‹ Étude ophthalmoscopique sur les altérations du nerf optiqueChapitre 35 sur 84 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

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chiasma, quelquefois même au delà, il y a atrophie des fibres nerveuses et hypertrophie du tissu conjonctif interstitiel. Morgagni a observé une hydropisie de lagaîne du nerf optique; Wardrop, des

hydatides dans la même gaîne; souvent on y a trouvé des tubercules, des concrétions calcaires et plusieurs autres désorganisations de même genre. D'autre part, ce sont des tumeurs à la base du crâne, des exsudations basilaires. des caries des os au voisinage du chiasma, des tumeurs cérébrales, des encéphalites et enfin une atrophie progressive de toutes les fibres nerveuses jusqu'aux tubercules et au delà jusqu'à la moelle épinière. Nous renvoyons, pour le développement de tous ces désordres, à notre troisième partie. Étîologie. — Des rapports intimes existent, nous l'avons démontré, entre l'atrophie du nerf optique et les affections du cerveau; la même analogie et les mêmes rapports doivent nécessairement se retrouver dans leur évolution étiologique. La plupart des relevés statistiques publiés jusqu'à ce jour ont établi que les affections cérébrales chroniques sont beaucoup plus fréquentes chez l'homme que chez la femme ; nous avons observé la même particularité pour les atrophies de la papille, et principalement pour celles dont la cause cérébrale n'était pas douteuse. D'après les relevés que nous avons faits, sur 100 atrophies de la papille, les hommes figurent pour 70 et les femmes pour 25. Cette proportion ne change pas. si Ton considère toutes les atrophies de la papille en général, sans rechercher si la cause est ou non cérébrale. On a voulu expliquer la fréquence des atrophies chez les hommes par l'usage funeste du tabac et des boissons alcooliques. Autant la dernière cause nous parait se lier jusqu'à un certain point aux amblyopies. autant la première est peu fondée et purement théorique. La question de l'influence du tabac sur l'affection du nerf optique a été soulevée dernièrement à l'Académie des sciences par M. le docteur Sichel. Dans son travail, il croit pouvoir attribuer à l'action du tabac cette grande fréquence des amauroses chez les hommes. La question n'est pas nouvelle : elle a déjà été étudiée avec beaucoup de soin par plusieurs auteurs anglais et français. M. Robert Carter avoue lui-même qu'il s'est intéressé depuis longtemps à la solution de cette question, d'autant plus qu'il a entendu M. Wordsworth raconter « que, dans un cas, il a vu la

maladie s'arrêter par la diminution de la dose de tabac ordinairement employée par le malade1. »

Dans son voyage en Orient, M. Carter s'est adressé aux chirurgiens qui habitent Constantinople et Alexandrie et leur a demandé leur avis à ce sujet. M. Farquhar, chirurgien du consulat britannique à Alexandrie, et MM. Dickson et Hùbsch qui exercent à Constantinople, ont, dans leur réponse, manifesté leur étonnement de voiraussi rarement l'amaurose, malgré les quantités prodigieuses de tabac fumées par les Orientaux. Voici, du reste, la citation textuelle du passage de la relation de M. Hùbsch :

« Si l'on désire savoir s'il y a beaucoup d'aveugles à Constan- « tinople, en exceptant les cataractes , je suis à même de ré- « pondre que Constantinople , comparé aux autres centres de « population, présente un chiffre d'aveugles de beaucoup inférieur « à celui des autres capitales. — Quant à l'action du tabac « sur les yeux, elle est très-problématique; ici, tout le monde « fume du soir jusqu'au matin et du matin jusqu'au soir; les « hommes fument beaucoup, les femmes un peu moins que les « hommes, et les enfants fument dès l'âge de sept à huit ans. « Je n'ai jamais pu attribuer l'amaurose à l'abus du tabac ; le « nombre des fumeurs est immense, le nombre des amauroses « limité. »

M. Cusco a eu l'extrême obligeance de nous communiquer les résultats de ses observations au sujet de l'influence du tabac sur l'organisme, et principalement sur la vision. Il n'admet pas non plus l'influence directe et positive du tabac sur le développement de l'amaurose. Tout au plus pourrait-il reconnaître que l'abus du tabac peut, dans des cas de prédisposition, agir comme excitant et aggraver ou avancer le mal.

