumons. Le poumon gauche est atélectasié au niveau de son lobe inférieur qui a une couleur violacée, sans pleurésie récente; «quelques ecchymoses sous-pleurales, de très-petites dimensions,» occupentles deux tiers inférieurs
de ce lobe à peu près,- surtout vers la partie externe. Adhérences anciennes et solides du lobe supérieur de ce poumon avec la plèvre pariétale. Tout à fait au sommet de ce lobe supérieur gauche existe un noyau tuberculeux parfaitement sphérique de sept millimètres de diamètre, à zones concentriques dont les plus extérieures sont grisâtres et -ont une certaine transparence. Les centrales sont opaques, jaunes. Dans le voisinage, le poumon est criblé de granulations grises; il paraît scléreux dans cette région. C’est à ce niveau qu’il avait contracté des adhérences avec les parties voisines. Les bronches de cette partie sont remplies cle pus. Les ganglions les plus élevés du hile sont caséo-plâtreux, un autre ganglion est tuméfié avec granulations grises. Le reste du poumon s’insuffle complètement.
On observe de petits points noirs sur le poumon droit qui est sain d'un bout à l’autre.
Diphthérie laryngée. Quelques fausses membranes dans la trachée.
Encéphale. Aucune trace de méningite.
2° Coqueluche. — Des ecchymoses sous- pleurales ont été trouvées dans la coqueluche par M. J. Simon. Duchamp a trouvé ces taches sur le cœur dans le cas suivant qui est rapporté dans îa thèse de Dechoudans.
Durranc, 11 mois, entré le 8 juillet à la crèche de l’hospice de la Charité, mort le 18. Atteint de coqueluche : les derniers jours il vomissait et poussait des cris. Maigreur considérable. A l’autopsie, pas de lésions cérébrales. Sur le cœur, 2 ecchymoses, l’une dans la région ventriculaire, sur le trajet d’un vaisseau et du volume d’une petite lentille; une autre sur l’oreillette droite.
M. Parrot a aussi rencontré un grand nombre de fois sur la plèvre et sur le cœur des ecchymoses dans la coqueluche.
Le fait suivant a été recueilli dans le service de M. Damaschino :
Obs. XIX. — Coqueluche.
Enfantdc 3 ans, entré salle Sainte-Marie (crèche) le7 juin; cet enfant est atteint de coqueluche; les quintes d’abord assez espacées se rapprochent de plus en plus. Il meurt le 19 dans un état d’émaciation très-avancé. L’autopsie faite 18 heures après la mort montre les poumons d’une couleur rouge brun sur les deux lobes inférieurs... Nombreuses petites ecchymoses sous-pleurales, surtout à la base du lobe supérieur gauche. Aucune altération des méninges on du cerveau ; pas d’ëcchymoses sous-péricardiques.
3° Pneumonie , etc. — M. Roger (1) parle du pointillé hémorrhagique sous-pleural, de petites pétéchies de la grosseur d’une tête d’épingle disséminées sous le feuillet viscéral de la plèvre, et qui peuvent exister dans la broncho-pneumonie.
De son côté, M. Damaschino (2) dit que, assez souvent, la congestion des vaisseaux pleuraux est très-forte, et qu’il en résulte une vive injection de la plèvre pulmonaire, laquelle fait ainsi contraste avec la pâleur de la plèvre costale. D’autres fois, la congestion a été plus intense encore, et il s’est produit de petites suffusions sanguines sous-pleurales (broncho-pneumonies consécutives à la rougeole et au croup), ou une teinte violacée produite par une véritable imbibilion sanguine.
Dans la pneumonie, les ecchymoses ont été observées par Ogston, Caspor, Liman.
Nous relatons ici trois observations, dont la dernière
(1) Dict. encycl., lr0 série, t, XI, p. 32.
(2) Damaschino. Des différentes formes de la pneumonie aiguo chez les enfants, thèse de Paris, 1867, p. 36.
surtout, fort curieuse, est relative à une enfant de 6 semaines. L’autopsie en a été faite par M. Brouardel, à la Morgue, pendant une de ses savantes conférences de médecine légale.
Nous n’avons pas eu l’occasion de voir, dans l’apoplexie pulmonaire, les ecchymoses sous-pleurales, observées par Ogston, Hervieux(l), Gornil et Ranvier (2).
Obs. XX. — Pneumonie lobulaire.
