C. XVI
le cite au premier rang parmi les adversaires de Malebranche, et en fait un sceptique qui dans tous ses écrits n'aurait eu d'autre but que d'enseigner l'art de douter. Récemment encore, l'infatigable éditeur de Leibniz, M. Foucber de Gareil, profitait de la découverte d'une correspondance inédite de notre chanoine dijonnais avec le grand philosophe de Hanovre, pour remettre son nom en lumière, et le présenter comme un précurseur de Kant, comme le père du criticisme français. Il y a sans doute beaucoup de bien à dire de Foucher que personne n'a dit, nous le reconnaissons volontiers avec M. Foucher de Careil ; mais nous croyons qu'il y a quelque exagération à trouver dans ses écrits le germe de la Critique de la raison pure. Nous essaierons d'exposer les idées de Foucher, telles qu'il les a conçues pour faire face aux besoins d'une polémique ardente et subtile, sans y chercher une portée qu'elles n'avaient pas et qu'elles ne pouvaient avoir à une époque où la critique philosophique, essayant ses forces, était encore embarrassée de trop de préjugés, contenue par trop de liens, pour prendre un libre et décisif essor.
Sans voir dans les opuscules de Foucher les antécédents de la philosophie allemande, on peut trouver encore quelque intérêt à étudier l'histoire d'un savant dont le nom se rattache aux plus illustres représentants de la grande philosophie du XVIP siècle. « Gomme philosophe et comme érudit, « comme adversaire de Malebranche et comme restau- « rateur de la philosophie académicienne, le nom de « Foucher n'a pas été sans autorité ni même sans gloire « au XVII' siècle ; et bien que la postérité se soit montrée « plus sévère à son égard que ses contemporains, il a sa « place marquée dans le tableau de la philosophie de cette « heureuse époque » (1).
(!) Dictionnaire des sciences philosophiques, art. S. Foucher.