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DESCRIPTION DE LA RADULE

M. Dall (89, 399, pl. XXXI, fig. 4) a décrit et figuré en partie la radule du ?leurotomaria quoyana : en plus de la dent impaire, il distingue trois séries de dents : 1° les /aterales, au nombre de vingt-six, plus ou moins aplaties; 2° les wncini, ayant un à trois denticules presque aussi longs que la pointe principale; les uncini situés antérieurement (uncini majores) sont plus forts et ont plus de denticules que les suivants (uncini minores) ; on compte dix-huit à vingt de ces uneini; 3° les latérales minores, très nombreuses, petites, transparentes et si rapprochées qu'il est presque impossible de les compter. M. Dall pense qu'il en existe quarante à cinquante; ellessont minces et spatuliformes; l’auteur n’a observé sur aucune de ces dents les

touffes qu'il a décrites chez le Pleurotomaria adansoniana. La formule

2 5 18 as?

ee) ATEN EE +5) + =,

La lettre R désigne la dent rachidienne (impaire); les chiffres

radulaire serait donc R |

inscrits en dénominateur indiquent le nombre de cuspides qui caractérise chaque dent.

Nous allons compléter la description de M. Dall en y apportant quelques modifications.

La radule des Pleurotomaires est extraordinairement compliquée ; il existe peu de Mollusques qui présentent d'aussi importantes modifications le long d’une série transversale ; mais ces modifications présentent un remarquable caractère de continuité qu’on ne trouve à un pareil degré chez aucun Diotocarde ; nousreviendrons d’ailleurs en détail sur cette particularité spéciale aux Pleurotomaires.

Les rangées transversales n’ont nullement une direction transverse, mais sont repliées en forme de V. La figure 12 (pl. XII) représentant la radule, vue par dessous, montre cette disposition d'ensemble ; il est clair que de ce côté les dents ne peuvent pas être aperçues; seules leurs surfaces d'insertion sont visibles. Nous

avons représenté une demi-rangée (pl. XIE, fig. 1) à un plus fort gros-

sissement, également vue par dessous; on remarque que la surface d'insertion de chaque dent varie de forme et de grandeur depuis la ligne médiane jusqu’à l'extrémité ; c'est à la limite du premier et du deuxième tiers que la base des dents présente le plus de force.

Nous avons pu établir le nombre exact des dents d’une rangée ; il existe une dent médiane impaire, et, de chaque côté, cent dix-sept dents paires; on trouve, en outre, au delà de la cent dix-septième dent, la base rudimentaire d’une cent dix-huitième. La forme de ces dents est très variée, et, pour la commodité de la description, nous diviserons les dents paires en cinq groupes, qui n'ont pas d’ailleurs de limites précises : 4° dents centrales; ® dents lamelleuses ; 5° dents à crochets (ou uncini) ; 4° dents & brosses ; 5° dents flabelliformes.

Nous désignerons chaque dent par son numéro d'ordre à partir de la dent impaire (exclusivement). Les dents ayant même numéro d'ordre dans deux rangées différentes sont toujours rigoureusement identiques; nous avons constaté le fait très minutieusement, notamment dans les régions de transition entre deux groupes consécutifs, où l’on pouvait s'attendre à des variations individuelles; il n’en est rien; la vingt-neuvième dent, par exemple, a toujours identiquement la forme figurée.

La disposition générale des dents présente quelques particularités dignes d’être signalées ; les deux moitiés ne se correspondent pas exactement, mais il y a un léger chevauchement (pl. XIL, fig. 2 et fig. 12); en outre, la surface où s’attachent les dents (épithélium lingual) est loin d’être plane; la dent impaire et ses voisines sont insérées sur une forte saillie longitudinale, de chaque côté de laquelle on trouve une forte dépression où sont les dents lamelleuses triangulaires. Au delà de cette dépression court une nouvelle saillie qui supporte les grosses dents à crochet. Ces dispositions se voient facilement en examinant la radule par dessous.

Dent impaire*, — La dent impaire (pl. XII, fig. 4, 5, 6), de petite

1 Les dents figurées isolément sont toutes figurées au même grossissement de 70 diamètres: ce sont toutes des dents du côté gauche.

dimension, est presque couchée sur l’épithélium lingual; elle est constituée par une lame vaguement quadrangulaire, située dans le plan médian, et prolongée antérieurement! par une pointe assez aiguë, elle s'insère sur l’épithélium lingual suivant une bande étroite et allongée dans le sens de la ligne médiane (cette bande d'insertion est représentée obliquement, vue de trois quarts, dans la figure 5) ; son bord postérieur, très incliné, porte, de chaque côté, deux expansions minces et foliacées, visibles à droite et à gauche dans la figure 5.

