‹ Étude médico-légale sur les ecchymoses sous-pleuralesChapitre 6 sur 8 · ÉTAT ACTUEL. DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL. DE LA QUESTION

Mais les décisions du jury laissent intactes les questions scientifiques.

Tardieu. Affaire Duroulle.

Voici un fait qui vient prouver à quel degré il était nécessaire que la Société de médecine légale se mît à étudier et à discuter la question des ecchymoses souspleurales. Nous le résumons d’après des documents qu’ont bien voulu nous communiquer MM. Brouardel et Legroux (1).

Au mois d’août 1876, on trouve, à 6 lieues de Lisbonne, dans un lieu nommé le Sunivel, près deMafre, un cadavre d’homme qu’on inhume sur place, après une simple inspection de l’habitus externe. Un mois après, la justice ordonne une exhumation que l’on pousse jusqu’à découvrir le cadavre, sans l’extraire de la fosse, ni par conséquent l’autopsier, sous prétexte d’un danger pour la santé publique. Le 8 mars 1877, c’est-à-dire 7 mois après la mort, le juge requiert trois experts pour procéder à une autre exhumation et à l’autopsie.

Voici les particularités les plus importantes qu’ils constatent : les parties molles de l’extérieur de la tête, des jambes et des membres supérieurs n’existent plus, mais tout le reste est conservé. Le cerveau, le foie, les reins, les intestins, la vessie, sont en bon état. Le cervelet est putride. On ne trouve pas la rate. Le cœur n’a rien. Le poumon gauche est mou etdiffluent, mais le droit est en bon état pour être

(1) Bento de Sousa, de Sousa Marlins e da Camara Cabrai. Questâo de peritos. A medicina legal no processo Joanna Pereira, Lisboa, 1878. — Da Camara Mello Cabrai, da Rocha, de Sousa Nazareth. Quesitos e resposlas, Coimbra, 1878.

examine. (C est dans le décubitus latéral droit qu’on a trouvé le cadavre). Il existe dans le poumon droit de petits foyers hémorrhagiques, dont le plus grand atteint le volume d’un haricot, et, sous la plèvre viscérale on observe des taches ecchymoLiques analogues aux foyers. En même temps, ce poumon permet encore de voir ses veinules gorgées de sang. — Fractures de la première côte de chaque côté et de la seconde gauche ; fracture du larynx.

En présence de ces altérations, et s’appuyant surtout sur l’état du poumon droit, les experts conclurent à l’asphyxie mixte par strangulation et suffocation.

L’accusée, Joanna Pereira, mariée à un médecin trèsrenommé, soutenait ainsi que ses complices, que son amant, le pianiste Cypriano Soarès, s’était pendu chez elle, et qu’on l’avait porté au loin pour éviter le scandale.

Trois contre-experts furent nommés, qui déclarèrent que toutes les lésions trouvées sur le cadavre pouvaient se rapporter à la pendaison, hormis les fractures de côtes qui avaient pu être faites après la mort. Les accusés furent absous.

L’affaire judiciaire terminée, les médecins voulurent traiter la question scientifique. Ils eurent l’idée de demander leur avis à un grand nombre de professeürs européens. Des réponses de ceux-ci, nous extrayons ce qui a trait seulement aux ecchymoses sous-pleurales, et qui nous fera connaître leur opinion sur ce sujet :

Friedberg, de Breslau : Les ecchymoses ne constituent pas un caractère différentiel. Elles peuvent se rencontrer dans tous les genres d’asphyxie. J’explique leur formation d’une double manière. D’abord la dyspnée produit une subite ampliation du thorax, en vertu d’une violente tentative d’inspiration ; il se fait un espace vide entre la paroi et le viscère, lequel espace agit à la façon d’une ventouse, et produit la congestion du réseau

vasculaire sous-péricardique el sous-pleural el par suite l’extravasation du sang. D’un autre côté, la dyspnée excite les nerfs vaso-moteurs, de sorte que les artères, par une rapide et intense énergie de contraction, lancent le sang dans le réseau capillaire sous-pleural, qui se congestionne et le laisse extravaser (1)

Gœdeken, de Copenhague:... Je crois qu’il est fort hasardeux de tirer des conclusions sur l’état du poumon droit dans un cadavre, déterré sept mois après la mort. Je crois que Tardieu a tort en supposant que les ecchymoses sous-pleurales démontrent l’asphyxie par strangulation et par suffocation, mais rendent impossible l’asphyxie par pendaison ou par submersion; les expériences que j’ai faites à ce sujet sont dans un sens contraire

