‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 37 sur 73 · V. Froment · texte numérisé non relu

V. Froment

L'auteur a visé T oubli ; mais on pourrait tout aussi bien appliquer ce quatrain au Temps ou au Sommeil.

Voici, sur ce dernier mot, une meilleure pièce :

Aux champs comme au palais, partout je suis connu ; Lorsque la conscience est tranquille, on m'adore ; Mais lorsqu'elle est souillée et que j'étale à nu ■ La faute > , on me maudit , . . et je reviens encore !

Au déiste dont l'àme attend une autre aurore. Je montre le Néant sans effort obtenu ; A l'athée, un séjour qu'éternellement dore Le Créateur qu'il a jusqu'alors méconnu,

Par moi, que d'horizons pourprés brillent dans l'ombre Pour tant d'infortunés dont l'existence est sombre ! Hélas ! beaucoup n'ont pas de bonheur plus vermeil !.,.

Je réunis les cœurs que le Destin sépare ;

Dans mes bras, la beauté, de tous charmes se pare.

Et le p&le viveur me préfère au soleil.

Louis DIGEON.

En effet, si les 12 premiers vers peuvent s'appliquer au Songe comme au Sommeil et semblent même s*y rapporter davantage, la fin du sonnet fait deviner la véritable pensée de l'auteur.

Au lieu d'avoir trait à un mot, l'énigme roule quelquefois sur une simple lettre. En voici une fort originale dont la clef est la lettre C :

J'ai fort peu de richesse et pourtant suis de race ; Je brille avec éclat sans mettre d'ornement ; Au sein de l'Océan on découvre ma trace, Mais regardez au ciel : j'y suis également.

Je fais la charité sans argent ni fortune

Et me plais à semer la justice ici-bas.

De ses flammes, l'amour jamais ne m'importune,

Mais je Toudrais en vain me soustraire au tracas.

L'espérance sans moi ne serait pas complète ; J'accepte tour à tour la glace et la chaleur... S'agit-il de chanter ? me voilà de la fête !

Soumis à l'estomac, je suis maître du cœur.

A. Vial de Sabligny.

Charade vient d'un mot provençal signifiant causerie, discours propre à tuer le temps.

En poésie, la charade est une sorte d'énigme qui consiste dans la division d'un mot en syllabes dont chacune forme un autre mot. Exemple :

Sachant que mon premier est habitant de l'onde, Et que partout mon deux circule dans le monde, On ne doit pas beaucoup se creuser le cerveau Pour trouver mon entier qui vit aussi dans l'eau.

Octave Baudoin.

La solution est : bar-billon.

Le logogriphe diffère de la charade en ce qu'il fait subir au mot une décomposition complète. C'est l'assemblage de plusieurs énigmes sur un mot dont les lettres, on pieds, peuvent former d'autres noms :

Mes six pieds, dans les champs, apportent l'abondance ; Mes quatre, des jardins grandissent le trésor ; Mes trois sont, en hiver, des foyers la puissance ; Les mortels, sans mes trois, ne seraient pas encor.

Esprit Rosier.

Solution : Fleuve - Fève - Feu - Eve,

Le métagramme consiste dans la transformation d'un nom en plusieurs autres par le changement d'une seule lettre, toujours la même, et le plus souvent la première du mot. Exemple ;

J'orne la main par mon premier, Je Parme à l*aide da deaxiàme ;

Monté sur mon troisième,

Je brave mon dernier.

Paul Albert.

Solution : Bague - Dagiu - Cague - k^ague,

V anagramme est le renversement des lettres d'un mot : cor-roc. Quelquefois la transposition ne porte que sur les syllabes, comme dans avis-visa. Parfois enfin on n'observe aucune disposition particulière, comme dans le logogriphe.

Voici un spécimen d'anagramme ordinaire :

Sur mes quatre pieds, le sage m'évite :

Transposec-en deux, je pars au plus vile...

A. Thèvenot.

Solution : Tort - Trot.

V acrostiche n'est plus guère en vogue, de nos jours, parce que la difficulté qu'il impose gêne l'inspiration sans rien ajouter à la grâce de la poésie. On sait que le but de l'acrostiche est de reproduire le nom de la personne à qui il s'adresse, à l'aido de la première lettre de chaque vers.

Cette bluette n'a de charme que lorsqu'elle se borne à un nom et qu'elle exprime une pensée délicate ou malicieuse ; le madrigal et l'épigramme peuvent donc seuls gagner quelque chose à être présentés sous forme d'acrostiche.

Voici quelques exemples :

Si j'étais fauvette, ô belle créole, »

A vous mes doux chants iraient chaque jour ; Rose ou lis, pour vous, ma fraîche corolle Aurait^ jeune fille, un parfum d'amour.

Homme, c'est mon cœur qui vers vous s'envole I

Charles Bistagne.

Mon luth était sans voix, ma lyre était muette... Alors, vous m'avez dit de loin : « O doux poète ! Retrace en cet album un souvenir^ un rien.

Ton nom seul, si tu veux, sur cette blanche page ; Hâte- toi de me plaire ! » Et, pour vous rendre hommage, En écrivant le vôtre, il a signé le sien.

Paul Mi^NGlN.

Vaniteux^ tat, jaloux, colère, 11 est détesté de chacun Pour son trop méchant caractère.

Et son nom même est importun...

Résigne-toi, Muse, à le taire!

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