VERS SUIVIS
Parlons d'abord des vers suivis, c'est-à-dire composés de rimes suivies.
Pour lès rendre harmonieux dans leur ensemble, — car ils pourraient l'être séparément, et ne pas former un tout gracieux — il faut éviter les répétitions de rimes et de sons, et la monotonie résultant de coupes trop uniformes.
Les mêmes sons ne doivent revenir à la rime qu'à des intervalles as.sez éloignés ; le poète doit surtout se garder d'employer trop souvent les mêmes mots.
« Un mot placé à la rime ne doit y reparaître qu'après douze vers au moins, » dit M. Quitard. Nous serons moins mathématique , mais plus sévère, car, à cette courte distance, la répétition du même terme ne saurait passer inaperçue, ni à l'oreille, ni à l'esprit. On' après douze vers, on puisse user de rimes de même consonance, soit ! mais pas avec le même mot.
A plus forte raison faut-il proscrire la conformité de son entre les rimes masculines et les féminines
qui se coudoient, et Ton s'étonne à juste titre que nos bons poètes n'aient pas toujours observé une règle d'euphonie aussi élémentaire.
La variété dans l'expression de la pensée n'est pas moins indispensable que la variété des rimes.
Quand M. Alexandre Dumas fils a dit, au sein de l'Académie, qu'il aimait les vers « marchant deux à deux, comme les bœufs ou les amoureux, -^ il n'a pas entendu conseiller aux poètes d'enfermer régulièrement leur pensée dans un distique, ainsi que certains peuvent affecter de le croire : il n'avait en vue que les règles concernant la césure et l'enjambement.
Rien n'empêche de terminer le sens d'une phrase sur une rime, et de commencer une autre phrase avec la rime correspondante : les deux vers n'en marcheront pas moins de conserve, s'ils sont régulièrement construits, comme ceux-ci de Racine :
Pourrait-il de vos jours ignorer les auteurs ?..
Ce camp môme est pour vous tout plein de protecteurs.
même quand ils ne sont pas placés dans la bouche du même personnage :