Garçon de 2 mois 1/2 entré le 21 juin dans le service de M. Parrot aux Enfants-Assistés.
Il succombe a une pneumonie le 2 juillet à huit heures soir.
Autopsie le 4 juillet.
Poids de l’enfant : 3 kilog, 150.
Ecchymoses sous-pleurales larges et nombreuses sur les parties déclives des poumons et les espaces interlobaires. Quelques-unes ont. 4 millimètres de diamètre. Il y en a qui présentent un point central plus foncé et une auréole plus rosée. Exsudât pleurétique à ce niveau.
Poumon gauche. — Pneumonie lobulaire d’une couche très-mince de la partie déclive. Sur le lobe supérieur en avant, on trouve une nodosité très-circonscritede 5 à 6 millimètres de diamètre où le tissu est d’un rose clair. Pas d’adénopathie bronchique.
Poumon droit. — La lésion pneumonique y a les mômes caractères, seulement jle parenchyme est plus foncé. De ce côté adénopathie violacée.
Larynx. — Normal.
Cœur. — Myocarde décoloré.
Obs. XXI. — Pneumonie double.
Garçon de 3 ans, entré le 22 jiiin 1879 dans le service de M. Parrot aux Enfants-Assistés.
(1) Thèse de Dochoudans, p. 81.
(2) Man. d’anat. path., p. 734.
Chassaing. li
Le 22 juin. Relenlissemcnldu cri dans le sommet gauche.
Le 23. Souffle à droite au niveau d’omoplate.
Le 24. Agité. Diarrhée; souffle expiratoire.
Le 25. Ecoulement d’oreille. Souffle des deux côtés, mais plus à droite qu’à gauche. En môme temps on observe à droite un mélange de râles crépitants avec un retentissement du cri. — Toux sèche, expirée. — Diarrhée T. 40,2.
Le 26. Le souffle persiste; la diarrhée a cessé; agitation. T. 40,3.
Le 28. T. 40,5.
Le 29. Le souffle, intense, persiste des deux côtés.
Le lor juillet. T. 39,7. Retentissement du cri. — Râles crépitants. purs dans le poumon droit. — Souffle au sommet droit.
Le 2. T. 39,7. Diarrhée.
Le 3. Retentissement du cri très-intense. Râles à la base des deux poumons. Diarrhée verte.
Le 4. T. 40,6. Ecoulement d’oreille à droite. OEdème de la partie de la face qui entoure l’oreille. Toutes ces parties sont légèrement douloureuses. Haleine fétide. L’enfant souffre beaucoup quand on l’assied.
Mort le 4 juillet à onze heures soir.
Autopsie le 7.
Poids : 12 kilogr. 300.
Les poumons présentent de nombreuses adhérences. Ecchymoses sous-pleurales à droite et à gauche dans les parties déclives; à gauche elles correspondent à une région violacée où il n’y a pas de pleurésie. Quelques adhérences anciennes disséminées. A droite, adhérences anciennes qu’on est obligé de déchirer. Exsudais pleurétiques récents de 1 demi à 1 millimètre d’épaisseur sur toute l’étendue du poumon. — Le poumon gauche s’insuffle presque complètement. On trouve à son sommet un noyau tuberculeux de 5 millimètres de diamètre à zones concentriques, à centre opaque de 1 millimètre, ay. milieu d’un tissu parfaitement sain. Gros ganglion caséeux à la partie moyenne du poumon gauche. — Dans le lobe inférieur, au-dessous du hile, superficiellement dans l’espace interlobaire, il existe un noyau jaune de 7 millimètres de diamètre entouré de granu-
lalions grises. Le reste du poumon est sain. — Poumon droit énorme, très-dense, pèse 200 grammes de plus que le poumon gauche. Pneumonie lobaire avec coagulation dans les vaisseaux. Dans le lobe supérieur, à peu près dans son tiers moyen, près du lobe inférieur, se voit un noyau caséeux de 8 millimètres de diamètre. Le lobe moyen de ce poumon est sain. Les deux autres lobes sont atteints de pneumonie (hépatisation complète à coupe assez lisse, grisâtre, avec quelques marbrures irrégulières violettes). — Larégion marginale du lobe inférieur n’est pas complètement malade. La lésion est beaucoup plus avancée dans les régions supérieures, elle y est beaucoup plus grise. Dans les régions inférieures elle est violacée.
