CHAPITRE PREMIER
Objections faites a la théorie des frères Weber. — Réauté de l'influence de la pression atmosphérique
DANS LE MÉCANISME DE l'aRTICULATION COXO-FÉMORALE , • SUR LE VIVANT COMME SUR LE CADAVRE. .
Les objections faites à la théorie des frères Weber sont de trois espèces principales. Les unes reposent sur l'expérimentation cadavérique et la vivisection : ce sont celles de M. R. Anger. Les autres, soulevées par M. Giraud-Teulon, sont d'ordre purement rationnel, et l'auteur y invoque une différence essentielle de l'articulation coxo-fémorale, pendant la vie et après la mort. Les dernières, celles du professeur Hermann, donnent du phénomène une interprétation différente, et substituent la simple adhésion à la pression atmosphérique. Je les examinerai successivement.
Article premier. — Objections de M. B. Anger.
« Il n'y a pas, d'après nous, d'analogie suffisante entre un fémur ou un fragment de fémur pendu à la cavité cotyloïde et le membre inférieur adhérent au bassin. Voici du reste une expérience que., nous avons exécutée et répétée bien souvent devant les élèves, à l'amphithéâtre d'anatomie des hôpitaux; un cadavre, est pendu par le bassin dans une position verticale, les membres inférieurs pesant de tout leur poids. Avec un couteau à amputation, nous divisons circulairement les chairs de la hanche jusqu'à la capsule, puis nous incisons la capsule; immédiatement le membre inférieur tombe. Donc la pression atmosphérique ne Ta pas maintenu ;' l'expérience est effectuée dans les conditions de la vie et nous paraît très-probante » (1).
Le défaut d'analogie signalé n'existe pas. Si l'on enlève un segment du membre, les conditions de l'expérience varient sans doute ; mais le changement porte; exclusivement sur le poids du segment mobile de l'articulation coxo-fémorale. L'expérience conservera les mêmes caractères, aura la même signification. Nouâpouvons du reste la rendre identique à ce qu'elle était d'abord en attachant au fragment supérieur du membre, le fragment inférieur, ou même en remplaçant ce dernier par un poids équivalent. Quelle que soit l'étendue du segment retranché au membre inférieur, eé retranchement modifiera l'expérience qui cessera d'être" identique, mais non au point de détruire l'analogie qui restera parfaite.
D'un autre côté, le reproche fait aux frères Weber d'employer dans leurs expériences, des fragments de fémur pendant à la cavité cotyloïde n'est pas fondé. Ilsl
(1) Voir fnd. bibl., I, p 918 et 919.
ont expérimenté tout d'abord avec des membres intacts et adhérents au bassin.
A ces expériences, celles de M. B. Anger sont directement opposées, et les unes doivent nécessairement remplacer les autres. Celles des Weber sont positives, celles de M. B. Anger négatives. Or, un nombre quelconque d'expériences négatives ne pourra supprimer une seule expérience positive, faite régulièrement. Entre ces deux opinions contradictoires, l'hésitation n'est pas permise, le doute n'est pas possible.
L'expérience classique des frères Weber n'est pas toujours facile à réussir ; surtout en conservant dans son entier le membre abdominal, qui représente alors un pendule assez long* dont il n'est pas facile d'empêcher les oscillations. Je l'ai répétée plusieurs fois, en ayant soin d'amputer la cuisse un peu au-dessous destrochanters. Un plateau de balance était suspendu au segment conservé du fémur et pouvait recevoir des poids. J'incisais, avec un couteau à amputation et circulairement, toutes parties molles de la hanche, depuis la peau jusqu'à la capsule inclusivement. Souvent, j'entendais alors le ^sifflement caractéristique qui m'annonçait la pénétration de l'air entre la tête fémorale et sa cavité. Le segment ne tombait pas, parce qu'il représentait un poids assez faible. J'ajoutais alors des poids dans le plateau, successivement et avec précaution. Quelquefois les surfaces articulaires se séparaient sous l'influence d'une charge inférieure au poids du membre abdominal. Màis d'autres fois, lorsque les précautions avaient réussi, que l'air, n'avait pas pénétré dans l'article, j'obtenais un poids bien supérieur. C'est ainsi que la capsule ayant été
entièrement incisée, la tête fémorale a pu rester adhérente à la cavité cotyloïde, pour une certaine position du bassin,- bien qu'elle fût sollicitée à descendre par un poids voisin de 50 kilogrammes, c'est-à-dire égal à cinq fois environ le poids du membre abdominal.
J'oppose ce dernier fait aux paroles suivantes de M. Anger : a L'expérience bien connue des frères Weber démontre peut-être que la pression atmosphérique a une certaine influence ; mais cette force représente-t-elle la centième partie du poids des membres inférieurs? (1)
a Nous avons joint du reste, dit-il encore, à l'expérimentation cadavérique, les expériences sur les animaux vivants ; c'est ainsi que nous avons perforé le fond de la cavité cotyloïde chez des chiens, donnant ainsi un libre accès à l'air, ce qui n'a en rien modifié les conditions d'équilibre » (2).