Dents centrales paires. — De part et d’autre de la dent impaire, les premières dents que l’on rencontre sont de beaucoup plus grande taille que la dent impaire et que les suivantes ; elles sont insérées (fig. 3) sur une ligne à peu près transversale; on peut les appeler les dents centrales paires en limitant cette région, arbitrairement d’ailleurs, aux trois premières. Elles sont larges et aplaties (fig. 7, 8, 9), c’est la deuxième qui présente la largeur maximum ; elles portent, du côté externe, une crête de renforcement qui se prolonge latéralement et inférieurement par une expansion mince et foliacée (fig. 3), homologue de celles de la dent médiane, mais diminuant rapidement de grandeur. Leur surface d'insertion est concave (fig. 7-9),

On remarquera qu'il existe une assez brusque différence de forme et de taille entre la dent impaire et la première centrale : celle-ci n’a point l'équivalent de la pointe que possède la dent impaire. Au contraire, la quatrième dent ne diffère de la troisième que par le rétrécissement de son extrémité supérieure. La quatrième établit donc une transition très ménagée entre les dents centrales et les dents lamelleuses; nous n'avons, d'ailleurs, attribué à ces distinctions qu'une valeur absolument artificielle.

Dents lamelleuses. — À partir de la troisième dent inclusivement,

la direction générale de la rangée change et, au lieu d’être trans-

1 Dans les pages qui suivent, nous appellerons extrémité antérieure d’une demirangée de la radule, celle qui se trouve sur la ligne médiane; par exemple, la figure 2 représente la moitié antérieure de la demi-rangée gauche,

versale, s'éloigne de l'axe suivant en angle aigu d'environ 30 degrés. La taille des dents diminue légèrement jusqu'à la sixième ou septième (fig. 2), en même temps que la forme tend à devenir triangulaire ; entre la septième et la vingt-cinquième la taille reste à peu près constante, puis s'accroît rapidement au delà. Les petites expansions foliacées qui se trouvent à la base des dents centrales persistent sur les dents lamelleuses, mais disparaissent sur la vingt-neuvième. La huitième et la vingt-huitième dent sont représentées sur les figures 3 (pl. XID) et 2 (pl. XI).

Dents à crochet. — La vingt-neuvième dent établit la transition entre les dents lamelleuses triangulaires et les dents à crochet. Elle présente encore une forme générale triangulaire (pl. XIII, fig. 1, dent du milieu) et son extrémité est assez mince ; d’autre part, vue de côté (fig. 3), elle présente ‘une remarquable analogie de forme avec la dent suivante (fig. 4) et montre très nettement le début de deux cuspides ; il est impossible de rapporter cette dent aux précédentes plutôt qu'aux suivantes, car elle a des caractères exactement intermédiaires.

Les dents à crochet qui suivent perdent assez rapidement la forme triangulaire, tout en restant aplaties latéralement ; elles s’allongent, s’incurvent, et leur extrémité se munit de cuspides. La trentième (fig. 4) est bicuspide, mais elle possède une faible indication d’une troisième cuspide qui va se développer sur les suivantes. La trente et unième (fig. 6) et la trente-deuxième sont très caractérisées comme dents tricuspides ; on observe que le bord externe et le bord interne présentent l’un et l’autre un bourrelet d'épaississement : le bourrelet interne, du côté concave, forme deux des cuspides que nous appellerons cuspides internes, tandis que le bourrelet externe, du côté convexe, se termine par la cuspide externe. Dans la région comprise entre les deux bourrelets, la dent est mince et aplatie. La trente-troisième (fig. 7) ne porte plus que deux cuspides : la cuspide interne inférieure a avorté, et sa place n’est plus indiquée que par une légère

ondulation du bord, dont on ne trouve même plus de trace dans la

trente-quatrième. Les dents numérotées de 32 à 35 sont les plus fortes de toutes ; ce sont aussi celles dont la base présente les plus grandes dimensions (pl. XII, fig. 4).

A partir de la trente-sixième, la partie recourbée de la dent diminue d'épaisseur ; en même temps, le bourrelet externe de renforcement prend de moins en moins d'importance dans la partie terminale, en sorte que la cuspide externe, toujours médiocrement saillante, même à la trente et unième dent où elle présente son maximum de développement, est de plus en plus en retrait avec la cuspide interne; en somme, la trente-quatrième dent prend déjà l'aspect d’une dent unicuspide, aspect qui ne fait que s’accentuer (pl. XI, fig. 21) et devient très marqué pour la quarante et unième ; toutefois la cuspide externe, quoique pratiquement invisible, existe toujours morphologiquement comme terminaison émoussée du bourrelet externe, toujours présent.

