TACTIQUE LIBERALE
Comme vous avez pu en juger par les derniers évènements, nos adversaires ont changé le terrain de la lutte et ils ont transporté devant l'électorat appelé à juger l'administration conservatrice de cette Province des questions dont le Parlement Fédéral a seul la responsabilité et le controle. Cette tactique leur a valu un certain succès. Je conviens qu’une sage indépendance dans la diseussion des actes d'un gouvernement est utile et même nécessaire. Les hommes d'état chargés de la chose publique ont besoin d’un contiÿle efficace pour gouverner suivant les véritables intérêts de la nation, n'ont-ils pas droit
* aussi à une considération équitable et à une critique impartiale de leurs con. duite ? Cela est évident. Les dernières luttes ont à mon sens fait une déplorable confusion de responsabilités et de devoirs. Pour des fins et des avantages de parti on a essayé dans la discussion de l'affaire Riel’ d’intervertir les attributions respectives des diverses législatures ; l’esprit et la lettre de la constitution ont été violentées afin de les plier aux exigences et aux caprices d’une manœuvre électorale.
On glose beaucoup encore sur le princips de non-intervention et cependant cette théorie si vraie et si conforme à la charte de nos droits politiques a été discutée par une certaine presse et devant le Parlement de notre Province contrairement aux règles d'une saine interprétation constitutionnelle. ‘Il faut être jaloux de ses priviléges. Ce n’est pas une raison d’empiéter sur les
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prérogatives des autres. Le peuple qui reçcit son éducation politique par les enseignements des chefs perdra vite la connaissance du droit public si ces derniers faussent inconsidèremment les véritables notions de l'autorité. Or, chose certaine, ces questions complexes n'ont été dans le mouveinent Riel que des instruments aux mains des libéraux. Derrière les réveries de politiciens platoniques, on a tout simplement vu les hableries des courtisans de popularité se faisant un masque (de l’allégéance de leurs nouveaux alliés. Qu'imrartait au parti libéral le triomphe des véritables doctrines parlementaires ? Il sui fallait avant tout remporter une victoire sur ses ennemis, qu'elle fut achetée au moyen de l'exploitation des préjugés ou d’un faux patriotisme. Ila donc laissé à l'arrière plan les principes abstraits pour adopter la thèse plus sympa-
thique des prétendues revendications nationales. Avant de parler à la raison.
du peuple, il est allé frapper à la porte de son cœur. Je n’ignore pas que les évolutions des masses se font de cette façon. On appelle cela de la diplomatie ; c'est, à mon sens, le renversement de la politique.
L'œuvre de l’école radicale se résume dans ces jeux de bascule et dans une application malsaine des idées qui fluttent les passions ou n'éveillent qu'un sentiment exagéré de la chose publique. C'est affirmer une grande vérité de dire que tôt ou tard la réaction cort ‘ee se fera par le peuple luimême. Au Canada notre population si bonr : et si loyale, n’a pas encore été ébranlés par les secousses et les tourmentes de la révolution. Il existe au sein de tour, les classes des éléments de force et de stabilité capables de leur indiquer un grand devoir dans un moment solennel.
La solution des problèmes et des conflits d'autorité que je viens de signaler appartient plus à la sagesse combinée, à la calme réflexion de nos compatriotes et des hommes d'Etat, qu'aux calculs d’une poignée d’agitateurs. N'est-ce pas, Messieurs, à cette heureuse communauté de sentiments et d'idées qu’il faut rapporter l'immense explosion de dévouement national manifesté à l’occasion de la révolte de Nord-Ouest? Le parti libéral novs parle de son patriotisme dans l'affaire Riel. Combien plus pur a été celui de nos milices canadiennes en face des dangers et du salut de notre commune patrie ! A-t-on même songé à éveiller la défiance et le soupçon vis-à-vis du gouvernement dans cette circonstance critique? Non, la voix de la conscience publique a été unanime à son égard. Si tous les amis de leur pays ont salué les héros et les vainqueurs d’une cause noble et juste; tous ont flétri indistinctement les ennemis de l’autorité
onstituée et les chefs de la rébellion. Ces élans spontanés ne protestent-ils pas d'une manière éloquente contre les démonstrations exagérées de la dernière heure ?—Certes oui.
A travers les difficultés de la présente situation, en face des combats qui se préparent, le parti conservateur restera fidèle à ses principes et à ses traditions. A Ottawa comme à Québec, il a affirmé le respect de l’ordre et les droits de la justice conformément à la saine doctrine parlementaire et à l'esprit de la constitution. C’est notre devoir, Messieurs, d'appuyer cette politique sage et éclair :e qui est le plus sûr rempart de nos institutions.