G. Bergeron, de Paris :... Une seconde preuve nous est donnée de la cause réelle de la mort, par les lésions du poumon droit. Ces lésions, si caractéristiques, peuvent, dans certains cas, être retrouvées longtemps après la mort et j'admets très-bien que , dans le cas actuel, après sept mois , ces lésions aient pu être retrouvées. Il y avait des foyers hémorrhagiques, et, sous la plèvre, des taches ecchymotiques. Dans le plus grand nombre des cas de mort par pendaison suicide, on observe tout au plus de la congestion des poumons, et je crois qu’aucun médecin légiste ne peut se refuser à admettre que les taches ecchymotiques sous-pleurales et les foyers d’apoplexie pulmonaire sont les meilleurs signes qui puissent aider à notre conviction dans cette question, toujours si

(1) Quesitos e respostas, p. 187. Les réponses des autres professeurs se trouvent dans Questâo de peritos, 2a parte.

délicate, de la distinction à établir entre les différents modes d’asphyxie (pendaison, suffocation, et strangulation)

A. Tardieu, de Paris On découvre de petits noyaux hémorrhagiques dans le poumon et des ecchymoses sous-pleurales ; on constate des fractures à l’entrée des fosses nasales, au larynx et aux côtes supérieures; le cervelet n’est plus dans un état reconnaissable. Il n’est pas douteux que la mort ait eu lieu par asphyxie, à la fois par suffocation et strangulation

Pallis etGeorgaulas, d’Athènes Les foyers apoplectiques et les taches ecchymotiques sous-pleurales trouvées dans le poumon droit (le gauche étant diffluent) sont dans l’état actuel de la science des signes certains et indiscutables de la mort par asphyxie. — Cela posé, il se présente la question par quelles manœuvres s’est produite l’asphyxie. Si l’on étudie avec soin les expériences et les observations des médecins légistes et des physiologistes de nos jours, et surtout celles de MM. Tardieu, Faure, etc., l’on ne saurait qu’être convaincu que ces signes sont propres à la mort par suffocation et strangulation; et qu’on ne rencontre pas ces mêmes altérations dans la mort par pendaison ( Tardieu . Et. méd. lég. sur la pend., 1870, p. 42) sauf les circonstances dans lesquelles l’autopsie aurait été pratiquée immédiatement après la mort, quand, selon Tardieu (loc. cit.) et Faure (ttech. exp. sur l’asph., 1856), l’on trouverait quelquefois quelques diffusions sanguines sous la plèvre qui se dissiperaient d’elles-mêraes quelques heures après l’autopsie, mais que jamais Ton ne trouve dans les autopsies tardives

Iquinoy Mendoza, de Cadix L’extravasation du sang dans les organes est une preuve qu’un obstacle a gêné la circulation dans ces mêmes organes; c’est donc un signe d’asphyxie; mais quoique Tardieu considère cette extravasation comme un signe pathognomonique et exclusif de la suffocation, on la rencontre aussi quelquefois dans la strangulation et même dans la submersion , lorsque l’individu, pour une cause ou pour une autre, meurt avant de remonter à la surface de l’eau. Mais ce sont là, il faut l’avouer, des cas exceptionnels; je n’en ai rencontré que deux dans ma longue pratique de cinquante ans

Toscani, de Rome:... L’idée soutenue par les médecins de la défense, à savoir, les résultats nécroscopiques sont les mêmes dans les différents cas de mort par pendaison, étranglement, suffocation, est absolument fausse. Il y a des lésions internes spéciales qui appartiennent aux différentes espèces d’asphyxie et en permettent la distinction, ou d’une manière absolue, ou du moins dans une ligne de grande probabilité.... 3

Macédo Pinto, de Coimbre :... Les experts sontdo l’avis de la doctrine de Devergie amplifiée par Tardieu ; je n’ajoute pas la même confiance à l’opinion de ces maîtres. Je l’ai trouvée en désaccord avec quelques-uns des faits que j’ai observés pendant les six ans que j’ai occupé la chaire d’anatomie; et l’étude théorique autant que pratique que j’ai faite de la médecine légale m’a convaincu que ces lésions du poumon, réputées comme des signes caractéristiques permettant de distinguer entre elles les différentes formes d’asphyxie, malgré les travaux des médecins français qui viennent à l’appui de cette doctrine, n’ont pas le caractère absolu qu’on leur a

attribué. Si cetle doctrine a de la vogue en France, on ne lui attribue certes pas la même importance dans d’autres pays non moins illustres, mais où les études de médecine légale sont plus circonspectes. Je n’attribue donc aux lésions pulmonaires qu’une importance relative en concurrence avec les autres lésions. C’est mon avis pour les autopsies de date récente, à plus forte raison pour celle-ci qui a été faite sept mois après^l’inhumation, et lorsque le poumon gauche était déjà réduit en substance pulpeuse

