‹ Etude politique [microforme]Chapitre 15 sur 16 · APPEL A LA JEUNESSE.—LE LIBERALISME · texte numérisé non relu

APPEL A LA JEUNESSE.—LE LIBERALISME

Messieurs, avant de terminer ces considérations générales, il me reste à faire un dernier appel à la jeunesse qui m’entoure. Je vous l'ai dit, le club Cartier n’a pu, en face de la tourmente populaire de l’automne dernier, conserver l’ordre dans ses rangs et quelques-uns de ses membres les plus actifs sont passés à l’ennemi. L'idée d’un parti national née d’une question de sentiment, les a attirés dans les rangs libéraux. Ils ont été éblouis plutôt que convaincus par la penséé d’un grand danger. Pour rester conservateurs de principes, ces amis d'hier devront revenir combattre demain sous nos drapeaux.

Je le constate, avec regret, Messieurs, le libéralisme a quelque chose d’attrayant. La jeunesse, surtout, toujours avide d'indépendance etennemie de tout joug s’eprend facilement des théories qui favorisent la liberté et l’émanci. pation absolue des clas-es. Les grands mouvements des masses sont dus à ce désir inné de secouer le frein d’une autorité qui n’est pas issue du vote jopulare. L'œuvre de cette prétendue régénération sociale qui tend à proclamer le peuyle souverain et à lui confier le salut de l'Etat et la garde de ses propres destinées est le rêve sans cesse caressé de l'école libérale

dans tous les pays. Ici cornme ailleurs les mêmes tendances s’affirment au sein d’un parti dont les traditions nationales procédent de l'esprit frondeur, et du radicalisme avancé des vieilles sociétés européennes. C'est dans ce milieu subtil que la chaude floraison des aspirations du jeune âge trouve à se développer sans contrainte. On y entre avec la perspective de travailler pour la cause du penple et le bonheur de l’humunité. Les mots sacrés de liberté, d'égalité et de fraternité résonnent agréablement aux oreilles de ceux qui ne connaissent pas les maux des classes sociales. Advienne une heure critique où la nation affolée par des cris de vengeance et des appels à la tyrannie semble chercher des sauveurs, une phalange bouillante d'enthousiasme se rue et se précipite dans la mêlée, inconsciente du danger, mais épousant quelquefois sans réflexion des causes funestes au peuple et à ses intérêts les plus chers. C’est contre de tels entraînements, Messieurs, que je désire vous mettre en garde. Il y a des préjugés qui flattent nos passions. Défions-nous des prétendus mouvements philantropiques faits pour griser les natures ardentes et inexpérimentées et cachant sous des dehors humanitaires l’œuvre des coteries politiques. Le peuple si sensible aux avantages de la liberté, si ennemi du despotisme est souvent la victime de ces influences dangereuses qui lui mon: trent dans un mirage trompeur, séduisant, la solution des problêmes de l'égalité sociale et du gouvernement démocratique. Le parti libéral est le défenseur né de ces thèses brillantes et pompeuses offertes comme un appas à la conscience publique et aux fiertés de la raison humaine. Tantôt il exaltera les beautés et l’absolutisme du pouvoir ; tantôt il poussera à la démagogie ; aujourd’hui autoritaire et autocrate, s’il le faut, demain rampant et esclave de la volonté populaire. |

I] ne faut pas s'étonner outre mesure de l'erreur qui dit que le peuple vogue quelquefois au gré et au souffle de ses passions. Le peuple marche tel qu’on le conduit; voilà tout. Ah! Messieurs, notre peuple est confiant, il n'a jamais été dupe. laintes fois il a eu l’occasion de faire la triste expérience

des intrigues politiques dirigées par les soi-disants amis © : liberté et de sa cause. Il a toujours fini par revenir aux principes sains e: éclairés du parti conservateur.

L'heure des calmes délibérations vient de sonner. Le salut public exige que les convictions profondes prennent le pas sur des égarements passagers. La mission du parti conservateur et de ses chefs aimés et respectés doit s'affirmer de nouveau au sein de notre loyale population.

J'ai tâché dans les lignes qui précèdent de vous faire toucher du doigt la différence des deux partis politiques et le caractère de leurs principes et de leurs traditions. C’est à l’aide deces jalons que le peuple canadien doit se guider et se conduire. Dans le passé comme dans le présent, le parti conservateur a été le phare lumineux dont les rayons bienfaisants se sont projetés avec tant d'éclat sur sa route difficile ; c’est encore le parti conservateur qui préparera l’œuvre de l’avenir et des grandes destinées de la nation.

Le temps est arrivé de développer des liens de mutuelle sympathie entre les divers groupes de la population et de faire trève aux luttes fratricides dont le spectacle affligeant abaisse l'honneur du pays et nous avilit aux yeux de l'étranger.

Gardons notre indépendance et le sentiment de notre dignité nationalepour d'autres problèmes plus vastes et plus patriotiques.

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