TERCETS
Les pièces composées exclusivement de tercets enchaînés sont fort originales. M. Francis Melvil a tiré de ce rythme un merveilleux parti dans ses poèmes philosophiques. On en jugera par quelques extraits de son Juif -Errant :
Courbé sous le fardeau du crime que j'expie. Poussé par l'invincible et formidable main Qui relève le juste et s'abat sur l'impie.
Je suis le voyageur étrange et surhumain
Qui chaque trois mille ans, en sa marche sans trêve
Passe éternellement par le même chemin.
Un soir à l'heure obscure où l'étoile se lève,
J'entrai dans une ancienne et puissante cité
Aux innombrables tours, comme on en voit en rêve.
Au bout de 3. 000 ans, plus rien I
D'elle rien ne restait ; rien qu'un sinistre espace
Vide, désert, farouche, aride^ désolé :
Du peuple, de ses rois, de ses dieux, nulle trace !
Quelle précision et quelle majsstédans ces vers !
Au troisième passage du Juif-Errant, c'est un lac qui a remplacé la lande , trente siècles après, c'est un mont. En dernier lieu, une immense cité s'élève de nouveau sur l'emplacement de la première. Et le voyageur éternel ayant interrogé un vieillard sur l'antiquité de la ville, écoutez cette réponse :
•— Passant, dit-il^ depuis des siècles révolus, Sa naissance se perd dans l'ombre solennelle, Elle a vu tant de jours qu'on ne les compte plus !
Le Temps, pour s'y fixer, a r- ployé son aile ; Pour jamais l'univers raconnaît son pouvoir : Sa force est invincible et sa gloire éternelle.
Et la pièce se termine sur ce vers qui en est la conclusion philosophique :
— Mercij dans trois mille ans je reviendrai la voir.
Les tercets enchaînés se ferment toujours ainsi par un vers isolé qui transforme la dernière stance en quatrain.
(*) Ce poème magistral, ooaronné par ■ la Province • fait parti e d'on recueil pobUé chei Ghio, éditeur, Palais-Royal, soas ce titre : « Les Dieux inconnus. >
Yertifteatton 9
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