Pour notre part, nous partageons entièrement l'opinion de MM. Carter, Hùbsch et Cusco, et nous n'admettons point que l'emploi du tabac puisse produire une atrophie du nerf optique. Depuis que nous nous occupons des maladies des yeux, nous avons pour habitude de demander aux malades atteints d'atrophie de la papille

1. The Ophthalmoscope, translatée! from the german of Zander by Carter, 1864, p. 220.

• — 103 — s'ils font ou non usage de tabac ; nous avons remarque" que parmi les amaurotiques le nombre de ceux qui fument peu ou point était plus considérable que celui des grands fumeurs.

L'alcoolisme influe considérablement sur la vision, sans produire pendant très-longtemps aucun changement dans le nerf optique ; mais à la longue, il peut amener des ramollissements cérébraux et des atrophies consécutives du nerf optique. Cet abus pourrait contribuer à expliquer aussi la grande fréquence de Pamaurose chez les hommes.

Deux cents malades, envisagés par rapport à l'âge, se groupent de la manière suivante :

De 1 an à 10 ans 2 cas.

C'est donc de 30 à 50 ans que l'amaurose et l'atrophie de la papille s'observent le plus fréquemment.

ISous n'avons pas remarqué d'influence spéciale de la profession sur le développement de l'atrophie papillaire.

Le ramollissement de l'encéphale et l'oblitération des artères, les tumeurs syphilitiques, fibro-plastiques ou cancéreuses, peuvent amener l'atrophie de la papille. Souvent ce sont les maladies oculaires, telles que les atrophies choroïdiennes et les scléractésies qui peuvent prédisposer à cette affection ; mais la cause la plus fréquente de l'atrophie de la papille est incontestablement, selon nous, l'affection athéromateuse des vaisseaux de la base du crâne et de l'encéphale lui-même. Les malades perdent insensiblement la vue sans la moindre souffrance, et l'examen le plus minutieux ne laisse découvrir aucune cause efficiente ni prédisposante. C'est dans ces cas que l'affection athéromateuse des vaisseaux cérébraux doit être admise comme cause probable de la maladie; c'est du moins ce qui résulte de nos recherches personnelles.

Les affections de la base du crâne d'une nature scrofuleuse, comme l'a observé Jùngken ', ou bien syphilitiques, peuvent amener une compression du chiasma et des bandelettes optiques et par suite une atrophie des papilles. Les chutes et les coups sur la tête peuvent aussi être suivis des affections des enveloppes du cerveau et de la cécité.

L'opinion de M. Richet2nous paraît très-fondée, lorsqu'il déclare « que la fréquence de cette affection (amaurose) est la conséquence « de ce long trajet intracrânien qui expose les bandelettes optiques « à toutes les chances d'altération pathologique, si fréquentes dans « cette portion de la cavité crânienne. »

Ludwig Tùrck 3 a démontré qu'il peut se produire dans l'hydrocéphale un étranglement des bandelettes optiques par les artères communicantes postérieures. Dans deux cas, il a trouvé les bandelettes comprimées par le circulus arteriosus Willisi.

On a parlé des amauroses spinales. Selon Stilling, cette amaurose dépend de l'irritation spinale dans la région des vertèbres cervicales. Très-souvent, dans ces cas, il n'y a aucun désordre dans le nerf optique; l'amaurose peut coïncider avec l'épilepsie et une atrophie plus ou moins avancée de la papille.

Une des causes les plus fréquentes de l'atrophie de la papille est incontestablement l'ataxie locomotrice progressive, dont le siège principal est dans la moelle épinière. Nos recherches statistiques permettent de conclure que, sur dix malades atteints d'atrophie progressive des nerfs optiques un au moins est frappé d'ataxie locomotrice. On ne peut s'expliquer cette relation entre la moelle et l'organe de la vision que par la communication des fibres nerveuses de la moelle avec les tubercules quadrijumeaux.

Diagnostic différentiel. — L'atrophie de la papille est parfaitement caractérisée par Jes symptômes ophthalmoscopiques et fonctionnels développés plus liant ; si elle était toujours nettement déterminée, comme elle l'est dans sa forme complète, le diagnostic n'offrirait aucune incertitude; mais, à l'origine de l'affection, il n'en

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