OBSERVATION XVII
Epilepsie
Période prémonitoire des accès, caractérisée par des troubles gastro-intestinaux.
Y... est un épileptique. Chacune de ses crises est précédée de : céphalée, vertiges, anorexie, ballonnement du ventre; la langue, saburrale, présente les deux raies de la dyspepsie.
L'affection nerveuse dont il est porteur date de quinze ans et n’a apporté chez lui aucun trouble psychique. Ne suivant pas de traitement régulier avant de se présenter à notre examen, il voyait ses crises se succéder en moyenne tous les quinze jours. Depuis qu'ilest soumis avec régularité au traitement bromuré (K Br. 7 gr. par jour) ses crises se sont espacées: nous en avons noté dix durant ces dix-huit mois que nous l'observons.
Par contre, la période prémonitoire devient plus pénible. L'état général s’altère : phénomènes psychiques et centraux joints à des troubles très prononcés de l'appareil digestif. Ces derniers furent parfois tels que le malade se purgea luimême. S'il faut l'en croire, ce simple traitement lui aurait épargné plusieurs crises, seulement remplacées par de petites absences.
Ces dires méritaient confirmation, d'autant qu'il prétendait se mieux porter après une purgation saline, (sulfate de magnésie), qu'après des purgatifs huileux ou drastiques (huile de ricin, .eau-de-vie allemande).
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Ces données furent pour nous l'objet de recherches intéressantes.
Avril 1895. — Une crise survient le 10, Le malade prenait alors six grammes de bromure. Depuis huit jours, il se plaignait de céphalée et manifestait de l’anorexie. À ce moment, on constate l'indicanurie (réaction de Baumann, de Renaut). Le procédé de Jaffé montre une coloration nettement rouge : la cirrhodine est donc prédominante.
Le surlendemain, la quantité d'indican devient si faible, que c'est à peine si l’on obtient avec le chloroforme une légère coloration. L'indican était vraisemblablement redescendu à son taux normal,
; Jusqu'en juin, l'analyse des urines, faite plusieurs fois par semaine, reste négative. Les autres éléments, l'azote en particulier, gardent des proportions constantes. ;
Juin. = Xe 6 juin, céphalée nocturne; le lendemain, vomissements, langue saburrale; indicanurie nettement constatée et assez abondante. |
Les 7 et 8 juin, mêmes constatations. On prescrit!30 gr. d'huile de ricin. |
Résultat : sept évacuations ; le malade est mieux. Les urines sont plus courtes et ne renferment plus d’indican pendant les trois jours qui suivent. :
Le 12, l'indicanurie réapparaît de nouveau et persiste jusqu'au 15. AR
Le 20 juin : troubles intestinaux, (20 gr. d'huile de ricin), quatre évacuations. L'indicanurie, constatée, disparaît le 22.
Dans la matinée du 24, vomissement, le soir, crise épileptique, la première après plus de deux mois.
La médication bromurée est continuée.
Juillet. — Le 27 juillet, nouveaux signes précurseurs ;
le malade prend 40 grammes de sulfate de magnésie. Six selles abondantes. L'indicanurie constatée simultanément, persiste jusqu'au 30, avec sensibilité du foie.
Le 31, nous prescrivons o,15 ct. gr. de calomel.
Le lendemain le malade était revenu à l’état normal.
Durant le mois d'août, il fut suivi avec moins d'attention. Malgré l'effet d’un purgatif pris le 18 de ce mois, (huile de . ricin) ayant provoqué cinq évacuations, une nouvelle crise se manifeste le 22.
En septembre, l'état général semble moins bon. Des idées noires surgissent dans le cerveau du malade.
Le 10, nous constatons la présence de l’indican. Le taux des urines diminue, le sujet ne va plus à la selle que tous les deux jours: encore ses matières sont elles peu abondantes.
Nous souvenant de l'efficacité du sulfate de magnésie dans une première administration, mais nous rappelant aussi les effets du calomel, nous eûmes l’idée d'employer un purgatif cholagogue : le podophyllin.
Le 11, podophyllin, 0,08 ct. gr.,en pilules, d.0,o7 ct. gr.
Selles abondantes la nuit. Indicanurie.
Le 12. Sulfate.de magnésie, 30 gr.
Cinq selles durant la journeé. Indicanurie.
Le 13. Podophyllin, 0,03 en pilules de o,o1 ct. gr.
Trois selles. Indicanurie moins abondante. Plus de congestion hépatique.
Nous avons expérimenté ce #odus factendi en novembre et en janvier, chaque fois les accidents ont disparu. Le malade n'eut qu'une crise le 10 janvier dernier, la première depuis le mois d'août. Systématiquement, durant la période prémonitoire, il prend 0,06 à 0,08 ct. gr. de podophyllin, la
veille d'une absorption de sulfate de magnésie (30 gr.). Le lendemain, il reprend 0,03 ct. gr. de Podophyllin.
Les selles sont pléiochromiques, il semble qu’il y ait une décharge hépatique, l’éta: général est excellent.
Nous rappelons que le malade prend tous les jours de 5 à 6 grammes de bromure de potassium.
Quelle est la cause de ces troubles ? serait-ce les médicaments si largement absorbés ou bien est-ce la névrose ? Quoi qu'il en soit, ilest certain qu'ils précèdent toujours les crises de plusieurs jours, que leur traitement recule celles-ci ou même les fait avorter, le malade ayant, au lieu de convulsions, de simples absences et incohérences passagères. Ces dernières ont en effet augmenté de fréquence ; mais, la diminution parallèle des crises convulsives en console facilement le malade. Il faut reconnaître ici les bons effets des purgatifs, et surtout des purgatifs salins, signalés au chapitre Valeur clinique, ils présentent dans le traitement de la grande névrose un intérêt tout particulier. Féré et quelques auteurs ont bien vu ce qui vient d’être dit. Quel rôle est appelé à jouer l’indicanurie dans ces cas? Renseignant dès le début sur les troubles intestinaux, elle permettra d'établir rapidement le traitement qui, comme précédemment peutêtre, reculera ou transformera les crises. Et ce bénéfice qu'on pourra retirer de l'examen des urines, nous paraît suffisamment indiquer l’attention qu'on devra apporter à cette analyse.
OBSERVATION XVIII (résumée) Hystéro-Epilepsie