Ganglions bronchiques caséeux. En aucun point la lésion n’a l’aspect lobulé. Poumon sec dans ces régions.
Quelques ganglions trachéaux sont complètement caséeux. D’autres, dont un a 3 centimètres de diamètre, rappellent par leur coloration et leur consistance l’hépatisation pulmonaire.
La masse des ganglions trachéaux équivaut à un œuf de poule.
Foie. — Quelques granulations tuberculeuses à la périphérie.
Obs. XXII. Pneumonie
Autopsie de Genin (Claire), faite le 5 décembre 1878, par M. Brouardel. — Le cadavre est celui d’une petite fille, âgée de 6 semaines environ, extrêmement maigre et présentant les apparences de cet état de faiblesse congénitale désigné sous le nom d’atrepsie.
Il pèse 2430 grammes; sa longueur 'totale est de 53 centimètres, 2i de la tete à l’ombilic, 26 de l’ombilic aux pieds. La cicatrisation de l’ombilic est complètement terminée.
L’oreille gauche présente encore quelques plaques d’impétigo^ (de gourme); les paupières des deux yeux portent des croûtes de blépharite ciliaire.
Sur aucun point du corps, notamment sur la face, les
lèvres, le cou, le cuir chevelu, on ne constate ni ecchymose, ni suffusion sanguine, ni plaie.
Les os ne sont pas fracturés. Les os du crâne sont intacts. L’encéphale paraît sain.
Les plèvres ne contiennent pas de liquide. La surface des poumons est couverte de quelques taches blanchâtres d’emphysème. On note également l’existence d’un assez « grand nombre d’ecchymoses sous-pleurales punctiformes », irrégulièrement réparties sur le bord costo-vertébral et la face inférieure des deux poumons.
Le lobe inférieur du poumon gauche est le siège d’une pneumonie qui l’a envahi dans sa totalité. La lésion présente les caractères de l’hépatisation rouge. Les fragments de ce lobe pulmonaire projetés dans l’eau tombent au fond du vase.
Le péricarde contient un peu de liquide. Le cœur est sain, il contient quelques caillots rouges.
L’estomac est dilaté par les gaz et ne renferme pas de matières alimentaires .
Les intestins sont vides et rétractés.
Le foie et les reins sont sains.
4o Pleurésie. — Nous n’avons vn signalée dans aucun auteur la présence des ecchymoses sous-pleurales dans la pleurésie. En voici deux cas observés dans le service de M. Brouardel, et concernant deux enfants, l’un de 3, l’autre de 4 mois :
Obs. XXIII. — Pleurésie.
Enfant de 3 mois, mort dans le service de M. Brouardel, à St-Antoine (1878).
Quelques adhérences pleurales à droite. De ce côté, suffusions sanguines, piqueté par places.
A gauche, quelques ecchymoses sous-pleurales, au niveau de la base et de la circonférence de ce poumon. — Sur ce même poumon et au niveau de son bord antérieur, existent des vésicules d’emphysème interlobulaire.
Obs. XXIV. — Pleurésie 'purulente.
Lorenty, 4 mois, entré le 2 février 1878 dans le service de M. Brouardel, à St-Antoine.
Toux quinteuse, dyspnée, râles nombreux. — Traitement: Ipéca, vésicatoire. — Bientôt la dyspnée augmente. — Amaigrissement, diarrhée verte.
Décédé le 8 mars 1878.
Autopsie. Sur la face postérieure du poumon gauche (lobe inférieur) quelques petites ecchymoses punctiformes disséminées; à la face interne du même poumon, on en observe quelques-unes plus fines, mais de même teinte, rappelant un pointillé.
Le poumon qui est le siège de ces ecchymoses va au fond de l’eau. Toute la plèvre de ce côté est le siège d’un épanchement purulent. — A droite, rien d’anormal.
LES ECCHYMOSES SOUS-PLEURALES DANS LES COMPLICATIONS RESPIRATOIRES DES FIEVRES MORB1LLEUSES .
Nous plaçons, dans un chapitre distinct, ces différents cas pour éviter l’objection qui pourrait nous être faite d’attribuer à une affection de l’appareil respiratoire une lésion produite par l’altération du sang. Nous pensons néanmoins que cette lésion se produit au moment de la mort ou peu avant, et qu’elle a bien plutôt rapport à la complication qui tue qu’à la fièvre éruptive ellemême.
