MALADIE ÉPIDÉMIQUE DANS LES PRISONS DE ROUEN
doctrine qui affirme, malgré la diversité des formes, l’identité des maladies qui se développent sous l’influence des saisons, ou simplement en coïncidence avec elles, Lepecq de la Clôture réunit ici une foule de maladies, sur le développement desquelles la saison hivernale peut avoir agi comme cause occasionnelle, mais qui n’ont évidemment entre elles aucune espèce de rapports quant à leur nature, ou quant au traitement qu’il convient de leur opposer. Après la longue discussion, à laquelle nous nous sommes livré à ce sujet, il suffira, je pense, pour faire partager ma conviction aux médecins qui ne se sont pas endormis dans l’ornière du passé, et leur faire rejeter a\ec moi une assimilation qu’aucune raison sérieuse ne justifie, d énumérer les maladies plus ou moins nettement caractérisées, que 1 auteur a entassées pele-mêle sous la rubrique que je viens de rappeler. Ces maladies sont successivement, dans l’ordre de leur description, des leucophlegmaties, des hydropisies de poitrine, des fluxions, des oreillons, des dartres crustacées, des fièvres rhumatismales, simples ou putrides, ou catarrhales, ou compliquées de maux de gorge, ou de lumbago, une prétendue fièvre miliaire, qui n’est autre chose qu’une fievre typhoïde sporadique légère, des phthisies qui sont des phthisies reelles, ou des épanchements pleurétiques terminés par la mort, ou dans lesquels est survenue une fistule pulmonaire qui a permis à l’épanchement de se faire jour au dehors par la voie des bronches, etc. Rien qu’à parcourir cette réunion d’affections si complètement disparates, quel médecin, je le répète, songerait aujourd’hui à établir entre elles un lien quelconque; et quel est celui surtout, quelque restreinte que soit la part qu il fait à la spontanéité de l’organisme dans la production des maladies, qui oserait identifier à un point de vue quelconque des maladies aussi profondément distinctes? e me contenterai donc encore une fois de marquer ici la place
de ces observations, pour y revenir, suivant la mesure de l’intérêt qu elles peuvent présenter, quand je parlerai des maladies sporadiques, et passe de suite à l’examen de la maladie épidémique des prisons de Rouen, que l’auteur place dans cette nouvelle constitution médicale.
Lepecq désigne cette affection sous le nom de fièvre putride épidémique contagieuse. Conformément à l’esprit de la doctiine qui le dirige surtout, quand il s’agit de caractériser les maladies générales, c’est principalement parce que celle-ci se montre dans le cours de l'année 1770, si féconde, comme il le dit lui-meme, en maladies de cet ordre, qu’il lui impose cette dénomination. Lorsqu’en effet on étudie avec attention et la description générale qu’il trace de cette affection, et les cas particuliers qu’il en rapporte, on remarque que, si le cachet typhoïde s’y montre incontestablement, ce n’est pas d’emblée, primitivement que se produit ce caractère, et qu’avant qu’il ne s observât, la maladie existait avec une tout autre physio-nomie. D’abord la maladie débutait presque chez tous les malades par une inflammation spécifique, de nature aphtheuse, de la muqueuse bucco-pharyngienne : puis, l’inflammation s’étendait dans le tube digestif, et cette extension du mal s’annonçait par un flux dyssentérique avec épreintes, et ténesme. Enfin les symptômes typhoïdes, depuis les pétéchies jusqu’aux symptômes nerveux les plus graves, se manifestaient. Ce n’est point là évidemment la marche de la fièvre typhoïde, ce n’est donc pas une fièvre typhoïde. Qu’était-ce donc que cette maladie ? 11 faudrait me livrer à une longue discussion pour élucider cette question, en apparence si simple ; mais, comme il faut me hâter, je ne ferai qu’indiquer rapidement les éléments, qui en peuvent fournir la solution.
Cette inflammation spécifique de la muqueuse buccopharyngienne était -elle véritablement une inflammation