‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 61 sur 73 · DE LA POÉSIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

DE LA POÉSIE LYRIQUE

Dans le principe, on désignait ainsi la poésie destinée à être chantée sur la lyre. Aujourd'hui, le genre lyrique comprend toutes les pièces qui demandent de l'enthousiasme et qui expriment des sentiments élevés.

C'est dans l'ode que l'inspiration se fait le plus vivement sentir ; puis viennent les méditations, la chanson, la ballade et l'élégie, bien que cette dernière s'écarte parfois de la forme caractéristique du genre. Le propre de la poésie lyrique, en effet, c'est d'être exprimée en strophes. Sans une cadence régulière et forte, sans un rythme approprié au sujet, il est impossible d'atteindre les hautes régions de la poésie.

VélégiCy avons-nous dit, se compose parfois de vers libres, comme la fable ; mais, le plus souvent, elle revêt bien la forme lyrique. Au reste, elle rej ette les grandes images et les pensées sublimes réservées à l'ode.

Primitivement, l'élégie était consacrée exclusivement à l'expression de la douleur et de la tristesse ;

plus tard, onTafifecta aussi à peindre les joies et les tourments de l'amour. En conséquence, elle est toute aux mouvements du cœur, mais dans la limite de la douceur et de la modération. L'hyperbole, toutefois, n'est pas déplacée dans l'élégie.

Pour réussir dans ce genre, il faut bien sentir et bien peindre. Tout le monde connaît les stances de Malherbe à son ami du Perrier, sur la mort de sa fille : on ne saurait donner de meilleur exemple de poésie élégiaque.

Nous avons déjà parlé de la ballade.

Quant aux méditations, aux rêveries, généralement composées de stances de quatre ou de cinq vers, ce sont des frémissements de harpe sur tous les sujets élevés. On peut donc les classer parmi les odes, puisque, aujourd'hui, ce mot s'applique à toutes les poésies d'un certain souffle destinées à chanter, en strophes cadencées, tous les beaux sentiments.

Les caractères de Vode sont l'enthousiasme, la hardiesse et les écarts, pourvu qu'ils produisent ce beau désordre dont parle Boileau. Le poète est véritablement ici le porte-voix de la Musé . il peut dès lors employer le langage le plus riche et le plus magnifique. Dès le début, il doit prendre un essor rapide pour planer ensuite dans l'espace comme un aigle au vol puissant.

Nous avons dit que la strophe de l'ode classique est celle de dix vers ; mais on y mêle souvent des

strophes d'un autre modèle, et principalement la combinaison régulière de six vers, non moins énergique, quoique n'offrant pas la même pompe, te passage d'un rythme à un autre donne de la variété à la pièce et ce changement d'allure plaît toujours à l'esprit, quand le poète a soin de le mettre en rapport avec les idées exprimées. Victor Hugo çst le grand maître de l'ode moderne.

On distingue :

Vode sacrée y qui est un hymne ou un cantique ;

Vode héroïque y qui chante les exploits d'un grand homme ;

Vode morale et^ philosophique y qui offre le plus vaste champ au poète.

Le dithyrambe appartient au genre lyrique par le fond ; mais ses divisions sont inégales : c'est une sorte d'hymne en vers libres.

Quant à Vode badine et à l'ode anacréontiquey elles tiennent plutôt de la chanson et de l'idylle que de l'ode véritable, étant donné le sujet qu'elles traitent.

En ce qui concerne la chansony nous laissons la parole à notre cher ami. M, Bergues-Lagarde :

« La chanson est éminemment française. C'est une ode dont les stances se nomment couplets et dont la pensée principale revient quelquefois dans un refrain qui, toujours, doit être bien amené par le cens de chaque couplet.

La chanson a sa théorie et sa rhétorique propres.

En principe, elle doit être composée sur un air déjà connu, à moins que l'auteur ne le crée lui-même comme les Pierre Dupont, les Nadaud, etc., ou qu'un musicien ne s'identifie pleinement avec les sentiments de l'auteur, ce qui est rare.

Elle se subdivise en plusieurs branches :

1. Le vaudeville y qu'il ne faut pas confondre avec la comédie ou le petit opéra-comique de ce nom. C'est une chanson maligne sur un refrain commun à tous les couplets. On n'y trouve que l'antithèse, la comparaison et l'ironie.

2. La chanson nationale^ sérieuse, sublime et patriotique autant que poétique.

3. L'historiette^ narration soit fictive, soit historique dans un genre enjoué,

4. L^i gaudriole y qui n'est plus dans nos mœurs, sauf à la taverne, et encore !

L'oreille des Français veut être respectée,..

5. La chanson bachique ou mieux la chanson à boirCy qui n'est pas la plus facile à composer si l'on veut se tenir dans les limites du beau avec de l'enthousiasme et des grâces.

6. VariettCy qui est une branche morte, et enfin la romance dont on a dit tant de mal, parce qu'on en trouve quatre-vingt-dix d'absurdes sur cent.

« Nous croyons inutile de parler ici plus longuement de ce genre frivole qui porte quelquefois le nom de romance -^ dit l'auteur d'un certain Cours élémentaire de littérature.

Et puis :

SMl chante la romance, Bonsoir !..

s'écrie Armand-Gouflfé.

C'est une preuve que tout le monde n'atteintpas le degré de perfection que réclame cette branche si poétique de la chanson.

Les airs en vogue des opéras ne sont autre chose que des romances, ainsi que la plupart des petits poèmes de nos grands auteurs, mis en musique par des compositeurs de talent.

Autrefois, toute chanson avait un exorde^ une narration et une conclusion.

Mais le plan du sujet ne suffit pas ; il y a maintes choses à observer pour la poésie chantée.

D'abord, le premier couplet doit être un type de coupe pour tous les autres qui doivent avoir les mêmes césures, les mêmes toniques. Il faut ensuite que le dernier vers du couplet ait une rime masculine pour bien finir, surtout quand la chanson n'a pas été composée sur un air connu.

La cantate tient le milieu entre l'ode et la chanson : c'est une ode mise en musique.

Elle se compose d'un récit et d'un air. Casimir Delavigne a remplacé les airs par des chœurs.

« Le récit, dit un littérateur, précède et expose le sujet: l'air ou les chœurs expriment le sentiment ou les réflexions que le sujet a fait naître. »

Dans la cantate, on admet la pompe de l'ode, mais on en rejette les écarts. »

En ce qui concerne les r^/r^m5, nous ajouterons quelques observations.

Le plus souvent les ron^ances ont un refrain unique ; mais il n'est pas interdit d'y introduire des variantes : cela donne même un charme de plus au morceau, non seulement à cause de la variété qui en résulte, mais surtout parce que le refrain peut ainsi mettre plus exactement en évidence la pensée maîtresse de chaque couplet.

Il est rare que le refrain varie à chacun d'eux, mais souvent le refrain final diffère des autres.

Enfin, il arrive encore que le refrain ne forme pas une stance. Il consiste alors dans le retour du même vers à la fin de chaque couplet, vers quipeat aussi présenter des variantes.

Voici d'ailleurs des exemples de ces divers genres : une chanson à boire à refrain uniforme, nn chant national à refrain varié, une romance à refrain unique, une deuxième à variante finale et enfin une autre dont le refrain est à la fin du couplet.

A CHAUDEIRI !

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