‹ Étude rationelle et expérimentale sur le rôle de la pression atmosphérique dans le mécanisme de l'articulation coxo-fémoraleChapitre 4 sur 17 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

DE L'ARTICULATION COXO-FÉMORALE

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CONSIDÉRATIONS GENERALES. — PLA.N DE l' OUVRAGE.

« Si l'on eût dit, il y a trente ans, à un physiologiste, que le membre inférieur était suspendu au tronc par la pression atmosphérique, il aurait certainement déclaré la chose impossible ; et, c'est là, pourtant un fait qui a pris rang parmi les vérités les mieux établies. » (1)

C'est aux frères Édouard et Guillaume Weber qu'est rapporté l'honneur de cette découverte. Leurs expériences furent exposées en 1836, dans leur « Mécanique de la locomotion chez l'homme », formant le livre troisième du second volume de l'Encyclopédie anatomique allemande (traduit par .Jourdan). Ils coupaient circulaire- Ci) Richet. Voir Ind. bibl., XXIX, p. 782.

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mont les parties molles qui enveloppent l'articulation coxo-fémorale, jusqu'à la capsule inclusivement, et le membre ne tombait pas, bien qu'il fût sollicité par son propre poids à se séparer de le cavité cotyloïde. Us constatèrent que le bourrelet cotyloïdien et le ligament rond, les seuls moyens d'union restés intacts, ne pouvaient expliquer l'équilibre du membre, et démontrèrent que la force qui neutralisait alors les effets de la pesanteur, était une force étrangère à l'organisme, la pression atmosphérique.

En effet, s'ils perforaient par le bassin le fond de la cavité cotyloïde et laissaient l'air y pénétrer, la tête fémorale l'abandonnait aussitôt. Celle-ci étant introduite dans sa cavité, les expérimentateurs bouchaient avec le doigt le trou qui venait de laisser échapper l'air, et le membre ne tombait plus.

Ils varièrent leurs expériences en plaçant une articulation coxo-fémorale, dépouillée de ses parties molles, sous la cloche d'une machine pneumatique. La cavité cotyloïde étant fixée solidement, un poids de 2 livres était attaché au fragment conservé du fémur. Ils firent alors le vide, et les surfaces articulaires se séparèrent au moment où la pression ambiante avait assez diminué pour ne plus neutraliser la pesanteur qui sollicitait la tête fémorale à descendre. Cette expérience est rapportée par J. Mùller (1) qui s'y trouvait présent avec Magnus.

Les frères Weber formulèrent alors la proposition suivante :

(1) Voir Ind. bibl., XXV, p. 112:

« La jambe oscillant pend donc au tronc supportée uniquement par la pressioa de l'atmosphère, et elle ne peut tomber que quand cette pression diminue, ou que quand l'air vient à s'introduire entre la tête du fémur et la paroi de la cavité cotyloïde. n (1).

Ce ne sont pas toutefois les frères Weber qui remarquèrent, les premiers, l'influence de la pression atmosphérique sur la suspension des membres. M. Pettigrew (2) invoque sur ce point l'opinion de J. Bishop. D'après celui-ci (3), le D"" Arnott signala le premier, l'influence de la pression atmosphérique sur la suspension des membres, et c'est par erreur que le professeur Millier attribue cette découverte à Weber. Des expériences subséquentes du D' Todd, de M. Wormald et autres, ont pleinement établi l'influence mécanique de l'air sur la jonction des surfaces articulaires. L'intensité totale de la pression atmosphérique sur une jointure dépend de l'étendue de la surface soumise à son influence et de la hauteur barométrique. Les forces qui neutralisent le poids du membre sont la pression de l'air et la résistance des ligaments, pour toute la quantité dont le poids du membre surpasse l'intensité de la pression atmosphérique, si tant est que le poids soit supérieur à l'intensité. Celle-ci fut, pour l'articulation coxo-fémorale, estimée 26 livres par Weber. Sur le genou, Arnott la fixe à 60 livres. Bishop écrit que cette dernière estimation s'accorde avec ses propres mensurations de la surface articulaire du genou, chez la femme adulte, mais qu'elle

(1) Voir Ind. bibl., XXXV, p. 333.

(2) Voir Ind. bibl., XXVIÎI, p. 34.

(3) Voir Ind. bibl., IV, p. 415 et 416.

Girin.

est trop petite pour l'homme dont les genoux subissent de la part de l'air, une pression de 90 livres environ.

Malgré mes recherches, je n'ai pu obtenir sur les travaux du D^' Arnott de renseignements plus précis. J'ignore si les résultats obtenus furent publiés avant ceux des Weber, s'ils restèrent primitivement connus d'un petit nombre, quelles furent les méthodes de démonstration et les preuves fournies. Quoi qu'il en soit, les frères Weber paraissent avoir ignoré complètement les recherches du D'' Arnott et n'en doivent pas moins être considérés comme ayant découvert l'influence de la pression atmosphérique dans le mécanisme de l'articulation coxo-fémorale, et surtout comme ayant appuyé le fait sur des preuves solides.

Les faits énoncés par les frères Weber, qui, pour quelques auteurs, ont pris rang parmi les vérités les mieux établies, ont été vivement attaqués par d'autres. Parmi les adversaires de leur théorie, il faut compter tout d'abord M. Giraud-Teulon. En 1858, il nia énergiquement que les conclusions tirées de l'expérimentation cadavérique, puissent, dans le cas présent, s'appliquer au vivant et ne ménagea pas aux frères Weber d'ironiques arguments.