Cunha Yianna, de Lisbonne :... La valeur des ecchymoses sous-pleurales n’est aujourd’hui considérée que comme secondaire. On a voulu en faire une preuve de la mort par suffocation ; mais le J3r Liman, et surtout la commission française dont le Dr Legroux a été le rapporteur, ont prouvé que ces ecchymoses pouvaient se rencontrer non-seulement dans les cas de suffocation, mais même dans les cas de mort violente ou non violente. Quant aux foyers hémorrhagiques et aux grandes ecchymoses du poumon que l’on rencontre chez les asphyxiés (Tardieu, Briand, Legrand du Saulle, etc.), on les considère comme un signe caractéristique et pour ainsi dire pathognomonique de l’étranglement. Gasper, Grilla, Devergie, Fleschman et d’autres non moins autorisés, n’ont jamais trouvé chez les pendus des hémorrhagies en foyers ou de larges ecchymoses, mais à peine une hyperémie plus ou moins intense

Pitta, de Lisbonne :... J’occupais la chaire de médecine légale à Lisbonne, lorsque Tardieu publia ses travaux qui prouvent que l’état pétéchial de la séreuse pulmonaire est la caractéristique de l’asphyxie par suf-

foeation. Je comparai celle doctrine avec celle de Casper qui considère les ecchymoses comme un signe d’asphyxie; tous les faits sur lesquels ce professeur base son opinion étaient des cas de mort par suffocation ou strangulation, mais aucun par pendaison. J’eus l’occasion d’observer deux cas de mort par pendaison (sans pétéchies) et un seul par strangulation (avec des foyers hémorrhagiques). C’était donc conforme à la doctrine de Tardieu. Liman, avec des preuves à l’appui, contesta la valeur de ce signe diagnostique, et je pense dès lors que les foyers hémorrhagiques sont beaucoup plus fréquents dans l’asphyxie par suffocation et strangulation, que dans l’asphyxie par pendaison 1

Liman, de Berlin :... En 1861, j’ai combattu la doctrine de Tardieu, en me basant sur l’expérience ; je n’ai pas eu de raison pour changer d’avis. Hoffmann partage mon opinion. Les ecchymoses intra et extra-pulmonaires proviennent de la rupture des capillaires au dernier moment de l’asphyxie ; elle est due à l’augmentation de la pression latérale que doivent supporter ces vaisseaux, et aux désordres de circulation produits par les convulsions générales et le spasme des muscles expirateurs. On ne les rencontre donc pas seulement dans les asphyxies par cause mécanique, mais aussi dans celles de cause interne (épilepsie, empoisonnement, anémie, etc.) pourvu que la mort, dans ces cas, soit produite par asphyxie avec convulsions. Par contre, elles peuvent quelquefois manquer, parce que, outre les conditions nécessaires pour les produire, il y en a une autre individuelle et particulière : le peu de résistance, la délicatesse des parois des vaisseaux. C’est pour cela que l’on rencontre les ecchymoses

surtout chez les uouveau-iiés, et qu’elles deviennent plus rares dans un âge plus avancé. D’après moi, de l’existence des ecchymoses, on ne peut rien conclure pour la mort par strangulation dans le cas actuel, même quand il serait certain qu’elles ont été produites pendant la vie. A peine prouveraient-elles qu’il y a eu asphyxie

On voit, par ces quelques citations, quelle est l’ importance qui s’attache à l’étude des ecchymoses souspleurales. Dans le cas que nous venons de rapporter, l’hypostase nous paraît être la seule raison que l’on puisse raisonnablement invoquer pour expliquer la présence de ces diffusions sanguines trouvées sur le poumon droit d’un cadavre couché pendant sept mois dans le décubitus latéral droit. Dans un récent travail sur les principaux phénomènes cadavériques considérés sous le rapport médico-légal, Hoffmann (1) insiste sur la nécessité de ne pas confondre ces hypostases internes avec des phénomènes pathologiques, erreur plus d’une fois commise, et qui n’est pas toujours facile à éviter.

Il est une altération post mortem qui nous a été signalée par M. Descoust, et que nous avons observée nousmême dans maintes autopsies, altération d’autant plus remarquable qu’elle offre l'apparence des ecchymoses ponctuées, à bords nets, décrites par Tardieu, avec lesquelles elle a pu être souvent confondue. Cette lésion se forme à l’autopsie même, au moment où l’on enlève la paroi antérieure du thorax, chez les sujets qui présentent des adhérences pleurales plus ou moins nombreuses.

(1) Viertelj. Schrift fur ger. Med. und off. Sanit., nouv. série t. XXV et XXVI.

Ces adhérences, en se déchirant au niveau du poumon, laissent apparaître une petite érosion de la plèvre viscérale au fond de laquelle se montre le tissu pulmonaire. Un moyen bien simple de ne pas confondre cette lésion avec une ecchymose consiste à la regarder à la loupe ou horizontalement à la lumière du jour, et l’on voit qu’elle offre l’aspect d’une petite cupule, aulieu de la légère saillie d’une ecchymose.

Les ecchymoses ont pu encore être confondues, comme le dit M. Legroux, avec les taches noires qui marbrent si souvent la surface du poumon humain. Nous avons pu constater nous-même combien il est facile de faire cette confusion dans certains cas, notamment chez un chauffeur de locomotive mort d’une fracture du crâne en tombant de sa machine. Dans ce cas, il nous a été fort difficile de distinguer quatre à cinq ecchymoses sous-pleurales au milieu de nombreuses taches d’anthracosis dont les poumons étaient remplis.

