‹ Etude politique [microforme]Chapitre 9 sur 16 · TREVE D'ARMES · texte numérisé non relu

TREVE D'ARMES

Vous avez compris pourquoi je discute ce sujet délicat. * L'appel aux passions est, il faut l’avouer, une des plaies les plus douloureuses de notre état social comme une des hontes les plus pénibles de notre siècle- Il faut réagir contre,ces désordres funestes. C’est en entretenant au sein de toutes les classes des rapports de généreuse réciprocité et d’une fraternelle concorde que nous obtiendrons des résultats durables. La loyauté et l'esprit de justice doivent être pratiqués concurremment avec les devoirs de l'honneur et le souci de la dignité nationale. On en est arrivé de nos jours avec une déplorable confusion de mots et d'idées à bouleverser toutes ces notions, et les principes sacrés de droit, de la morale publique et de la vérité. Pour excuser de grands crimes ou des fautes contre l’autorité ou l’ordre de la société, on a inventé une espèce de philanthropie humanitaire qui tient lieu de sympathie réelle ou fausse. Le parti libéral, en utilisant le souvenir de Riel pour créer un parti canadien français dans ce pays à tout simplement voulu exagérer le patriotisme de nos compatriotes.

Mais, qu'on se détrompe ; notre loyale population n’échange pas ainsi la pitié qui s'adresse au malheur pour un sentimentalisme de convention. Elle a tous les instincts de la générosité et de la droiture.

Si vous pouvez forcer un instant les élans de l’âme du peuple, jamais vous ne réussirez à effacer au fonds de sa conscience l'horreur qu’il a pour le crime et la trahison de tous les devoirs, non plus que l'idée du chatiment. La théorie de l'abolition de la peine de mort restera peut.être bien sur l'affiche libérale ; elle ne fait pas encore partie des concessions populaires.

J'ai partagé, Messieurs, avec vous tous les sentiments chrétiens de nos compatriotes au sujet de l’infortune de Riel ; c'était là l’accomplissement d’un acte d'humanité en même temps qu'un grand devoir religieux. Nos regrets se sont arrêtés au pied de l’'échafaud avec la prière d'un peuple qui a demandé la pardon et non pas d’indignes flambeaux pour éclairer une tombe déjà assez couvrtrte d'ignominie. Devons-nous aller plus loin ? Le duel outrageant qui se livre en ce moment sous nos regards entre les races de ce sol au détriment de l'honneur et du prestige de la nation n'est-il pas un avertissement solennel que la lutte à déjà été assez prolongée et qu'il faut faire trève à d'inutiles combats ? Je crois que oui. Il n'y a pas de honte à reconnaître une erreur sincère, comme ce n'est pas manque: de patriotisme que de condamner les exagérations du mouvement national. Des voix autorisées se sont déjà faites entendre ; je joins l'écho de la mienne à ce concert de paix qui demande

à tous les citoyens sages de juger la cause Riel au point de vue des strictes notions de la conscience et de la raison et non pas à la lueur trompeuse du fanatisme et des intérêts de la politique.

Dans la première partie de ce travail, j'ai plutôt touché au côté sentimental de la question qu’à son mérite même. Vous n'ignorez pas que nos adversaires n'ont pas encore épuisé la source intarissable des émotions et qu'ils se préparent à nous livrer bataille sur le terrain des préjugés qu’ils alimentent depuis plus d’un an au milieu de nous avec cet épouvantail, l'affaire Riel. Il convenait de rechercher leurs motifs. Cet examen m'a permis d’invoquer le témoignage de l'histoire. En étudiant les nombreuses variations du parti libéral, nous avons vu les abus et les déceptions qu’il a semés sur sa route. Le mouvement Riel est le dernier acte d’un des épisodes les plus alarmants dela carrière anti patriotique de ce parti.

L'heure est maintenant arrivée où il faut choisir entre les hommes désirant sincèrement le bien de leur pays, et ceux qui cherchent à asseoir leur fortune politique sur la perversion des plus nobles instincts comme des plus belles facultês de la nature humaine. Le peuple ne saurait se tromper.

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