TUMEURS DE l' APOPHYSE BASILAIRE
Les tumeurs fibro-plastiques de la dure-mère tapissant l'apophyse basilaire peuvent, en se développant, comprimer les organes voisins, et notamment la protubérance annulaire et les pédoncules cérébelleux. Gomme au-dessus de la protubérance se trouvent les tubercules quadrijumeaux, et que les pédoncules cérébelleux communiquent avec ces mêmes corps, il en résulte très-souvent une inflammation de ces parties, laquelle se transmet de proche en
1. Journal universel des sciences médicales. Paris, 1828, t. LIT, p. 106.
proche aux corps genouillés et aux bandelettes optiques, et de là à la papille du nerf optique. Ce n'est que de cette manière que nous pouvons expliquer les névrites optiques consécutives aux tumeurs de l'apophyse basilaire. Nous rapportons ci-dessous un exemple remarquable d'une tumeur de ce genre, que nous avons observée sur un malade du service de M. le professeur Grisolle. M. Lancereaux nous a obligeamment fourni quelques détails :
Observation XXIII. — R. C..., âgée de 28 ans, entre dans le service de M. le professeur Grisolle, à l'Hôtel-Dieu, au commencement de Tannée courante. La femme C... est accouchée il y a huit mois, et, bientôt après, elle a commencé à éprouver des maux de tête très-violents dans la région occipitale; quelques semaines après, il s'est déclaré une paralysie du bras droit, et, au bout de deux mois, la jambe droite a été aussi paralysée incomplètement. On constate en même temps une paralysie de la septième paire droite. La parole est à peu près impossible; la malade prononce des mots incompréhensibles, ce qui tient à une paralysie du voile du palais. La vue commence à se perdre petit à petit; les objets sont aperçus comme à travers un nuage et d'une manière très-confuse; les pupilles sont dilatées. — Le 7 janvier, nous constatons à l'ophthalmoscope l'état suivant : les papilles sont œdémateuses et saillantes; leurs contours se confondent avec le reste du fond de Fœil; les veines sont engorgées, variqueuses et tortueuses; les branches collatérales ont acquis un volume considérable, toute la trame du tissu nerveux est devenue excessivement rouge, et, si on pratique l'examen à l'image droite, on distingue un grand nombre de vaisseaux capillaires qui couvrent toute la papille. (Voir fig. A de notre planche coloriée.) Une auréole d'un blanc rosé masque ses contours, ainsi que les vaisseaux sur une certaine partie de leur trajet. Cet état a persisté pendant plus de trois mois. Survinrent alors des douleurs de tête plus violentes encore que les précédentes; la malade est constamment assoupie, la vue se perd. Nous avons pu constater à l'ophthalmoscope , avec le docteur Magoffin, de Saint- Louis, l'invasion de plus en plus rapide d'une atrophie de la papille, dont les contours étaient irréguliers et frangés. Cet état est dû à l'infiltration péripapillaire organisée et à l'atrophie des fibres nerveuses. La figure ne 6 de la planche coloriée représente la même papille que nous avons reproduite au commencement de la maladie, dans la figure n° 4; elle a été faite, cette fois, dans les derniers jours de la vie. La malade succomba le 22 juillet 1865. — A l'autopsie, nous avons constaté avec M. Lancereaux : 1° que le cerveau était, en plusieurs endroits, et notamment du côté du pédoncule cérébral droit, ramolli et distendu par la tumeur qui le comprimait; les ventricules latéraux sensiblement di-
Iatés; la tumeur, d'une nature fibro-plaslique, était située à la base du crâne, sur l'apophyse basilaire, un peu inclinée à droite; die repoussait en arrière le lobe droit du cervelet. Grosse comme un oui de pigeon, elle adhérait à l'os et à la dure-mère. Le chiasma des aerft optiques et les bandelettes étaient ramollis et diffluenls. A l'examen microscopique du nerf optique, fait par M. Cornil, on a pu constater un nombre considérable de corps granuleux de H/1000 de millim. environ, constitués par une granulation graisseuse enveloppée dans une membrane très-ténue, de nombreux crislaux de phosphate de chaux et ôe< gouttelettes de myéline. Les vaisseaux présentent une altération athéromateuse, c'est-à-dire la granulation graisseuse dans leur tunique et spécialement autour des noyaux des parois. Les tubes nerveux sont peu nombreux et relativement très-petits. Les tubercules quadrijumeaux sont gonflés et fortement vascularisés.M.Lancereaux y trouva aussi des corps granuleux.
Dans cette observation, ainsi que dans les autres cas semblables, ce qui nous a le plus frappé, c'est le développement lent de la névrite optique avec un affaiblissement progressif de la vue, contrairement à ce qui s'observe dans les cas où une tumeur existe à la partie antérieure du crâne. En même temps, il y a, eu paralysie de la 7mc paire droite, hémiplégie se déclarant progressivement, d'abord du bras droit et deux mois plus tard de la jambe du même côté. L'intelligence n'est pas sensiblement affaiblie; pendant trèslongtemps, la parole, quoique conservée, est devenue inintelligible, à cause de la paralysie du voile du palais. L'ensemble de tous ces signes, la marche de la maladie et surtout le développement progressif et lent de la névrite optique permettent, ce nous semble, de diagnostiquer l'existence de la tumeur à la base du crâne, et même de préciser son siège d'implantation.