Les ecchymoses ne disparaissent ni par la pression, ni par le lavage, ni par le grattage . « Cependant, nous dit M. Legroux, il faut savoir que sur les pièces fraîches, ainsi qu’on l’observe sur les animaux qui viennent d’être sacrifiés, beaucoup de ces taches disparaissent quand on ouvre le cœur, quand on coupe les gros vaisseaux pulmonaires, ou bien encore quand on insuffle les poumons immédiatement. Il n’en est pas de même lorsque les lésions sont moins récentes, lorsqu’on pratique l’autopsie longtemps après la mort; le sang a perdu sa fluidité, les coagulations sont complètes, les taches dès lors ne disparaissent plus par la section des vaisseaux ou l’insufflation; au contraire, même si parfois l’aspect ecchymotique s’est un

peu atténué sous l'influence delà putréfaction, l'insufflation du parenchyme pulmonaire les rend plus perceptibles, ou même permet de ies observer alors qu’on n’en soupçonnait pas la présence. Cette dernière remarque due à M. le Dr Faure est de la plus haute importance en médecine légale (1). » Il est donc possible de diagnostiquer ces taches ecchymotiques des taches brunâtres, lie de vin qui marbrent quelquefois la surface du poumon. Ces dernières résultent du refoulement du sang vers le système veineux central qui se fait après la mort, et de la stase cadavérique. Elles disparaissent toujours par l’insufflation du poumon, à moins que la décomposition ne soit trop avancée.

Dans son savant rapport, qui a fait faire un grand pas à la question qui nous occupe, M. Legroux cherche aussi à définir, au moyen du microscope, les caractères de ces épanchements sanguins. Ses observations portent tantôt sur des poumons desséchés après insufflation, tantôt sur ces organes durcis dans l’alcool. « La plèvre, nous dit-il, apparaît soulevée, détachée, séparée des alvéoles et du tissu péri-alvéolaire de la tranche du parenchyme par un amas de globules rouges pressés les uns contre les autres et formant une sorte de petite lentille plan-convexe dont la convexité est tournée vers la plèvre, et la surface plane repose sur la surface même du poumon. Les alvéoles voisines sont remplies d air, leurs interstices sont normaux, si bien que le microscope démontre péremptoirement qu’il s’agit bien là de vraies hémorrhagies sous-pleurales ayant décollé la

(1) Legroux. Loc. cit., p. 4.

plèvre de la surface du poumon, mais n’ayant pas pénétré profondément dans le parenchyme alvéolaire (1) . >

Dans certaines circonstances, ces altérations ne se montrent pas seulement sous la plèvre; on peut les rencontrer sur divers autres organes, la surface viscérale du péricarde, la surface du crâne, les méninges cérébrales, la muqueuse stomacale. M. Charcot en a rencontré une fois sur le péritoine à l’autopsie d’un homme mort d’endocardite ulcéreuse (2) .

Voici comment, dans son bel ouvrage sur les grands processus morbides, M. Picot rend compte des caractères différents avec lesquels se présentent les ecchymoses sous-pleurales :

« Ces lésions seront essentiellement différentes, suivant la marche même de l’asphyxie. Dans les cas où la mort surviendra avec rapidité, soit à la suite de la pendaison, de la strangulation, de la privation totale de l’air ou de la pénétration dans les voies aériennes d’un corps étranger oblitérant complètement le passage des gaz, on constatera du côté des voies respiratoires les changements anatomiques suivants : ... Les poumons, plutôt rosés que fortement congestionnés, à l’exception de la base, montreront des taches ecchymotiques souspleurales en plus ou moins grande abondance. Ces taches, et même de fines hémorrhagies collectées en foyers, pourront se retrouver dans le parenchyme pulmonaire. La raison de la production de ces lésions diverses est, je le crois, facile à saisir : lorsque l’air vient

( 1 ) Loc. cit. , p. 6.

(2) Charcot. Leç. sur les mal. du syst. nerv., t. I, p. 73, note.

ssaing. 4

à faire défaut, pour une cause quelconque, à l’appareil respiratoire, et que les puissances musculaires persistent à produire la dilatation du thorax, le vide créé dans la poitrine ne peut plus être comblé; le sang, dès lors, à chaque inspiration, fait irruption avec force dans les vaisseaux pulmonaires, et c’est en raison même de la force de la pénétration qu’il amène la rupture vasculaire. Si l’asphyxie a une marche lente, comme dans les cas de tumeur comprimant le larynx, d’obstacles à la pénétration de l’air se développant lentement daQs les voies aériennes, c’est alors que le cœur peut renfermer ces caillots volumineux et consistants décrits par Faure ; c’est alors que dominent les congestions pulmonaires, accompagnées de taches d’un rouge-cerise, et parfois même de noyaux apoplectiques siégeant à la surface des poumons et dans l’épaisseur de leur tissu (1) . »

