Loc. cit., p
3. Zeitsch. der Geseïlsch d. Aerztezu Wien, 1855, Hft. 9 u 10.
est pas toujours ainsi : ou la blancheur de la papille n'est pas bien accusée, ou les vaisseaux eux-mêmes conservent presque leur volume normal. D'autre part, la difficulté du diagnostic provient souvent de ce que les papilles normales de certaines personnes présentent des teintes si blanches qu'on est porté à confondre cet état, qui est physiologique, avec des atrophies. Voilà pourquoi on reste quelquefois dans le doute, et ce n'est que par l'étude comparative des symptômes qu'on arrive à résoudre le problème. L'atrophie de la papille est, en effet, une maladie presque toujours progressive, qui se développe lentement et amène dès le début un affaiblissement de l'acuité de la vision, à tel point que le malade distingue à peine les caractères n° 16 à 20 de l'échelle de Jaeger. Si, au contraire, il n'y a aucun désordre matériel appréciable à l'ophthalmoscope ; si la vision centrale est conservée et si le malade lit quoique difficilement le n° 2 ou 3 (échelle Jaeger), le doute n'est plus permis ; dans ce cas, il peut y avoir un défaut de la réfraction ou une affection locale des membranes de l'oeil, mais nullement atrophie du nerf optique.
La vue centrale peut être pourtant quelquefois altérée, et le malade ne lire que le n° 12 ou 15 de la même échelle, sans que pour cela il y ait atrophie, par exemple dans l'intoxication alcoolique. C'est pour cette raison qu'il faut absolument et toujours examiner les malades à ce point de vue et les soumettre au régime approprié avant de se prononcer sur l'atrophie de la papille. Plus tard et avec le progrès de la maladie, le doute et l'incertitude vont disparaître : ou bien l'atrophie va se dessiner de plus en plus franchement, ou bien l'amélioration se produira dans la vision et la papille conservera sa teinte habituelle.
Gomme nous l'avons exposé, l'atrophie de la papille se déclare sous l'influence de causes très- diverses. Elle peut présenter les mêmes symptômes dans une affection cérébrale, comme aussi on voit souvent naître la même forme d'atrophie sous l'influence de causes intra-oculaires ou orbitaires. On a souvent rapporté exclusivement au cerveau l'affection qui n'était due qu'à une cause locale. Pour éviter cette erreur, il faut explorer avec soin l'une après l'autre les diverses membranes de l'œil, examiner les milieux réfringents,
et principalement le corps vitré; rechercher s'il n'y a pas de rétinochoroïdite syphilitique, explorer les parties excentriques du fond de l'œil au point de vue des infiltrations pigmentaires. On s'assurera en outre si l'œil n'est pas saillant, s'il n'y a pas eu de blessure, si la maladie s'est déclarée brusquement et dans un seul œil, etc.
Prescrire des règles pour la méthode que l'on doit suivre dans ces sortes d'investigations est impossible ; pour résoudre ces questions difficiles et litigieuses, il faut s'en rapporter en grande partie à la sagacité et la perspicacité du médecin.
Pronostic. — L'atrophie de la papille, quelle que soit sa forme, est incontestablement une des affections les plus graves de l'appareil de la vision. 11 est même difficile de préciser le nombre des guérisons que l'on obtient sur la masse des malades soumis aux différents traitements. En examinant à part chacun des groupes que nous avons admis dans notre description, nous pouvons dire que :
1° Dans les atrophies progressives, la guérison est presque une exception. Il est vrai qu'on obtient quelquefois un mieux assez notable; mais il faut prendre garde de s'en laisser imposer par ces améliorations partielles et temporaires; une certaine rémittence dans les symptômes fonctionnels s'observe très-souvent, malgré la marche fatale, quoique lente, vers la cécité absolue. 11 arrive aussi que les malades se trompent eux-mêmes et trompent le médecin, croyant voir certains objets qu'on a l'habitude de leur montrer ou qu'ils cherchent à examiner eux-mêmes. C'est une espèce d'hallucination dont il faut toujours se défier.
2° Le pronostic des atrophies consécutives à la névrite optique est relativement plus favorable, principalementchez les sujets jeunes. Ces atrophies sont fréquemment dues à une méningite simple et peuvent guérir, comme nous l'avons quelquefois observé. Mais les névrites optiques consécutives à des tumeurs cérébrales, et les atrophies qui se déclarent à leur suite, ne peuvent qu'amener une destruction totale de l'organe nerveux de la vision.
3° Les atrophies traumatiques accidentelles, provoquées par une cause locale quelconque, oculaire ou orbitaire, sont moins graves; elles peuvent guérir après la résorption du sang épanché dans l'orbite, l'extirpation de la tumeur orbitaire, etc. Dans d'autres cas, elles
entraînent une cécité complète de l'œil atteint; mais le pronostic est favorable à un autre point de vue : la cause étant locale, la maladie s'arrêtera à ce seul œil et la vue de l'autre sera conservée.
h° Les atrophies de la papille provoquées par une affection ehoroïdienne quelconque laissent des chances de conservation de la vue par la guérison de l' affection primitive.
Traitement. • — ■ Le traitement des atrophies de la papille doit varier suivant la nature et le siège des causes qui les ont produites.
En premier lieu, il faut rechercher si l'affection n'est pas due à une intoxication alcoolique et supprimer en conséquence l'ingestion de toutes les liqueurs contenant de l'alcool, et principalement leur usage à jeun et avant les repas. Dans ces dernières conditions, l'action de l'alcool est beaucoup plus nuisible, puisque c'est sur l'estomac vide qu'il agit. L'opium prescrit à l'intérieur peut être d'une grande utilité.
Souvent une irritation d'une branche delà 5e paire peut amener une cécité qui se termine par une atrophie, si on n'arrête pas le mal. Dans ces cas, il est urgent d'enlever la cause d'irritation. C'est ainsi que mon oncle, le docteur Severin Galezowski, a obtenu la guérison radicale en enlevant une dent cariée et une écharde en bois, occasionnant Pamaurose1. Ce malade a été revu, il y a deux ans ; la guérison s'était maintenue.
L'existence des exostoses syphilitiques à la base du crâne et dans le cerveau peut amener une atrophie de la papille ; il est donc du devoir du praticien d'employer le traitement antisyphilitique. Chez une malade de la clinique de M. Desmarres père, nous avons obtenu une guérison complète d'amaurose très-avancée avec une atrophie commençante par le seul traitement antivénérien, consistant en liqueur de Van Swieten à l'intérieur et en onguent napolitain en frictions au pourtour des orbites. Au bout d'un mois de ce traitement, la malade a recouvré la vue au point qu'elle a commencé à travailler et à exercer sa profession 2.
M. Cusco a aussi obtenu la guérison, dans quelques cas d'atrophie commençante, au moyen du traitement antisyphilitique.