‹ Étude ophthalmoscopique sur les altérations du nerf optiqueChapitre 68 sur 84 · Gas. des hôpitaux, 1861, nn · texte numérisé non relu

Gas. des hôpitaux, 1861, nn

service de M. Hérard (hôpital Lariboisière) le 3 avril 1860. Elle fut prise, il y a sept ans, après une chute sur la nuque, d'accidents nerveux caractérisés par des étourdissements fréquents et par un trouble dans la marche, qui devint incertaine et semblable à celle des gens ivres. A ces phénomènes succède une demi-paralysie du côté gauche, avec diminution de sensibilité; des douleurs violentes, surtout à gauche, se font sentir à la nuque; puis surviennent des vomissements, et les troubles de la vue apparaissent en 1859. Quinze jours avant son entrée, la vue sJest complètement perdue. Les pupilles sont dilatées, mais elles conservent encore un certain degré de mobilité. Uophthalmoscope fait découvrir une suffusion de la rétine ; les papilles et le trajet des vaisseaux paraissent incomplètement masqués par une exsudation grisâtre d'aspect œdémateux. La malade ne peut marcher seule; le côté gauche est très-faible. La céphalalgie de la nuque est toujours très-vive, la bouche est déviée à droite. La sensibilité est surtout affaiblie au moment des crises et nulle pendant l'accès, qni est caractérisé par des mouvements convulsifs et par un spasme de la glotte qui amène une inspiration bruyante et saccadée. A ces symptômes viennent bientôt s'ajouter la perte de l'odorat, la paralysie du voile du palais, l'affaiblissement des forces, l'anesthésie de la cornée gauche, l'insensibilité plus ou moins marquée du côté gauche, un peu de surdité, perte de l'appétit, amaigrissement considérable. Enfin la malade succombe le 28 octobre 1860. Le diagnostic avait été : tumeur cérébelleuse. — Autopsie. On trouve une tumeur du cervelet située à gauche, à la partie antéro-inférieure. Elle reposait sur le corps du rocher et refoulait vers la ligne médiane le lobe gauche du cervelet. Le chiasma des nerfs optiques est petit, grisâtre, mollasse; les nerfs eux-mêmes sont grisâtres, comme infiltrés, transparents, pour ainsi dire aplatis; les bandelettes sont étroites. La rétine présente un aspect œdématié; elle semble infiltrée dans toute son étendue, mais plus fortement dans certains points autour de la papille. De petits épanchements sanguins multiples sont dispersés dans toute l'étendue de cette membrane.

Ces différentes pièces sont présentées à M. Ch. Robin, qui trouve la tumeur formée de tissu fibreux. Dans les nerfs optiques, les tubes nerveux ont disparu par atrophie; ils sont remplacés par un tissu composé d'une matière amorphe semblable ci celle de la substauce grise, et des noyaux dits myélociles que l'on rencontre dans cette même substance de l'encéphale. L'altération remonte à 3 ou A millimètres en arrière du chiasma. La substance grise de la rétine est plus épaisse qu'à l'état normal. Les vaisseaux capillaires sont chargés de fines granulations graisseuses. De petits épanchements sanguins sont dissémines çà et là dans la rétine.

Le cas suivant est tout à fait analogue au précédent; il a été présenté à la Société anatomique par M. Penard en 18/iG.

Observation XXXVI. — Une femme de 45 ans, soignée dans le service de M. Bouvier à l'hôpital Beaujon pour de la céphalalgie, des vomissements opiniâtres et des douleurs abdominales, avait subi infructueusement plusieurs traitements. Cependant, il survint bientôt un peu d'amélioration, et, en l'absence de lésions notables, la malade allait être renvoyée, lorsqu'en l'interrogeant un jour, on obtint d'elle une réponse extravagante. Le lendemain, il y avait un délire peu violent, la céphalalgie continuait; il s'était montré un peu d'amauroseei un commencement de paralysie, surtout du mouvement dans le côté gauche du corps. Le membre supérieur sentait encore, mais ne pouvait rien serrer. La malade est morte au milieu de ces phénomènes. — A ['autopsie, on trouve audessous du pédoncule moyen du cervelet à gauche, du côté même de la paralysie, une tumeur du volume d'un petit œuf, qui tenait à la surface cérébelleuse par un petit pédicule membraneux. Il n'y a pas d'inflammation autour; mais la tumeur a fortement déprimé,'à partir de la ligne médiane, tout le côté gauche du bulbe rachidien, de la protubérance annulaire et du pédoncule cérébelleux moyen, qui forment une surface concave moulée sur la convexité de la tumeur. Cette tumeur est fîbroplastique, comme l'ont démontré les observations microscopiques de M. Bobin. Elle est enveloppée d'un kyste mince et adhérent; son intérieur est criblé de vacuoles, qui paraissent contenir une matière sanguinolente.

En comparant ces faits avec d'autres semblables, de MM. Hérard, Moutard-Martin, etc., nous pouvons déduire les signes suivants pour diagnostiquer une amaurose qui serait due à une altération du pédoncule cérébelleux :

1° Céphalalgie intense vers l'occiput ou la tempe;

2° Étourdissements très-violents; les malades sont comme dans un état d'ivresse.

3° Affaiblissement d'une partie du corps, sans hémiplégie complète;

k° Perte de l'ouïe, souvent d'un seul côté;

5° Mydriase presque constante ;

6° Si l'amaurose tient à l'apoplexie du cervelet, on ne trouve pas de changement dans la papille ;

7° Lorsque l'amaurose est ancienne, et qu'elle est due à une

tumeur de cette région, il y a une névrite optique qui indique l'existence du même processus morbide dans les tubercules quadrijumeaux, les bandelettes optiques et le chiasma.

§ VII. — Altération des tubercules quadrijumaux dans les amauroses.

On connaît les expériences physiologiques de M. Flourens sur les fonctions des tubercules quadrijumeaux. L'émînent académicien a enlevé à un pigeon un des tubercules ; cette ablation fut suivie de convulsions générales, de la perte de la vue de l'œil opposé, bien que dans cet organe les mouvements de l'iris fussent conservés. L'enlèvement des deux tubercules fut suivi de la perte complète de la vue, mais la contractilité de l'iris persista.

Les faits pathologiques sont venus confirmer les ingénieuses expériences de M. Flourens. Un de ces faits appartient à M. Magendie.

Observation XXXVII. — Une femme aveugle a présenté à l'autopsie les changements suivants dans l'appareil nerveux de la vision : Les nerfs optiques sont atrophiés,, et cette atrophie est d'autant plus prononcée qu'on se rapproche davantage de leur chiasma. A cet endroit, ils représentent plutôt un ruban aplati qu'un faisceau cylindrique, et ils paraissent réduits à leur coque fibreuse. Au delà de Feutre-croisement, l'atrophie persiste, et même les nerfs ne sont plus constitués que par une lame demi-transparente, offrant le brillant du tissu corné et n'atleignant qu'à peine les points d'où naissent leurs racines. Les tubercules quadrijumeaux antérieurs, surtout le droit, sont diminués en volume et un peu ramollis *.

M. Lélut2 mentionne des exemples d'amaurose dans lesquels l'atrophie des tubercules postérieurs a coïncidé avec celle des nerfs optiques.

M. Jobert de Lamballe rapporte un cas non moins intéressant de cécité survenue à la suite d'une compression des tubercules quadrijumeaux. Voici en abrégé cette remarquable observation3.

1. Leçons stirles fonctions du système nerveux, t. II, p. 141 ,

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