Quant au mode deformation des taches sous-pleurales, il n’est pas encore connu, et une grande obscurité règne sur leur pathogénie. Vicq, qui les a étudiées à ce point de vue spécial, cite une expérience faite par M. Descoust dans le but de voir s’il est possible de se rendre compte du moment exact où se forment les ecchymoses (2). M. Yulpian a cherché aussi à voir se former ces taches. Ces deux expériences n’ont pas réussi selon le désir des observateurs. M. Descoust les a répétées devant nous sans arriver encore à un bon résultat, et il se propose de les recommencer. Il est à désirer qu’elles réussissent, et un

(1) J.-J. Picot. Les grands processus morbides, 1878, t. II, page 45.

(2) Vicq. Thèses de Paris, 1878, p. 56.

grand pas sera fait dans l’étude de la genèse de cette altération.

Quoi qu’il en soit, trois théories sont actuellement en présence :

1° La plus ancienne, que nous appellerons théorie respiratoire, qui a pour adhérents Bayard, Liman, Page, Caussé(l), Picot (2), et qui attribue la rupture vasculaire aux efforts de la respiration.

2° La théorie circulatoire qui a eu d’abord pour but d’expliquer la formation des ecchymoses chez les enfants n’ayant pas respiré. Cette théorie admise par Tardieu, Jaccoud, attribue la production des taches à l’arrêt ou à la diminution de l’activité cardiaque.

3° La théorie vaso-motrice, soutenue par Legroux, Yulpian, Yicq, qui attribue la rupture des capillaires à la contraction brusque et spasmodique de ces vaisseaux, sous l’influence des vaso-moteurs, dont l’action est amenée soit par cause directe, soit par cause réflexe.

Nous ne nous arrêterons pas à discuter la valeur de ces diverses théories, et nous renverrons pour leur étude le lecteur à l’excellente thèse de Yicq qui les a très- bien exposées.

Tel est, sur cette question, l’état de la science à l’heure actuelle.

Les ecchymoses sous-pleurales ont été rencontrées, en dehors de la suffocation et des affections dans lesquelles Tardieu admettait leur existence, dans une foule de circonstances variées, dont le nombre augmente chaque jour et ira toujours en croissant à mesure que les expé-

(1) V. notre appendice,

(2) V. plus haut.

riences, les observations et surtout les moyens d’investigation faciliteront les recherehes. En outre, la science possède un certain nombre de cas de suffocation évidente où ces lésions ont manqué soit dans des nécropsies, soit dans des expériences.

Dechoudans ayant exposé en détail tous ses différents cas (1), nous choisissons pour les rapporter ici, parmi les nombreuses observations que nous possédons, celles qui concernent seulement des affections dans lesquelles on n’a pas signalé, jusqu’à ce jour, la présence des ecchymoses sous-pleurales, ou dans lesquelles on ne les a signalées que rarement.

Übs. I. — Erysipèle de la face.

X. . âgé de 29 ans, entre à l’hôpital St-Antoine le 17 février 1878, service de M. Brouardel, salle St-Augustin, lit n° 2.

Ce malade est atteint d’un érysipèle de la face dont le début est difficile à déterminer : on n’obtient pas de renseignement précis sur ce point, et nous supposons que l’affection a commencé le 10.

Le jour même de son arrivée, le malade tombe dans un coma profond ; le lendemain survient un délire très-agité. La température est très-élevée : elle atteint 40°, 2 le jour de la mort qui arrive le 21 du même mois.

Autopsie pratiquée le 22 février, 18 heures après la mort. ....Au niveau de la circonférence inférieure du poumon droit eten arrière, [il existe8 ou 10 ecchymoses ayant à peu près le volume d’une tête d’épingle, offrant la même teinte rouge sombre.

A la face externe de ce même poumon existe un épaisissemenl de la plèvre viscérale, et dans ce point on trouve encore quelques ecchymoses sous-pleurales.

(1) Dechoudans. Thèse de Paris, 1878, p. 44 et s.

Dans le bord postérieur il y a une teinte rouge diffuse avec des tons différents, qui rappelle celle que l’on trouve chez les noyés. La coupe du poumon révèle une congestion pulmonaire très-intense.

Obs. II. — Intoxication par le cyanure de potassium (1).

Le 1er mars 1878, le corps d'un homme de 32 à 34 ans, assez robuste, est trouvé dans le bois de Vincennes. A côté de lui on ramasse un papier dans lequel il dit qu’il se donne la mort parce que sa femme l’a abandonné, et un petit flacon contenant trois morceaux de cyanure de potassium cristallisé. Cet homme a travaillé, paraît-il, chez un marchand de produits chimiques ; au moment de sa mort il était employé chez un boulanger. Sa femme déclare ne l’avoir pas vu depuis huit jours.