Quoi qu’il en soit, Tardieu admettait l’existence des ecchymoses sous-pleurales dans les fièvres éruptives et les rattachait à l’altération du sang ; il est muet sur les complications de la rougeole.
M. Damaschino, étudiant ces complications, remarqua combien les taches sous-pleurales y étaient fréquentes, et Blanckaërt(l), rapportant ses observations sur les complications de la rougeole chez les enfants, dit : « A l’examen cadavérique des sujets morts de rougeole hémorrhagique, on rencontre des lésions qui indiquent une altération grave du sang ; les ecchymoses, les infiltrations sanguines qu’on avait constatées sur la peau se retrouvent après la mort dans un plus ou moins grand nombre d’organes, sous les membranes séreuses, à la surface du cerveau, dans les poumons, les reins, etc. » Il dit aussi que dans des cas de broncho-pneumonie morbilleuse, « conformément à la remarque faite par M. Damaschino, souvent il s’était produit un plus ou moins grand nombre d’ecchymoses sous-pleurales, correspondant parfois à des apoplexies, dans une faible épaisseur du poumon. » Nous trouvons dans son excellente thèse cinq observations de complications broncho-pulmonaires dans lesquelles il a rencontré des ecchymoses : deux de ces observation^ ont été prises sur des enfants de 2 ans, deux sur des enfants de 3 ans, et une sur un enfant de 8 ans.
Pour nous, toutes les autopsies de complications thoraciques de rougeole, auxquelles il nous a été donné d’assister, nous ont montré des ecchymoses sous-pleurales. C’est dans ces complications morbi lieuses que M. Parrot a consigné le plus grand nombre de fois la présence de ces taches.
(1) Thèse de Paris, 1868.
Obs. XXV (1). — Congestion 'pulmonaire et bronchio-pneuraonie, complications de rougeole.
La nommée Vanaire (Françoise), âgée de 23 mois, entre à l’hôpital Laënnec, le 7 juillet 1879, service de M. Damaschino, salle Sainte-Marie (crèche), lit d’isolement.
Cette enfant est entrée à l’hôpital avec une éruption de rougeole, suivie de vésicules et de bulles d’hydroa compliquées de gangrène de la peau. Elle a succombé le cinquième jour de son arrivée à des accidents de congestion pulmonaire et de bronchio-pneumonie très-fébrile.
Autopsie le 13 juillet. On trouve à la surface du corps, en particulier à la nuque et à la partie supérieure du dos, plusieurs eschares noires, d’étendue et de forme variables, mais dont quelques-unes mesurent 2 ou 3 centimètres de diamètre.
Le poumon droit est le siège, dans les lobes supérieur et moyen, d’un emphysème vésiculaire très-développé. Au sommet de ce même poumon droit existent quatre ecchymoses sous -pleurales très larges de 8 à 10 millimètres de diamètre. Le lobe moyen n’offre qu’une seule ecchymose. Ces deux lobes présentent à peine, même dans leurs parties centrales, une légère congestion ; mais on y rencontre quelques noyaux de pneumonie au passage de la deuxième à la troisième période ; aucun de ces noyaux n’est superficiel. Le lobe inférieur du poumon droit est emphysémateux dans la portion antérieure, où il existe même quelques traces d’emphysème interlobulaire. A sa partie postérieure il existe une congestion assez intense ainsi que quelques lobules bronchiopneumoniques dont le centre est à l’état d’hépatisation grise.
Le poumon gauche présente un emphysème considérable de la languette. Son lobe supérieur offre quatre petites ecchymoses, et la face inférieure de ce lobe (face correspondant à la scissure interlobaire), laisse voir quatre ecchymoses super fi-
(1) Cette observation et les deux suivantes nous ont été communiquées par M. Damaschino que nous remorcions de son extrême obligeance.
cielles , dont deux sont punctiformes , landis que les autres mesurent 2 ou 3 millimètres de largeur. Au niveau de quelques-unes de ces ecchymoses existe une injection considérable des vaisseaux de la plèvre. Toute la partie postérieure de ce lobe est trôs-congesLionnée et renferme des noyaux de bronchio -pneumonie au passage de l’hépatisation rouge à l’hépatisation grise. C’est à la face postérieure du lobe inférieur que les ecchymoses sont le plus nombreuses; on en compte une quinzaine, les unes punctiformes, les autres d’une étendue de 1 centimètre de largeur. L’une d’elles, sous-pleurale, présente une coloration rutilante; d’autres correspondant à des noyaux d’hémorrhagie pulmonaire pénètrent à 2 ou 3 millimètres de profondeur dans le parenchyme. Presque tout le lobe inférieur présente les altérations de la bronchio-pneumonie (deuxième et troisième degré).
