Bulletins de la Société de chirurgie, t. VIII, p
les nerfs optiques, le glanglion de Casser et plusieurs autres nerfs céphalo-rachidiens. Le malade était un homme de trente ans, qui souffrait de coliques saturnines et d'une amaurose presque complète '. Dans ce cas, il n'est pas douteux que les tumeurs mélanotiques siégeant sur la gaine du nerf optique n'aient occasionné une névrite ou une atrophie des papilles.
Un cas fort instructif s'estprésenté, il y a environ un an, dans le service de M. Rostan, suppléé par M. le professeur Hérard.
Observation XLI. — Un homme de 48 ans fut frappé, dans l'espace de deux mois et à plusieurs reprises, d'attaques apoplectiformes; la Vue de l'œil droit s'est éteinte subitement; il est ensuite devenu hémiplégique du même côté et a perdu la parole. Nous avons fait l'examen ophthalmoscopique de ce malade en présence de M. ^le professeur Hérard et de MM. les docteurs Lancereaux, chef de clinique de la Faculté, et Brochin, l'éminent rédacteur de la Gazette des hôpitaux. Voici ce que nous avons trouvé dans l'œil droit : La papille était complètement voilée par de nombreuses taches apoplectiques et une sorte d'exsudation sérosanguinolente. Ces apoplexies s'étendent très-loin vers la partie excentrique de l'œil; les veines sont déchirées sur plusieurs endroits, comme le montre la figure n° °2 de notre planche coloriée. L'autre œil était sain.— A l'autopsie, M. le docteur Lancereaux trouva une tumeur flbro-plastique de la couche optique gauche; le nerf optique de l'œil malade contenait, dans son trajet orb.itaire, un renflement considérable, qui n'était autre chose que la tumeur de même nature.
Toutes ces apoplexies, ainsi que l'inflammation de la rétine et de la papille, dépendaient de la tumeur située dans le nerf optique. Cette tumeur interrompait la circulation et provoquait une transformation athéromateuse des parois de ses vaisseaux. Quant à la tumeur cérébrale, elle n'était pour rien dans la production de la maladie oculaire ; car, s'il en eût été autrement, l'affection de la rétine, au lieu d'être limitée à un seul côté, comme cela est arrivé chez notre malade, se serait nécessairement étendue aux deux yeux à la fois.
Ce dernier fait, comparé aux précédents, nous permet de déduire une règle d'après laquelle on distinguera les tumeurs du
1. Virchow, Die hrankhaften Geschwïdste, 1864, Bd. II, p. 121.
nerf optique de celles du cerveau. Ainsi, dans les tumeurs du nerf, il y a toujours un seul œil affecté, tandis que dans celles du cerveau, les deux yeux sont atteints à la fois, état que l'ophthalmoscope permet de reconnaître facilement.