Autopsie. On remarque sur toute la surface du corps des lividités très-prononcées, plus prononcées qu’elles ne devraient l’être au bout de huit jours de décès ; on voit sur les cuisses et surtout à la partie supérieure et antérieure du thorax, au milieu de ces lividités, comme un semis de taches un peu violacées, beaucoup plus marquées au niveau du thorax. La langue et les lèvres paraissent scarifiées superficiellement ; ces parties sont livides, on y trouve des mucosités sanguinolentes. Les yeux ne sont pas encore altérés et on reconnaît la couleur de l’iris, les culs-de-sac de la conjonctive sont très-injectés ; sur les phalangettes de la main droite quelques morsures de rat.

Au moment où l’on procède à l’ouverture du thorax, il se dégage une odeur assez prononcée d’amandes amères. Les poumons sont d’unecouleurlie de vin et présentent «denombreuses ecchymoses sous-pleurales. » En les détachant, il s’échappe des vaisseaux qu’on divise une assez grande quantité de sang noir, épais, comme poisseux; après avoir été lavés ils conservent encore leur odeur d’amandes amères ; ils sont crépitants ; à la coupe ils présentent une

(1) Obs. communiquée p;ir M. Brounrfifel.

couleur sombre lie de vin et laissent échapper un sang noir et épais. Un peu de liquide dans le péricarde, « pas de trace d’ecchymoses. »

A l’ouverture du cœur, le ventricule droit contient le même sang noir, épais, poisseux, sans caillots, la membrane interne de l’aorte est légèrement imbibée et teintée par la matière colorante du sang.

Reins. — Rien de caractéristique ; ils sont un peu congestionnés, et se laissent facilement décortiquer.

Foie. — Le foie est d’un jaune clair, marqué de petites étoiles dues probablement à l’injection des vaisseaux superficiels. La vésicule est remplie de bile et contient des calculs irréguliers, framboisés. Le foie a subi une dégénérescence graisseuse absolue ; à la coupe, il est très-gras dans toute son étendue ; son poids est de2,350 grammes. Rien dans la boîte crânienne ; les méninges paraissent congestionnées.

Le cerveau est ramolli. On détache l’œsophage et l’estomac après les avoir préalablement liés, pour en faire un examen ullérieur; dans la partie thoracique de l’œsophage qui reste on ne remarque rien de particulier. — En examinant de nouveau la langue, on voit qu’elle est couverte de mucosités sanguinolentes à sa partie postérieure; qu’elle est livide, infiltrée; mais on se demande si ce n’est pas là un effet de la putréfaction ; les glandes de sa partie postérieure sont plus saillantes que d’ordinaire ; pas d’ulcérations. Quant à l’orifice buccal qui avait paru excorié, on se demande encore si cela ne tiendrait pas à la putréfaction. Lest à remarquer que le sang, dans toutes les parties, est noir, épais et sans caillots.

Obs. III. — Suicide par le cyanure de potassium. Autopsie pratiquée à la Morgue, le 28 mai 1878, par M. Brouardel.

Le cadavre est celui d’une femme paraissant âgée de 25 ans, vigoureuse, bien constituée. La rigidité cadavérique n’existe plus que dans les muscles delà mâchoire inférieure.

Leur contraction a fortement imprimé les arcades dentaires dans la langue qui fait saillie entre elles.

On ne constate sur les diverses parties du corps, ni sur la peau, ni dans le tissu cellulaire sous-cutané, de traces d’ecchymoses ou de suffusion sanguine.

Les lèvres et les parois de la cavité buccale sont couvertes par un magma formé de magnésie calcinée et de mucosités. La muqueuse ne présente pas de trace de brûlure; il en est de même du pharynx et de l’œsophage.

Au moment où nous ouvrons Ja cavité thoracique, nous sentons distinctement une odeur très-nette d’amandes amères. Cette odeur devient encore plus prononcée lorsque le couteau ouvre le péritoine. Cette circonstance nous fait penser à la probabilité d’une intoxication par un cyanure, et la crainte de laisser éliminer l’acide cyanhydrique qui est essentiellement volatile nous oblige à précipiter les recherches nécroscopiques et à enfermer immédiatement dans des flacons bouchés tous les viscères, pour les soumettre à l’examen chimique. Nous nous bornons momentanément à constater leur aspect extérieur.

Le tissu cellulaire péricrânien est le siège « de larges suffusions sanguines ». Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges sont congeslionnées et d’une couleur gris bleu. L’encéphale est très-congestionné; mais on n’y découvre aucune lésion.

Les deux plèvres contiennent de la sérosité sanguinolente (1/3 à 1/2 litre). Les poumons ne sont pas très-congestionnés, ils sont très-crépitants, et offrent» des taches nombreuses ayant l’aspect et la forme des ecchymoses souspleurales ; elles n’en diffèrent que par leur couleur gris bleu ».