Le foie est très gras; les reins le sont un peu, aucune autre lésion viscérale.
Obs. XXVI. — Bronchio-pneumonie , complication de rougeole.
Marchand (Théophile), âgé de 9 mois, entré le 29 lévrier 1879, salle Sainte-Marie, crèche de Laënnec, lit n° 28, service de M. Damaschino.
Autopsie :
Poumons. Bord antérieur exsangue et emphysémateux, (ils sont plus étendus à droite qu’à gauche).
Emphysème interlobulaire.
Noyaux de pneumonie lobulaire aux deux lobes inférieurs
La condensation du tissu pulmonaire est plus prononcée au niveau de la partie moyenne du lobe supérieur droit.
Nombreux lobules à l’état fœtal.
D’autres au contraire sont à l’état d’hépatisation rouge.
Les hémorrhagies sous-pleurales si fréquentes dans les pneumonies morbilleuses sont ici très-rares : on en trouve à peine quelques-unes très-petites.
Les lésions pneumoniques sont beaucoup plus avancées au centre du lobule qu’à la périphérie, et là où la périphérie est encore à l’état d’hépatisation rouge, on trouve le centre déjà à l’hépatisation grise.
Emphysème, très-marqué comme toujours, delà languette du poumon gauche.
Rate normale. — OEsophage normal.
Larynx très-légèrement injecté.
Reins un peu stéatosés.
Les plaques dePeyer sont très-marquées et très-injectées.
übs. XXVII. — Diphthérie gangréneuse et bronchio-pneumonie complications de rougeole.
Bouvard (Berthe), âgée de 10 mois, entrée le 5 juin 1879 salle Sainte-Marie (crèche), lit d’isolement, morte le 19 du même mois (service de M. Damaschino à Laënnec).
On trouve sur le bord du maxillaire inférieur de petites surfaces ulcérées où la muqueuse n’existe plus. Quelques plaques semblent exister également sur la lèvre supérieure, sur la langue, et, en particulier, la face inférieure. Cette destruction delà muqueuse a été produite par une gangrène de nature diphthéritique. On trouve en effet dans le larynx quelques fausses membranes dues à la diphthérie. On constate sur la surface des poumons de petites taches ecchymotiques qui sont caractéristiques de la bronchio-pneumonie développée dans le cours de la rougeole. Les poumons présentent en outre à leur surface et sur une coupe de trèspetits foyers du pus ou vacuoles purulentes. Il existe un emphysème considérablequi en certains points est interlobulaire. On y note aussi la présence d’un infarctus hémorrhagique. Enfin, on voit que la pression fait sourdre sur une coupe, indépendamment d’une grande quantité de sérosité spumeuse, du pus parles orifices des petites bronches.
Le foie est gras.
Obs. XXVIII. — Croup , complication de rougeole.
Garçon de 1 an et demi, entré le 28 juin 1879 dans le service de M. Parrot aux Enfants- Assistés.
28 juin. T. 40,4. Rougeole extrêmement confluente. Rien au poumon.
Le 29. T. 40,1. Rougeole violacée, ecchymotique. Rien aux poumons.
Le 30. T. 39,8.
lor juillet. T. 38,2.
Le 4. T. 39,2. Souffle inspiratoire à la partie inférieure gauche en arrière.
Le 5. T. 39,4. Adénopathie rétro-maxillaire, surtout à droite. On ne distingue rien sur les amygdales ; voix prise. Croup. Coryza.
Le 6. Agonie.
Mort à 2 heures du matin le 7 juillet 1879.
Autopsie du 9 juillet. Poids, 9 kilogrammes.
Poumons. Quelques ecchymoses sous-pleurales qui deviennent rosées au moment de l’insufflation. Aucune trace de pleurésie. Bronches violettes, contenant un peu de pus.
Fois gras sans autre particularité.
Rate. 53 grammes.
Larynx. Ulcérations laryngées siégeant sur les quatre cordes vocales, avec exsudât diphthéroïde.
Le cœur droit contient des caillots fibrineux anciens.