INTRODUCTION
De: nos jours, les chimistes Sont à chaque instant appelés à prendre les constantes physiques des corps qu’ils isolent ou étudient ; celles-ci sont en effet couramment utilisées pour la recherche, la diagnose, le contrôle de la séparation et de la pureté de ces produits, mais elles peuvent surtout, fournir des renseignements sur la structure et la symétrie des molécules. Aussi les techniques physiques se sont-elles, ces dernières années, considérablement développées et parfois suppléent-elles à des méthodes de chimie analytique souvent longues et minutieuses. Ce sont, en particulier, les constantes optiques qui sont le plus souvent retenues par les chimistes ; elles sont en effet rapidement obtenues, «et leur degré de précision permet les mesures les plus rigoureuses. C’est à elles que l’on a recours lorsqu'il s’agit de pénétrer plus avant dans-la connaissance de l’édifice moléculaire de certains corps. À ce point de vue, les méthodes modernes de recherche, comme la réfractométrie, la polarimétrie, la spectroscopie, la fluorescence, la diffusion moléculaire, l’effet Raman apportent chaque jour de
nouvelles précisions sur la structure intime des molécules.
Le Codex français, lorsqu'il envisage l’essai des médicaments, n’indique cependant qu'un nombre assez limité de déterminations physiques. Il ne fait appel, au point de vue optique, qu’à des mesures d’indices de réfraction ou de pouvoirs rotatoires. Pour les alcaloides en particulier, il n’est question que de pouvoirs rotatoires ; il faut ajouter, cependant, que le Codex note la fluorescence de certaines solutions de sels de Quinine, mais il ne se borne là qu’à une simple indication grossièrement qualitative. Or, les physiciens ont réalisé, ces dernières années, de très grands progrès dans la technique polarimétrique ; d’autre part, les mesures de fluorescence ont fait l’objet de nombreux travaux, parmi lesquels, ceux sortis de laboratoires pharmaceutiques n’occupent pas la moindre place. Nous avons pensé qu’il serait intéressant d’appliquer ces techniques modernes de recherche à l’étude des sels de Quinine officinaux. Enfin, l’importance qu’a prise en chimie l’examen des spectres de diffusion, nous a incité à déterminer l’effet Raman de ces mêmes produits.
Depuis que Bior a découvert les premiers liquides agissant sur la lumière polarisée, on a reconnu qu’un nombre considérable de composés liquides ou dissous présentent la polarisation rotatoire. La polarimétrie a pris rapidement une place prépondérante dans la science moderne ; elle permet en effet de distinguer les molécules asymétriques, souvent d’effectuer un dosage, et suggère enfin des conceptions stéréochimiques qui jouent un rôle considérable dans la chimie actuelle
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Déjà au début du XIX:° siècle Bior recommandait aux chimistes de faire des mesures polarimétriques avec plusieurs radiations ; ce conseil ne fut suivi que beaucoup plus tard, et aujourd’hui encore les pouvoirs rotatoires de la majorité des corps actifs ne sont connus que pour la raie D du sodium :; ces pouvoirs rotatoires spécifiques pour À — 0 x 589 constituent encore des références officielles de la pureté de ces corps. Or, ainsi que nous le disions plus haüt, la technique des mesures polarimétriques a nettement évolué. Depuis quelques années, non seulement les appareils de mesures polarimétriques ont été perfectionnés, mais on a su utiliser des sources monochromatiques de grande intensité et de longueurs d’onde différentes. En même temps, l’ancien polarimètre de Laurent a été modifié en vue de Putilisation de ces différentes radiations. Grâce aux progrès réalisés dans les deux voies (lumière et appareils), on a pu reculer d’une facon sensible l'erreur commise sur la mesure. Nous nous sommes proposés de reprendre l'étude polarimétrique des sels de Quinine en appliquant ces techniques modernes. C’est l’objet de la première partie de ce travail.
La deuxième partie a trait à l'étude de la fluorescence de ces mêmes corps. Les phénomènes de fluorescence sont connus depuis très longtemps et ont été fréquemment utilisés dans des buts variés. Une des premières applications fut la caractérisation des corps par cette propriété ; des produits retirés des végétaux, des complexes, des produits de synthèse, ont ainsi été tour à tour examinés. Successivement la médecine légale, la chimie alimentaire, la chimie biologique et la microbiologie ont utilisé la fluorescence comme moyen de recherche. Mais pendant fort longtemps,
ces déterminations se cantonnèrent dans un domaine purement qualitatif. Ce n’est qu "assez récemment qu'ont été réalisées les premières mesures spectro photométriques de fluorescence.
En particulier, M. R. FABRE a pu suivre l’élimination du sulfate basique de Quinine par l'urine, le lait et la salive. L’alcaloïde a été retrouvé neuf jours après dans l’urine ; à la limite de visibilité la concentration n’était plus que de 2 X 10-° grammes au centimètre cube. Lorqu’on détermine le facteur de dépolarisation d’un composé, une cause d’erreur dans la mesure peut résider dans la fluorescence du corps observé ; le facteur de dépolarisation est dans ce cas accru. On a eu lidée de’ tirer parti de cet inconvénient et de
s’en servir comme procédé de l'évaluation de la fluorescence des corps. MM. E. CANALS et P. PEYROT ont montré que l’on pouvait par ce moyen déceler- des doses minimes de sulfate basique de Quinine jusqu’à 10-° grammes au centimètre cube). Nous avons étendu ces recherches en utilisant différents sels de Quinine.
Enfin l’on sait que ces dernières années, la découverte du physicien Raman a fourni aux chimistes le moyen d'obtenir un spectre qui caractérise mieux un composé défini que toutes les autres constantes : c’est l'effet Raman auquel les chimistes font de plus en plus appel. Les spectres Raman donnent en effet de précieux renseignements sur la nature des. milieux qui les produisent et peuvent permettre de résoudre différents problèmes : identification, contrôle de la pureté d’un produit, analyse des mélanges, enfin et surtout renseignent sur la structure même de l’édifice moléculaire d’un corps pur. Nous avons essayé d’ob-
tenir le spectre Raman de la Quinine. Cet alcaloide présente, à ce point de vue, un grave inconvénient : ses solutions sont en effet fluorescentes, et la fluorescence est un obstacle à l’obtention correcte d’un spectre Raman. Nous indiquons dans la troisième partie de ce travail comment nous avons pu isoler quelques raies.
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é PREMIERE PARTIE