Lors de l’avant dernière session de la Législature Fédérale. notre parti a donné un grand exemple de fidélité à ses chefs et une preuve éclatante de sa
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. confiance dans l’administration du Gouvernement. Les affaires du Nord-Ouest ont été l’objet d’une discussion prolongée ; après des débats ou les deux partis ont mesuré leurs forces, immense majorité de la chambre a ratifié et approuvé par son vote la ligne d’action suivie par le Gouvernement dans la régie de la vaste et importante contree du Nord-Ouest. La députation nationale avait fait son devoir et le peuple avait raison d'âtre satisfait.
Pendant que s’instruisait devant les chambres le procès üu gouvernement,
Riel était livré à la justice de son pays pour avoir fomenté la révolte. Riel
trouvé coupable fut condamné à mort. Faisant appel à toutes les ressources
de la loi, ses avocats obtinrent du gouvernement de porter la cause de leur
infortuné client jusqu'au pied du plus haut tribunal de Sa Majesté en Angle-
‘terre. La sentence fut confirmée ; le gouvernement refusa d'intervenir et laissa la loi suivre son cours, et Riel fût pendu.
C’est ici, Messieurs, que va se dessiner le rôle des deux grands partis qui se disputent avec leurs chefs la fiveur et la confiance de l'opinion publique. Je me contente d'indiquer ces évènements sans les juger. La meilleure manière de préparer l’histoire politique d’un pays, c’est de mettre les chefs et les partis en présence les uns des autres. Leurs passions, leurs ambitions, leurs intérêts, leur ligne de conduite apparaissent alors suffisamment à la surface pour que l'œil le moins pénétrant puisse les distinguer.
Au début du mouvement, il eut été difficile d'apprécier la situation. Au fur et à mesure que les évènements ont marché, la tactique des adversaires s’est dessinée. En effet, qu'est-il arrivé ? Le chef de l'opposition à Ottawa, l'honorable M. Blake, avait à son retour d'Europe, prononcé un discours remarquable dans lequel il déclarait à son parti dans la province d’Ontario, qu’il n’entendait pas appuyer sa politique sur Péchafaud de Régina. Ses amis ont écouté un moment cette voix de la modération et j'ai cru, comme un grand nombre, à la sincérité de cette déclaration. Pendant ce temps là, le chef de l'opposition à Québec, Monsieur Mercier, trainait le cadavre de Riel d'un bout à l’autre de la province. Les partisans ont écouté leur chef; its ont habillé des mannequins, fait des processions menaçantes et ils ont tenté d’ameuter et de fanatiser la population au point que leur conduite a été stigmatisée par les autorités religieuses comme du dévergondage révolutionnaire.
Cette manœuvre devait produire son effet sur notre parti, comme je l’ai déjà dit. Desamis dévoués désertèrent nos drapeaux. Le clergé fidèle à samission,adres” sait dans le siience des priêres pour le repos de l’âime du malheureux Riel’ et préchait la paix, mais une certaine presse se faisant l’écho des violences du dehors, chercha à entraîner ses sympathies et celles de la population avec le cri de l’orangisme. Durant cet intervalle, la Législature de Québec se réunissait, Le gouvernement conservateur reçut l’appui de la grande majorité de la Chambre. Le parti libéral fut un instant frustré dans ses espérances. Alors le chef de l’onposition, Monsieur Mercier, sentit qu'il fallait frapper un dernier coup. Il se jeta dans les bras de Monsieur Blake et lui demanda de faire le sacrifice de ses opinions, si possible de ses partisans politiques dans sa Province. Quel fut le résultat de cet appel ?
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Monsieur Blake céda, et sans respect pour sa dignité politique, ses convictions et sa grande autorité, il prononça un second discours pour détruire l’effet du premier. Lui, l':omme cruel d'autrefois, oubliant qu'il avait un jour dénoncé Riel à la justice et appelé les vengeances de la loi sur sa tête, il a décroché de ses mains du gibet infame cette même tête, il s’est présenté devant le peuple de la Province de Québec comme avocat et reléguant dans l'ombre le souvenir du martyr, comme trop injurieux pour les siens, il a montré à l'élément canadien et catholique à travers les arguties du criminaliste Riel sous les livrées de ia folie. Cette mise en scène était à peine terminée que Monsieur Mercier se ‘$masquait lui-même à son tour et donnait le souflet aux conservateurs qu’il avait trompés en leur vantant la gloire et les vertus patriotiques de notre frère Riel. Les salles de l'assemblée législative de Québec en avaient entendu la déclaration. Les serments d’un jour de Monsieur Mercier n'étaient qu’un leurre. En épousant la cause de Riel et en faisant le mouvement national, l’ami, le nouveau parent du chef Métis n'avait pas entendu faire des alliés politiques des conservateurs, mais tout simplement servir les intérêts et préparer le succès de son propre parti. Nous le savions.
N'est-ce pas la en substance la vérité et le fonds de la comédie libérale ?