‹ Etude politique [microforme]Chapitre 8 sur 16 · CAUSE NATIONALE ET PREJUGES · texte numérisé non relu

CAUSE NATIONALE ET PREJUGES

Il ne s'agit pas ici, de sentimentalisme ni de provocations, Dans cette étude rétrospective que je viens de faire, j'ai voulu tout simplement indiquer les points saillants de l'histoire des partis dans cette province. La crise actuelle n'offre pas de symptômes alarmants immédiats; elle est à mon sens, sous une forme différente, l’image frappante de toutes les nombreuses évolutions tentées par le parti libéral en vue d’égarer l'électorat et d’obtenir un succès passager. Dans l'affaire Riel comme dans toutes les autres questions soumises à votre appréciation, les deux grands partis politiques de ce pays demandent donc à être jugés d'après l'influence de leurs principes et les œuvres de ceux auxquels ils ont confié leurs destinées. En faisant cet examen, les hommes publics doivent s'attendre à supporter la critique ét la libre discussion de leurs actes comme chefs et même de leurs déclarations individuelles devant le peuple ou les chambres. Il suffit de constater qu’il y a bon nombre de citoyens sincères et très honorables dans tous les partis. Mais en dehors de cet aveu facile et agreable à faire, il importe d'apprécier les évènements et les choses par leur ensemble. Or, Messieurs, je crois qu'il y a un point fondamental acquis à notre thèse ; c’est que le parti conservateur a presque toujours eu la confiance de notre population et que cette confiance lui est venue de l’excellence des causes qu’il a avocassées et des doctrines qu’il a défendues, D'un autre côté, si le parti libéral a été en défaveur devant l'opinion publique, la raison s’en trouve dans le mal qu'il à fait à nos véritables intérêts par le radicalisme outré de ses premiers programmes, par les variations de ses chefs et leur peu d’attachement vis-à-vis nos institutions nationales.

C’est encore à l'heure actuelle le procès qui s’instruit devant le pays. Ce procès est nécessaire, pas pour nous précisément qui avons foi dans l'avenir et la mission providentielle de notre peuple au sein de la Confédération. Non certes: Je crois qu’il est devenu une tâche patriotique à raison du préjugé de ceux qui voient dans la fin tragique de Riel un danger menaçant pour la nationalité et qui n’aperçoivent pas les conséquences redoutables de l’effervescence populaire à ce sujet. Quand le parti libéral a tenté de faire croire à notre population que l’orangisme conjurait sa perte et que l'exécution du chef des métis était le prélude d'une guerre dirigée contre l'élément canadien et catholique de cette Province, il avait un but. Le mouvement politique récent est l'expression de ce but, et il a pris son origine dans une pensée néfaste et condamnable, celle de soulever les préjugés d’une race contre une autre race,

sous le fonx prétexte qu'un des nôtres avait été sacrifié à la vengeance d'hommes ennemis de notre sang et de notre religion. Ily a eu des appels à la violence et aux mesures extrêmes, parce qu'il y a des hommes et des groupes turbulents dans toutes les provinces de la Puissance du Canada. La campagne anti-patriotique du Mail en est la preuve la plus frappante. Il est regrettable d’avoir à constater de tels égarements. Mais, Messieurs, si vous cherchons d'où sont venues les provocations les plus menaçantes, ne soyons pas surpris qu'on ait usé de représailles ailleurs vis-à-vis de nous. Autrefois le parti conservateur n’avait-il pas réussi à museler le fanatique George Brown et son orga. ne, le Globe,qui poursuivaient une lutte beaucoup plus acharnée que celle du Mail contre l'élément canadien et catholique ? Oui. On doit lui en donner crédit,

Pour l'honneur et la gloire du parti libéral, je vondrais qu’il fut démontré où et comment il a tenté d'empêcher dans le temps les attaques et les insultes véhémentes de ses alliés protestants contre notre nationalité et notre religion. A part quelques protestations isolées, l'histoire dira qu’il n’en a rien fait ; il a au contraire tiré profit de ces influences néfastes au bénéfice de la cause déloya le qu'il poursuivait dans le Haut-Canada, et de la guerre à outrance que l’école radicale avait entreprise dans le Bas-Canada contre l'autorité religieuse et le pouvoir civil. 1la fallu plus tard, lors de la confédération des provinces toute la sagacité et tout le flair politique de Sir John A. MacDonald et de Sir (teorge Etienne Cartier pour mettre fin à ce débordement insensé de passions, en arrachant, comme je l'indique plus haut, George Brown à son parti et en en faisant un allié respectueux de nos libertés religieuses et de nos droits nationaux.

Le parti libéral est-il devenu plus sincère depuis ce temps? Rien ne le prouve. Tandis que les chefs du Gouvernemeut et tout le parti conservateur s'efforcent par des répudiations solennelles d'arrêter le flot de provocations qui débordent d'une certaine. presse et du sein de groupes hostiles, les libéraux cherchent encore à se faire un marche-pied des passions violentes qu’ils fomentent chez le peuple.

C'est vouloir alimenter fatalement les discordes mal éteintes du passé que d'ériger une cause nationale sur des préjugés de races ou de croyances. La tâche est d'autant plus odieuse que le sang d’un homme qui fut, par sa faute, l’objet des défaveurs de tous les partis politiques indistinctement doit dans la présente occurrence servir à cimenter ce monument de haine et de vengeance. Il est souverainement triste de songer que le malheureux dont le souvenir devait être enseveli dans l’oubli devienne après sa mort un instrument de calculs égoistes. Après avoir vainement tenté d'établir dans la Province de Québec un nouveau parti sur le cadavre de Riel, n'est-il pas à présumer que le parti libéral cherchera à affirmer cette idée et à l’implanter dans nos institutions ? N'a-t-il pas déjà annoncé son intention ‘le créer un gouvernement national dans la Législature de Québec ? J’en appelle ici au sens droit des électeurs de ce pays et je leur demanderai ce qu'ils penseraient des autres provinces de la confédération si chacune d'elles essayait d’exclure d'aucune des branches de l'administration ou de la législature quelques-uns des éléments de la nation ou de la société pour laisser le contrôle absolu de l’autorité et du pouvoir aux

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mains d’un seul groupe ou d’un seul élément de la population ? Transportez la question sur le théâtre plus vaste du Parlement de la Puissance et imaginer, si vous pouvez, un Gouvernement qui ne tiendrait aucun compte de l'influence française et catholique et vice-versa de l'influence anglaise et protestante ? Ce serait bientôt l'anarchie et la guerre civile. Voilà, Messieurs, ou on en en arrivera infailliblement avec la doctrine et les nouveaux projets de l'école libérale.

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