INTRODUCTION
J'ai eu l'occasion d'assister aux manœuvres employées pour réduire une luxation traumatique du genou gauche, incomplète, en arrière et en dehors, si l'on considère les os de la jambe comme les organes déplacés, datant de moins de vingt-quatre heures. Les tentatives restèrent infructueuses. Elles furent pourtant dirigées par un chirurgien consommé, qui, pendant deux heures, mit en usage des moyens nombreux et variés, entre autres la ténotomie sous-cutanée, sans pouvoir rendre aux surfaces articulaires leurs rapports normaux.
Une première conclusion légitime à tirer de ce fait malheureux pouvait être que la cause d'irréductibilité ne résidait pas dans les obstacles auxquels on a l'habitude de s'adresser. Réfléchissant sur les diverses circonstances observées pendant les manœuvres, je me souvins qu'au moment où l'extension se faisait à l'aide de tractions sur la jambe et le pied, l'interligne articulaire, rendu sensible par la saillie du condyle inlerne fémoral dont la face inférieure se sentait immédiatement sous la peau nullement tuméflée, s'accusait encore davantage et se présentait sous la forme d'un sillon d'autant plus profond que l'extension était plus énergique.
Il était naturel de penser que l'écartement direct des surfaces articulaires créait entre elles une tendance au vide, que le tégument et les parties molles sous-jacentes se déprimaient alors sous l'influence de la pression atmosphérique, et que celle-ci créait une résistance passée inaperçue, mais réelle.
Ce n'était pas du reste, une opinion nouvelle. L'année même oii les frères Weber annonçaient l'influence de la pression atmosphérique dans le mécanisme de l'articulation coxo-fémorale, Voelkers, de -Lunebourg (1), appliquait à la pathologie articulaire leur découverte physiologique, et jugeait que la pression atmosphérique est le plus grand obstacle à surmonter dans la réduction des luxations, les résistances créées par les muscles et les ligaments n'étant que secondaires. Malgaigne (2) lui reprocha de n'avoir pas fourni de preuves directes à l'appui de sa théorie.
Plus tard, M. le professeur Michel (3), institua des expériences pour démontrer que l'irréductibilité des luxations des doigts a pour cause la pression atmosphérique, qui tend à engager le ligament antérieur rompu entre les surfaces osseuses luxées. Enfin, MM. Sédillot et Cross (4) nous apprennent que plusieurs thèses, soutenues à la Faculté de Strasbourg, rapportent, soit des observatiovs cliniques, soit des expériences faites sur le cadavre, tendant à expliquer par la pression atmos-
(1) Voir Ind. bibl., XXXIII.
(2) Voir Ind. bibl., XXII, p. 69.
(3) Voir Ind. bibl., XXIV.
(4) Voir Ind. bibl., XXXII, p. 276
phérique l'irréductibilité des luxations d'autres articulations.
Les conclusions de ces auteurs ont été contestées. Les attaques ont même été dirigées contre l'application de la découverte fondamentale des frères Weber à l'organisme vivant, et plus tard, des expériences entièrement contradictoires, faites à l'amphithéâtre, furent opposées à celles des Weber.
Ces objections ont trouvé créance, et le rang élevé que leurs promoteurs occupent dans la science ne permet pas de les négliger.
Du reste, avant d'étudier l'influence de telle ou telle cause dans la pathologie d'un organe, il est indispensable de connaître exactement celle qu'elle exerce dans la physiologie du même organe. Or, le rôle de la pression atmosphérique, cause constante, extérieure à nous et indépendante de notre organisme, dans la mécanique articulaire, est diversement interprété, même par ceux qui l'admettent sans restriction, et des auteurs dont les traités sont justement estimés énoncent à son sujet de grandes inexactitudes.
Il m'a donc semblé utile d'entrer dans quelques développements sur le rôle de la pression atmosphérique dans la mécanique articulaire. Je me suis contenté de l'étudier sur l'articulation coxo-fémorale, celle qui se prête le mieux à ce genre de recherches; et pour ne pas dépasser les limites d'un pareil travail, j'ai dû négliger complètement le point de départ de mes recherches, c'est-à-dire la pression atmosphérique considérée comme cause d'irréductibilité des luxations.
Arrivé au terme de l'internat, je prie mes excellents
maîtres dans les hôpitaux de Lyon, de recevoir l'expression de ma reconnaissance. Elle est due principalement à M. le professeur Bondet et à M. le D'Ilorand, chirurgien en chef de l'Antiquaille. Qu'il me soit permis d'honorer ici leur bienveillance pour les élèves, ainsi que la justesse et la clarté de leur enseignement.
ÉTUDE EATIONNELLE ET EXPÉRBIENTALE