Le péricarde renferme un peu de liquide séreux. Le cœur est en contraction tétanique; les ventricules elles oreillettes sont vides. En coupant le cœur, il ne s’écoule pas une goutte de liquide sanguin. Les gros vaisseaux contiennent du sang extrêmement fluide, qui, examiné au spectroscope, donne les réactions normales.

Le péritoine contient aussi une certaine quantité de sérosité sanguinolente.

Le foie est très-congestionné.

L estomac n’est pas perforé, mais ses vaisseaux dessinent des arborisations rouges, très-gonflées par le sang. Le péritoine qui recouvre l’intestin est tacheté par « des suffusions sanguines très-nettes ».

La vessie ne contient pas d’urine.

La rate et les reins paraissent sains.

Dans cette observation, nous considérons les taches nombreuses disséminées sous la plèvre comme des ecchymoses sous-pleurales, dont elles représentaient parfaitement le type. Leur couleur gris bleu tenait -elle à la présence du poison dans le sang? Les ecchymoses que nous signalons dans le cas précédent paraissent infirmer cette hypothèse, et nous n’avons pas observé d’autres cas qui soient venus l’appuyer. Nous nous proposons de faire des recherches à ce sujet.

Obs. IV. — Enfant mort-nè ( fœtus de 6 mois). — Accouchement au forceps. — Fœtus macéré mort au moins depuis deux jours.

A l’autopsie, faite par M. Brouardel, nous avons pu constater « de magnifiques ecchymoses sous-pleurales typiques, caractéristiques », disséminées dans l’étendue des deux poumons.

L’autopsie fut faite tardivement, alors que déjà le fœtus était en pleine putréfaction (4 jours après la mort). Le poumon était creusé de petites vacuoles disséminées, de petites ulcérations comme faites à l’emporte-pièce et occupant sa surface.

On trouvait exactement la même disposition sur le foie. C'étaient là évidemment des lésions dues à l’état avancé de décomposition du sujet.

Nous avons observé des ecchymoses sous-pleurales sur un grand nombre d’enfants mort-nés, et principalement dans des cas de présentation par le siège. Nous nous contentons de les mentionner ici, parce que ces cas ont déjà été signalés. Si nous reproduisons l’autopsie ci-dessus, c.’est qu’elle présente de l’intérêt au point de vue de la genèse de cette altératiou que quelques auteurs ont attribuée au traumatisme cérébral dû au forceps. Or, ici l’enfant était mort lorsque l’opération a eu lieu. Il faut donc invoquer un autre mécanisme. À moins d’admettre la production de ces ecchymoses post mortem, on fie peut l’expliquer que par la suffocation au moment de la mort.

Nous publions aussi l’observation suivante, qui est intéressante au point de vue docimasique, et sur laquelle nous appelons l’attention des médecins légistes (1) :

Obs. Y. — Hôpital de la Pitié. Service deM.le DrBrouardel.

Fœtus du sexe féminin, né à 7 mois et demi, ayant vécu

38 heures. Les poumons ne surnagent pas.

Autopsie 20 heures après la mort.

Poids, 1,090 grammes.

Longueur, des pieds à la tête : 39 centimètres.

Longueur, de l’ombilic au sommet de la tête : 21 centimètres et demi.

Persistance de la bosse sanguine de l’accouchement.

Ecchymoses ponctuées sous-épicrâniennes .

Les vaisseaux des méninges sont très-injectés.

Il existe « des suffusions sanguines » dans les méninges.

Dans le ventricule latéral droit, il existe un caillot sanguin assez considérable, et il y a également un peu de sang dans le 4° ventricule.

(1)V. Séverin Caussé : Des preuves de la vie en matière d’infanticide, 1878, p. 20 et 21.

Les poumons elle cœur jetés dans l'eau vont de suite au fond du vase , et, sépares du cœur , les poumons vont également au fond.

On observe sur le lobe inférieur du poumon droit une petite tache semblable à une tache de mousse.

Il existe des « ecchymoses sous-pleurales » sur les deux poumons, et des ecchymoses sous-péricardiques.

Le méconium est dans les dernières parties du gros intestin, jusque dans le rectum.

Tardieu a signalé des ecchymoses sous-pleurales dans l’épilepsie. Ce fait, observé par quelques auteurs (1), est encore trop rare pour que nous nous dispensions de

donner l’observation suivante :

Obs. YI. — Épilepsie.

Marie Benoît, âgée de 17 ans, meurt pendant une attaque d’épilepsie.

Autopsie de M. Brouardel, le 17 août 1878.

La peau qui recouvre le crâne est doublée par quelques ecchymoses sous-épicrâniennes. Une tache ecchymotique très-large siège sur la suture bipariétale; une autre à la partie postérieure du crâne.

Les enveloppes de l’encéphale sont très-congestionnées ; l’encéphale l’est également dans ses diverses parties. En aucun point on ne trouve de foyer hémorrhagique ou de ramollissement. Les ventricules sont dans leur état normal. Autour du bulbe et de la protubérance, le réseau vasculaire semble congestionné. La coupe du bulbe et de la protubérance ne permet de distinguer rien d’anormal.