Dans l'article « Locomotion » du Dkt. encydop. des se. méd., écrit en 1869, M. Giraud-Teulon cite bien les Weber et discute quelques-unes de leurs propositions, soit pour les confirmer, soit pour les combattre. Mais il passe sous silence le principe même de leur théorie, c'est-à-dire l'influence de la pression atmosphérique sur l'articulation coxo-fémorale, influence opposée à celle de la pesanteur sur le membre abdominal.

Après les attaques très-vives, méritant peut-être une qualification plus accentuée, de R'L Giraud-Teulon con^ tre la théorie des Weber, ce silence pouvait être interprété comme une concession indirecte et semblait bien un retour à l'opinion combattue. Il n'en était rien, et M. Giraud-Teulon se charge lui-même de nous l'apprendre .

Trois ans plus tard, étudiant l'Essai expérimental sur la locomotion humaine, de -M. G. Garlet, et parlant de la théorie des Weber, il s'exprime en ces termes (1) : « Les relevés de M. Garlet achèvent l'ensevelissement d'une théorie fantaisiste jusqu'au délire, et à laquelle on a déjà consacré trop d'attention. »

a Après ces démolitions successives, il ne reste assurément pas grand'chose de bon dans leur volumineux et regrettable travail. Gela ne nous affectera pas outre mesure après les coups que nous lui avons nous-même portés. »

« Des théories de MM. Weber, nous n'avions, croyonsnous, laissé subsister que bien peu de chose; notre jugement avait même été qualifié de quelque peu sévère par un critique auesi élevé qu'impartial, M. Brown-Séquard. Gê travail, concluions-nous, est inexact dans ses points de départ, fautif dans ses calculs, erroné dans ses résultats numériques, et au moins inutile dans ses conséquences générales, »

Ges paroles contrastent singulièrement avec celles de M. le professeur Richet placées en tête de cette thèse inaugurale. Elles réclament une réponse et celle-ci doit être faite tout d'abord,

(1) Voir Ind. bibl., XVII, p. 814 et 815.

Je chercherai donc à établir en premier lieu, que l'influence de la pression atmosphérique, démontrée sur le cadavre par les Weber, est parfaitement applicable au vivant. J'exposerai les arguments invoqués contre elle par M. Giraud-Teulon, M. B. Anger et M. le D' Hermann, professeur de physiologie à l'Université de Zurich.

L'influence de la pression athmosphérique étant admise en principe, il faudra préciser cette influence, évaluer la force. Or, trois éléments caractérisent une force : l'intensité, la direction et le point d'application. Les frères Weber ont bien indiqué l'intensité, mais le nombre donné ne peut qu'être approché, en raison des éléments choisis pour le calcul. Les méthodes indiquées par les auteurs qui suivent sont inexactes.

La dire(;tion, suivant laquelle agit la force que nous considérons, n'a pas été, je pense, indiquée par les frères Weber. Elle l'a été récemment, mais d'une façon accessoire et inexacte. Car elle a été supposée directement opposée au poids du membre abdominal, ce qui est faux.

En raison de la symétrie des surfaces articulaires, il est naturel de penser que la direction de la force considérée doit passer dans le centre de l'article, et ce point peut en être choisi comme le point d'application. Nous verrons qu'il en est ainsi.

Après avoir évalué la pression atmosphérique dans son action sur l'articulation coxo -fémorale, il conviendra d'examiner l'effet utile de cette force, ce que devient le poids du membre inférieur, s'il est supprimé ou simplement diminué. Nous devrons considérer trois cas : 1° L'altitude est celle à.laquelle nous vivons, c'est-à-dire

voisine du niveau de la mer ; 2° L'altitude est élevée, mais accidentelle et transitoire, comme dans les ascensions sur les hautes montagnes, le Mont-Blanc, par exemple ; 3° L'altitude est élevée et permanente.

Pour ces recherches, j'aurai besoin de connaître l'inchnaisonde l'axe de la cavité cotyloïde. Cette inclinaison n'a pas été signalée, à ce que je crois, je la déterminerai donc. Je déterminerai de même la position de cet axe par rapport à un plan vertical connu, qui nous servira de méridien, et nous connaîtrons alors la position dans l'espace, au moment de la station verticale, de l'axe et du plan d'ouverture de la cavité cotyloïde.

Le chapitre suivant sera consacré à l'exposition de recherches expérimentales faites sur le cadavre.

Les résultats des mensurations effectuées directement et ceux qui en auront été déduits par|le calcul, ou obtenus par l'expérimentation, seront donnés par deux tableaux.

J'ai été obligé de m' adresser au raisonnement mathématique. Il pouvait seul conduire à des résultats précis. 11 est, du reste, parfaitement applicable à l'articulation coxo-fémorale, qui est un mécanisme véritable, et un mécanisme éminemment parfait. Il ne suppose que la connaissance des notions élémentaires de géométrie et de mécanique que l'on nous demande au début de nos études. Des figures en assez grand nombre et qui, je l'espère, ne sembleront pas trop compliquées, aideront à l'intelligence du texte. Dès que l'explication ou la démonstration d'un fait deviendra trop technique, celui ci sera simplement exposé, et le développement nécessaire sera renvoyé dans une note à la fin du mémoire.

' Pour n'avoir pas à répéter trop souvent les indications bibliographiques, le renvoi du bas delà page donnera un numéro d'ordre, en chiffres romains, et l'indication de la page. Le numéro d'ordre correspond à un numéro semblable de l'index bibliographique, à la suite duquel se trouvent tous les renseignements nécessaires.

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