L'IDÉAL
Vanitas yanitatam, et omnia yanitas.
Ecclesiaste.
tA (M, le Capitaine (Marc 'Bonnefoy après avoir lu ses œuvres poétiques.
SMl est vrai que la Muse, en personne indiscrète,
Nous laisse deviner l'histoire du poète,
Si de son existence elle dit le secret ;
S'il est vrai qu'elle soit le miroir de son âme,
Douce quand il bénit, sévère quand il blâme,
Je vais, ô cher confrère, esquisser ton portrait.
On sent que le malheur, sans pitié pour l'enfance. Imprima sur ton front le sceau de la souffrance Et qu'il mit sur ta bouche une goutte de fiel A cet âge où la vie apparaît comme un songe, A cet âge où le cœur, que nul souci ne ronge. S'ouvre et s'épanouit comme une fleur du ciel !
l68 ETUDE RAISONNÉE
Plus tard, n'est-il pas vrai ? dans ces heures d'ivresse
Que verse Pespérance à la folle jeunesse,
Tu ressentis en toi d'impatients désirs,
Et, comme pris soudain de vertige et de fièvre,
Peut-être essayas-tu d'approcher de ta lèvre
Et de vider d'un trait la coupe des plaisirs ?
Mais ces plaisirs d'un jour, que l'heure fugitive
Emporte et que le vent pousse de rive en rive.
Ne laissent dans le cœur que désenchantements ;
Déjà le tien soupire après une autre aurore :
jeune homme, cherche donc ! cherche toujours ! encore !
Trouve à ce cœur blasé d'autres enivrements.!..
Et tu lui dis alors, attiré par la gloire :
« je me ferai soldat ! Tu verras la Victoire
« Déposer sur mon front un immortel laurier !
« La Renommée, au loin exaltant mon courage,
« Illustrera mon nom ! Peut-être d'âge en âge
« Parlera-t-on de moi comme d'un grand guerrier... »
« Eh bien, ai-je trouvé, mon âme ? es-tu contente « Et n'as-tu pas bondi dans la mêlée ardente ? « j'ai, durant tout un jour, lutté comme u!^ géant : « Sans crainte du péril j'ai fait parler la poudre, « Comme un dieu j'ai lancé la mort avec la foudre, « Et tu me dis encor : Renom ! gloire L, néant !
« je ne puis deviner après quoi tu soupires, « Si ce n'est pas après la gloire et ses sourires, « Si ce n'est pas non plus après la volupté : « Est-ce l'ambition, ô mon c<£ur ! qui t'allume ? « Est-ce la soif de l'or ? Quel penser te consume ? « Pour&uis-tu la Chimère ou la Réalité ?... »
— « Non ! ce que je poursuis, ce que je vois en rêve, « Ce que je cherche en tout, sans repos et sans trêve, « Et ce qui me torture, enfin, c'est l'Idéal : « Fantôme insaisissable et qui prend cent visages, « Qui se révèle aux yeux des penseurs et des sages « Et leur fait entrevoir le Bien vainqueur du Mal.
« Je voudrais m'élever à ces hauteurs sereines
« D'où l'on n'aperçoit» plus les faiblesses humaines^
« Au sein des régions avoisinant les cieux
« Où le Beau règne en maître, impassible et superbe,
« Où, dans les moissons d'or, la Muse fait sa gerbe
« Et reçoit le poète à la table des dieux ! »
Ces mots firent jaillir l'étincelle divine
De ton cerveau brûlant, et ton âme chagrine,
Pour exhaler sa plainte, eut un merveilleux luth :
Et ton spleen s'est changé, dès lors, en rêverie.
Et, bravant des mondains la sotte raillerie,
De ton cœur généreux tu poursuis le grand but.
Remplis ta mission : chante, chante, poète !
Du Vrai, du Bien, du Beau, sois toujours l'interprète ;
De tes vers indignés, flétris tous les méchants !
Qu'importe que le monde, aux accents de la lyre
N'accorde que l'honneur d'un dédaigneux sovrire :
Nous chantons pour chanter ! Qu'importe où vont nos chants?
Reste le poème sous toutes ses formes.
Bien que ce mot s'applique indistinctement à toutes les compositions poétiques, il désigne plus particulièrement les récits d'une certaine étendue : historiettes y épisodes patriotiques ^ etc.
Le poème proprement dit est en vers suivis, parce que cette forme est la plus naturelle au récit.
T.a strophe de six vers peut néanmoins s'y adapter, et celle de quatre vers convient à mei veille au poème descriptif, qui rentre, il est vrai, dans le genre bucolique.
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Il est bon de noter, en effet, qu'on ne saurait étiqueter d'une manière absolue toutes les compositions en vers : tantôt plusieurs genres se coudoient dans une même oeuvre, tantôt une pièce appartient à un genre par la forme et à un autre par le fond. Ce point-là, d'ailleurs, est de mince importance : l'essentiel est que la forme choisie réponde bien au but que le poète s'est proposé,
La transition entre le genre didactique et la poésie lyrique se fait justement avec ces oeuvres difficiles à classer et qu'on décore des noms de pensées y rêverieSy stances^ etc.
Voici, par exemple, une poésie qui tient à la fois du genre bucolique, du genre didactique et même du genre lyrique.