‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 28 sur 73 · VERS LYRIQUES · texte numérisé non relu

VERS LYRIQUES

Passons maintenant àla disposition des vers lyriques, c'est-à-dire susceptibles d'être chantés, grâce à la régularité de leur coupe et de leur division.

Les poésies sont, en effet, disposées le plus souvent par petits chapitres, d'un même nombre de rimes, que l'on désigne sous le nom général de stances.

La stance prend le nom de strophe^ dans Tode, et de couplet y dans la chanson.

Les compositions de l'espèce sont presque toujours régulières ; cependant, il y en a aussi àHrrégulières : ce sont celles dont toutes les stances ne sont pas identiques, soit p our le nombre et la mesure des vers, soit pour la disposition des rimes.

Quand les pièces comprennent deux genres de stances qui alternent, elles sont dites mixtes.

Dans les œuvres de longue haleine, on emploie souvent ce mélange, afin de reposer l'esprit, que fatiguerait un rythme uniforme trop prolongé.

Enfin, on désigne sous le nom de pièces àç^ genre libre y celles qui se composent de stances mêlées à des vers suivis.

La stance est as^^ujettie aux règles suivantes :

I® Elle doit être complète par elle-même, c'està-dire ne pas enjamber sur une autre, mais avoir un sens qui motive au moins un repos, s'il ne finit pas avec le dernier vers.

2° Si une stance finit par une rime masculine, la suivante doit commencer par une rime féminine, et vice versa.

3** Deux stances qui se suivent ne doivent pas rouler sur les mêmes rimes, et l'on doit éviter de commencer une stance par une rime de son semblable à celui du dernier vers de la précédente.

4° Les rimes plates ne sont pas admises dans les stances, la poésie lyrique demandant une cadence particulière que les rimes croisées ou mêlées peuvent seules donner.

Les stances peuvent se combiner de mille manières, depuis le simple quatrain jusqu'à la strophe de 12 vers, et nous donnerons plus loin un modèle des combinaisons les plus usitées.

C'est ici pure affaire d'harmonie, et le poète est libre de son choix, pourvu que le genre adopté soit en rapport avec la nature du sujet qu'il veut traiter.

lOO ÉTUDE RAISONNÉE

Nous indiquerons sommairement ces analogies en passant en revue les diverses compositions en vers.

Disons, pour en terminer avec notre sujet, que les repos intérieurs à observer dans les strophes doivent toujours porter sur des rimes masculines, la voix trouvant là un appui que ne sauraient lui donner les consonances sourdes.

Enfin, il est bon de constater que la disposition des vers contribue parfois à d'heureux effets d'harmonie imitative. Racine nous en donne des exemples frappants, dans ses chœurs :

Dieu descend et revient habiter parmi nous :

Terre, frémis d'allégresse et de crainte ; Et vous, sous sa majesté sainte, Cieux, abaissez-vous !

Les cieux ne paraissent-ils pas s'abaisser graduellement avec le rythme décroissant de ces vers ? Et quand il dit :

j'ai vu l'impie adoré sur la terre ; Pareil au cèdre, il cachait dans (es cieux Son front audacieux !

ne croyons-nous pas voir ce « front audacieux » se détacher dans la nue, comme le vers lui-même se détache des précédents ?

Admirons maintenant ce savant assemblage :

Les chemins de Sion à la fin sont ouverts :

Rompez vos fers, Tribus captives ; Troupes fugitives.

Repassez les monts et les mers ; Rassemblez-vous des bouts de l'univers !

DE LA VERSIFICATIOX IQl

D'abord, un vers de large envergure, comme la pensée ; puis deux vers très courts qui peignent à merveille le mouvement brusque du prisonnier rompant sa chaîne ; enfin, voici que les vers prennent une marche ascendante, comme pour nous présenter l'image du rassemblement final.

Ce sont là les artifices propres au génie et à l'inspiration !

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