AVEC CELLE DES AUTRES DIOTOCARDES
La structure de la radule du Plewrotomaria quoyana est absolument spéciale et on ne trouve rien d'analogue chez les autres Scutibranches ; ces derniers montrent, en effet, une tendance très nette à la division d’une série transverse en régions spécialisées ; on y distingue presque toujours une région centrale formée par la dent impaire et un petit nombre de dents paires (généralement cinq de chaque côté), et deux régions marginales (une à droite et une à gauche), constiluées par des dents allongées et recourbées en forme de crochet; entre la région centrale et chaque région marginale se trouve assez souvent une dent latérale différenciée, tantôt rudimentaire, tantôt, au contraire, très forte, et qui vient encore accentuer la séparation des deux régions, déjà bien marquée par les différences de structure et de grandeur des dents,
Chez le Pleurotomaria, il y a sans doute des variations considérables entre les diverses dents d’une rangée, mais il est impossible de tracer des limites précises entre les régions qu'on peut y distinguer, car les dents se modifient de l’une à l’autre (sauf la dent impaire et sa voisine) par des transitions ménagées ; on voit donc la différence profonde qui distingue les Pleurotomaires des autres Diotocardes.
En outre, après les dents que nous avons appelées centrales, il existe une longue série de dents lamelleuses triangulaires, mal séparées des précédentes et dont il est impossible de trouver l’équivalent chez aucun autre Diotocarde; si nous les rapportions aux dents centrales, il faudrait admettre, pour ces dernières, un nombre voisin de vingt-huit, c’est-à-dire près de six fois le nombre (cinq)
1 Ce schéma est parfois modifié ; la dent latérale n’est pas toujours différenciée. En outre, les premières marginales sont parfois différentes des suivantes ; mais,
dans aucun cas, on n’observe de dispositions comparables à celles des Pleuroto= maires.
qu’on observe chez les autres Diotocardes. D'autre part, il semble impossible de les comparer aux dents à crochet; elles constituent donc une série bien spéciale aux Pleurotomaires.
Il est possible que ces dents aient avorté chez les autres Diotocardes; ainsi s’expliquerait la brusque différence de structure entre les dents centrales et les dents marginales de ces derniers, L’atrophie de la dent latérale chez certains genres de Trochidés ‘, où une simple lamelle rudimentaire sépare les centrales des marginales semble appuyer cette manière de voir et prouve, en toutcas, que des dents peuvent disparaître dans cette région de la radule. Malheureusement, cette hypothèse, quelque satisfaisante qu’elle soit, n’est pas étayée par un nombre suffisant de faits.
La présence des dents à brosse signalées, par Dall, chez le Pleurotomaria adansoniana et, par nous, chez le P/. quoyana, paraît également caractéristique du genre.
Il est intéressant de noter que la radule des Scissurella n’a aucun rapport avec celle des Pleurotomaires, mais se rattache facilement au type qu’on observe chez les autres Diotocardes.
On voit que l’étude de la radule du Pleurotomaria présente un très grand intérêt ; cet organe possède, en effet, au moins trois caractères particuliers à ce genre: transitions ménagées entre les dents d’une série, présence des dents lamelleuses triangulaires, dents à brosse. Le premier de ces caractères est capital, car il est en rapport avec un état d'organisation primitif par rapport à celui des autres Prosobranches, chez lesquels les dents de la radule sont groupées en régions spécialisées et dépourvues de termes de transilion. Pour mieux faire comprendre notre pensée, en employant une comparaison d’ailleurs tout artificielle, nous pouvons dire qu'on observe, chez les Pleurotomaires, quelque chose d’analogue à ce qui se passe chez les Mammifères fossiles les plus anciens, dont la den-
tition est remarquablement homogène et présente des transitions
1 Troscuez, Das Gebiss der Schnecken, Bd. II.
ménagées entre les dents spécialisées, incisives, canines, prémo-
laires, etc., qui sont beaucoup mieux séparées chez les Mammifères
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