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AUTONOMIE DES PROVINCES.--BIENFAITS DE LA CONFEDERATION

Les diverses questions que je viens de traiter ont certainement leur importance dans le présent débat. Mais aucune d'elles ne dessine et ne tranche les lignes des partis politiques dans cette province d’une façon aussi nette que celle des droits provinciaux et de l’avenir de la confédération.

L'histoire rendra cette justice aux hommes d'Etat canadiens du parti conservateur qu’ils ont cherché, malgré les concessions réclamées par notre popu-

lation, à préserver l’esprit fondamental de la constitution des atteintes d’un faux libéralisme par une politique prudente et éclairée, de même qu’à entretenir chez le peuple un généreux et loyal respect vis-à-vis de tons les groupes et de toutes les classes par l’idée de la tolérance et d’une justice réciproque. La tâche est loin d’être comrlète encore. C’est le devoir de nos chefs de travailler avec un esprit d'union et d'harmonie à maintenir dans toute son intégrité l’œuvre puissante et vraiment patriotique de la confédération qu'ils ont élevée de leurs mains au prix de tant de travaux et de compromis légitimes. C’est le devoir non moins important de tous les amis de leur pays et de la liberté d'aider les efforts de nos gouvernants qui veulent sincèrement le bien de leur patrie et qui mettent à l’accomplissement de ses destinées l’usage de leurs talents et de leur bonne volonté. Je désire dire ici toute ma pensée. Je suis un admirateur passionné du gouvernement responsable tel qu’inauguré dans ce pays par les Baldwin, les Lafontaine. et développé par les Morin, les Taché et les Cartier. Le nouveau régime politique constitué en 1867, grâce à l'énergie des chefs de notre parti, est l'expression aussi parfaite que possible de la sagacité et de l'esprit d’initiativs de leurs prédécesseurs.

Ce système n'a pas encore donné toute la mesure de son effcacité ; il constitue un grand progrès sur les gouvernements antérieurs ; il répond pour le moment aux exigences et aux nécessités de notre situation. En attendant des résultats plus tangibles, il importe d'étudier sérieusement les intérêts de notre Province et d'asseoir l'administration de la chose publique sur des réformes et des mesures favorables au rôle indépendant de chacune de ses branches. Les divisions intestines du parti bas canadien provoquées par l’organisation du mouvement national et par la puissance de cohésion de l’idée libérale qui enrégimente les masses et les éléments mécontents de la société contre le pouvoir et l’autorité établie, ont causé des maux incalculables qu’il est urgent de combattre et de faire disparaître. L'exemple du dévouement et d’une sage entente dans les hautes sphères uni à un sentiment raisonné de la discipline dans tous les rangs du parti et de loyauté parmi nos compatriotes sont les seuls moyens capables de donner de la force et du prestige aux chefs et de maintenir la permanence et la stabilité des corps de l'Etat,

Cette double garantie morale est le plus sûr contrepoids contre les empiètements qui peuvent surgir au sein de notre immense organisation politique dont les ramifications s'étendent d'un océan à l'autre.

Des esprits pessimistes jettent de temps à autre la note d'alarme sur la puissance d'absorption du pouvoir central ; je ne blâme pas ces excès de vigilance ; ils sont utiles au développement de l'idée nationale et à la vigueur de l'esprit public. Mais les dangers d’uue législation prématurée ou hostile aux intérêts sectionnels ont toujours eu leur correctif dans le patriotisme éclairé des chefs et la coopération intelligente des forces du parti. Si l'interprétation de la constitution a donné lieu parfois à de formidables assauts, il n’en pouvait être autrement ; c'est l’œuvre des siècles, ici comme ailleurs, de pouvoir établir des principes fixes, certains, et de règler d’une ‘façon indiscutable l'équilibre des droits et des devoirs des peuples. Nous avons trouvé dans notre

pouvoir judiciaire à tous les degrés de la hiérarchie, des garanties de protection amplement suffisantes pour le maintien de nos privilèges locaux et de nos libertés. Il n’y a pas à craindre que le principe d'autonomie des provinces soit jamais sacrifié aux tendances centralisatrices de l'autorité fédérale ou d’une union législative, tant que les divers corps de l'Etat continueront à rester dans les limites de leurs attributions et de leurs prérogatives.

Dans cette question, autant je suis admirateur de notre système fédératif; autant je suis partisan avancé des droits dévolus par la constitution aux Législatures locales. Pour maintenir dans toute son intégrité le pacte souscrit entre les diverses provinces, tout doit être réciproque. N’excusons pas les envahissements du pouvoir central; d’un autre côté, gardons-nous de favoriser aucune tentaiive d'empiètement ou d'aucune intervention indue de l'autorité provinciale dans le domaine fédéral. En faisant le Parlement de Québec juge du mérite d’un acte de l'exécutif d'Ottawa, est-ce que le parti libéral ne portait pas atteinte à ces principes de droit constitutionnel que je viens d’énumérer ; est-ce que, en invitant l'électorat de cette province à donner ses suffrages à des partisans de cette intervention, il ne déplaçait pas les bases de la responsabilité ministérielle et ne rompait pas l’équilirre des pouvoirs établis par la constitution ? Certainement oui.

Voilà ce que je pense de la Confédération. Si le parti libéral peut montrer une œuvre plus parfaite que celle-là, moins sensible aux frottements et aux exigences d'une jopulation aussi diverse que la nôtre, il ne doit pas craindre de la livrer à l’examen de l'opinion publique. En attendant je suis confiant dans la marche régulière de nos présentes institutions politiques et je suis convaincu que le temps n’est pas arrivé d’en forcer le mécanisme.

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