La quarante-deuxième dent (pl. XII, fig. 9) est encore unicuspide, mais elle montre, sous la forme d’un léger renflement, le rudiment d’une nouvelle cuspide interne, qui se développe rapidement sur les dents suivantes (voir fig. 11) et qui paraît se former au même point où avait disparu la cuspide interne inférieure des trentième, trente et unième et trente-deuxième dents. Les quarante-troisième et quarante-quatrième dents deviennent donc bicuspides, mais sont fondamentalement du même type tricuspide que la trente et unième, en tenant compte de ce que nous venons de dire sur la cuspide externe. Cette structure ne tarde pas à se compliquer : la quarantecinquième dent (pl. XII, fig. 11) montre, en effet, entre ces deux cuspides internes, le début d’une troisième cuspide interne (cuspide moyenne) qui va se développer sur les dents suivantes (ex: 48° dent, fig. 25), qui deviendront donc tricuspides, mais d’un type différent des tricuspides rencontrées antérieurement, puisque les trois cuspides dépendent du bourrelet interne. On voit que la série des dents à crochet est loin d’être uniforme. Les dernières d’entre elles s’amin-

cissent sensiblement.

Dents à brosse. — La quarante-huitième dent fait la transition entre les dents à crochet et les dents à brosse. Le bourrelet externe est toujours présent; mais son extrémité distale (qui équivaut à la cuspide externe de la trente et unième dent) s'étant de plus en plus retirée de la pointe, n'arrive plus qu’au niveau de la cuspide interne inférieure et se termine par une sorte de petit épaississement irrégulier, qui se garnit de minuscules baguettes sétiformes, dont on n'observe qu’une trace à peine perceptible sur la quarante-huitième dent, mais qui forment déjà une petite touffe sur la cinquantième (pl. XIIT, fig. 13). Ces soies sont transparentes avec une vague structure transverse ; leur diamètre mesure environ 0%",002 à quelque distance de leur insertion. Leur extrémité distale est assez pointue. Sur la cinquante-septième dent, ces soies sont bien développées et atteignent l'extrémité libre de la dent, qu’elles dépassent même sur les suivantes : elles se courbent en enveloppant l'extrémité de la dent de chaque côté, ainsi que son bord convexe (pl. XIII, fig. 27).

La forme générale des dents à brosse n’est plus celle des dents à crochet : leur courbure est beaucoup plus faible (fig. 15) et tend à s’atténuer encore en approchant de l'extrémité de la série (fig. 16); leur tige est très amincie.

Les dernières dents à brosse se modifient sensiblement : leurs cuspides sont moins saillantes (ex : 103° dent, fig. 16); une expansion foliacée, latérale et externe, se développe tout du long de la tige; elle est déjà sensible sur la cent troisième dent et devient extrèmement développée vers la cent dixième (pl. XIIL, fig. 47) et sur les suivantes; cette expansion va même former la totalité des dents flabelliformes, par suite de l’atrophie graduelle de la tige et de la brosse.

Les cuspides paraissent disparaître un peu avant la brosse : nous les avons encore aperçues sur la cent neuvième dent; la brosse existe jusqu'à la cent onzième inclusivement, mais en s’atrophiant rapidement,

Dents flabelliformes. — La cent douzième dent ne présente plus trace de brosse : une petite incurvation du bord indique seulement

sa place. Les dernières dents, jusqu’à la cent dix-septième (pl. XIII, fig. 5),sont minces, aplaties, spatuliformes, un peu recourbées ; leurs bases sont tellement petites qu’elles prennent une disposition divergente rappelant assez celle des feuillets d’un éventail, dontles lames un peu courbes iraient en décroissant lentement. On voit sur la figure, juxtaposée à la base de la dernière dent, la base rudimentaire d’une cent dix-huitième dent non développée.

Plaques basales accessoires. — Dans toute la région moyenne de chaque demi-série, la base des dents est accompagnée d’une petite pièce accessoire fortement adhérente à l’épithélium lingual : on aperçoit en examinant la radule par sa face inférieure (pl. XIF, fig. 1) ou encore en observant l’épithélium lingual par transparence, après avoir enlevé chaque dent. La première plaque s’observe sur la trente-quatrième dent; il y a déjà, à vrai dire, sur la trente-troisième, une pièce analogue, d’un peu plus grande dimension, mais qui paraît encore soudée à la base. A partir de la trente-quatrième dent, cette plaque diminue un peu de dimension, puis augmente à partir de la trente-neuvième ; entre la quarante et unième et la soixante-quatorzième, elle conserve à peu près la même taille et la même forme : elle est ovale et disposée obliquement ; puis elle diminue rapidement et disparaît après la quatre-vingt-unième dent. En résumé, la radule présente une dent impaire, quelques dents centrales transversales, une série de dents lamelleuses, puis des dents à crochet, d’abord bicuspides, ensuite tricuspides, de nouveau bicuspides, ensuite unicuspides, puis tricuspides, mais suivant une disposition différente, et, enfin, des dents flabelliformes. Il existe des transitions ménagées entre ces divers types de dents, sauf entre la dent impaire et la première centrale.

COMPARAISON DE LA RADULE DES PLEUROTOMARIA

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