Le larynx et la trachée sont remplis par des mucosités spumeuses abondantes et un peu visqueuses. Leur muqueuse est assez rouge.

Les plèvres renferment un peu de sérosité légèrement sanguinolente. A la face postérieure du lobe inférieur droit on

(1) Voisin. Dict. de méd. et de chir. prat., 1870, t. XIII, p. 610 ; — Liouville. Comptes-rendus de la Soc. de biologie, 1870.

trouve quelques petites ecchymoses sous -pleurales, mais pas de plaques d’emphysème.

A la coupe des poumons, il s’écoule une quantité considérable d’écume bronchique ; les poumons sont congestionnés ; ils ne renferment pas de noyaux apoplectiques. Au sommet du poumon droit existent quelques tubercules crétacés, entourés de tractus fibreux, de sclérose partielle du poumon, avec une petite cavernule (lésion ancienne, sans importance actuelle).

Le cœur est flasque, mou, sans caillots. Il n’y a pas de lésion valvulaire.

La langue est assez grosse ; on découvre à sa pointe et sur son bord gauche des traces de morsures récentes.

L’estomac est absolument vide ; on y constate quelques suffusions sanguines.

Le péritoine renferme un peu de sérosité sanguinolente.

Le foie est gras, congestionné.

Les reins sont difficiles à décortiquer et très-congestionnés.

Obs. VII. — Brûlures par la vapeur d'eau. (Autopsie du cadavre de la fille Labrosse (Alixe), brûlée dans un bain de vapeur, faite le 7 décembre 1878, par M. Brouardel.)

Le cadavre est celui d’une femme bien constituée, assez grasse, paraissant âgée de 30 ans environ.

Toute la surface de la peau est couverte de larges plaques de brûlures. Elles siègent principalement sur la partie antérieure du corps

Sur aucune de ces brûlures on ne voit une seule phlyctène ; dans les points où l’épiderme est détaché, la surface du derme est séchée : elle n’est pas humidifiée par de la sérosité. Les plaques de brûlures, notamment celles des régions mammaires, épigastrique et sous-ombilicale, sont piquetées par un fin pointillé hémorrhagique. Ces brûlures ont donc été faites pendant la vie. Sur d’autres régions, aux bras aux cuisses, ce piqueté n’existe pas, on distingue seulemen.

les réseaux du système vasculaire qui semblent injectés

Sous le cuir chevelu se trouvent une ecchymose au niveau

de la partie postérieure du pariétal gauche, et une suffusion sanguine au niveau du frontal du même côté. Celle-ci correspond à une large brûlure qui existe sur le front

L’encéphale est petit, non congestionné, il ne renferme aucune trace de foyer apoplectique ancien ou récent.

Le larynx est dépouillé de son épithélium ; il est plein de mucosités spumeuses ; sa muqueuse est couverte d’un piqueté hémorrhagique. La trachée et les grosses bronches sont remplies par une spume abondante, assez visqueuse, finement aérée, rougeâtre. La muqueuse des grosses et des petites bronches est très-rouge, dépolie, tachetée de points brillants dont la rougeur excessive paraît hémorrhagique. Ces bronches sont remplies des mêmes mucosités.

Les plèvres ne contiennent pas de liquide. Sur leur surface on distingue des ecchymoses sous-pleurales assez nombreuses.

Les poumons sont remplis de sang noir. Le lobe supérieur du poumon droit et les lobes inférieurs des deux poumons sont peu crépitants, congestionnés. La section de ces lobes montre une surface noire, couleur de truffe ; de cette section il ne s’écoule pas une grande quantité de sang. On ne découvre pas de foyer apoplectique vrai, g. Le péricarde contient 50 à 60 grammes de liquide rougeâtre. La surface des ventricules est mouchetée par quelques ecchymoses sous-péricardiques

Les brûlures sont ici la conséquence d’un séjour dans une atmosphère surchauffée qui enveloppait cette fille de toutes parts, et dans laquelle elle a respiré, et la mort a été déterminée par une congestion pulmonaire intense accompagnée d’une hypersécrétion bronchique suffocante.

Des expériences faites par M. Brouardel dans le cabinet pour bain de vapeur où était morte la fille Labrosse, ont démontré que si, par erreur, le robinet de vapeur est complètement ouvert, la température peut s’élever à une hauteur incompatible avec la vie : un thermomètre à

maxima placé loin du jet, le robinet ayant été ouvert par le garçon de bain comme il doit l'être pour un bain de vapeur ordinaire, marqua 29°au bout d’un quart d’heure. Placé encore loin du jet, il marqua 63°, un quart d’heure après l’ouverture complète du robinet. Placé enfin dans le jet de vapeur lui-même, il s’éleva en cinq minutes à 86°.

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