En perforant le fond de la cavité cotyloïde, on n'y fait pas pour cela pénétrer l'air nécessairement. La pression atmosphérique ne s'exerce pas davantage sur la surface intra-cavitaire de la tête fémorale, si ce n'est au niveau de la perforation qui peut être très-étroite. L'action de la pression atmosphérique sur la portion extracavitaire se trouve donc diminuée, mais nullement supprimée. Sur le cadavre, j'ai perforé plusieurs fois par le petit bassin, le fond de la cavité cotyloïde. En évitant toute propulsion et toute pression sur la tête fémorale, les surfaces articulaires ne se séparaient pas, bien qu'elles fussent sollicitées aie faire par le poids du membre. J'élargissais alors la perforation et diminuais ainsi l'ef-
(1) Voir Ind. bibl,, I, p. 117.
(2: VoirTnd. bibl., I, p. 920.
fet utile de la pression atmosphérique, de la même façon que s'il s'était agi de deux plaques exactement c.ontiguës sans interposition de bulles d'air.dont l'une serait évidéeprogressivement à sa partie centrale. A un moment donné, la surface de contact des deux plaques devient très-petite et la pression atmosphérique agissant sur cette surface seulement, devient insuffisante pour maintenir la plaque inférieure restée entière, qui tombera sous l'influence de la pesanteur demeurée constante. De même, le membre inférieur tombait, lorsqu'une certaine étendue de la surface intra-cavitaire de la tête fémorale, se trouvait soumise au contact de l'air à travers la perforation du fond de la cavité cotyloïde.
Les vivisections de M. Ange r ne sont donc pas contraires à la théorie des Weber.
Avant d'exposer de nouvelles objections, estimant que les expériences fondamentales doivent être admises sans opposition, nous devons examiner comment il faut inpréter l'action de la pression atmosphérique sur l'articulation coxo-fémorale.
Art. 2°. — Interprétation dé [influence de la pression atmosphérique sur [articulation coxo-fémorale pendant la vie.
La pression totale que l'homme supporte, à cause du poids de l'air, est estimée à 18 077 kilogrammes environ, par M. le professeur Gavarret (1). Il est évident qu'elle ne saurait être assimilée, ni à un fardeau à supporter, ni à un poids à soulever, ni à une force quelconque qui nous
(l)Voirlnd. bibl., XII, p. 136.
pousserait soit dans un sens, soit dans un autre.' La vérité est que nous restons en repos, en équilibre, sous l'influence do cette force considérable, supérieure. au poids d'une locomotive, et qu'il ne faut pas chercher les effets de la pression atmosphérique dans un mouvement de totalité imprimé à notre organisme.
Ses effets sont d'un ordre différent. Ils se traduisent par la condensation des éléments du corps humain. Cette condensation est évidente pour les fluides gazeux, par exemple les gaz intestinaux. Elle existe également pour nos éléments liquides et solides, mais à un degré beaucoup moindre; car, sous ces deux dernières formes, la matière est infiniment moins compressible. De même que, dans une masse liquide, les couches les plus inférieures sont aussi les plus denses, en raison de la pression exercée sur elles par les couches supérieures ; de même le corps humain, soumis à des pressions extérieures très-différentes, verra son volume varier, I'b masse restant constante, en sens inverse des pressions. Il se dilatera si la pression* diminue ; il subira une certaine condensation de la part d'une pression très-forte. Ces variations de volume ne sauraient être observées, si ce n'est pour les gaz intestinaux ; mais pour rester inaperçues, elles n'en sont pas moins indéniables.
il en est de même pour les effets de la pression atmosphérique sur les articulations. L'influence de cette force pendant la vie ne saurait être constatée directement. Mais étant donnés les résultats de l'expérimentation cadavérique, le raisonnement nous montrera qu'ils sont de tous points applicables au vivant.
Les tissus sont, au point de vue qui nous occupe, de
deux espèces : ceux qui transmettent parfaitement la pression atmosphérique; ceux qui ne la transmettent pas. Les premiers comprennent l'ensemble des parties molles, et surtout le liquide sanguin. Celui-ci est véritablement le régulateur des pressions intérieures. Partout où elles tendent à diminuer, comme dans les oreillettes, lorsque leur diastole coïncide avec un mouvement d'inspiration,ou sous la peau qui supporte une ventouse, le liquide sanguin afflue aussitôt et remplit en excès les canaux dans lesquels il circule normalement, jusqu'à limite d'élasticité de leurs parois. Cette élasticité est quelquefois même vaincue : la paroi se déchire et le sang extravasé produit une ecchymose. Sous quelle influence le sang afflue-t-il instantanément dans une région du corps oiî la pression extérieure diminue ? C'est sous l'influence de cette même pression qui continue de s'exercer sur la peau des régions environnantes et par suite sur les liquides sous-jacents ; les met aussitôt en mouvement et dirige le courant vers le point oii la pression extérieure est devenue moindre.
11 n'en sera plus de même si la pression extérieure, au lieu déporter sur une surface dépressible et élastique comme celle des téguments, s'exerce sur un plan résistant comme le tissu osseux. Considérons l'os iliaque. La face de cet os, formant paroi du petit bassin, subit la pression extérieure par l'intermédiaire des téguments et des viscères qui l'en séparent. Cette pression est-elle transmise à la face opposée? Evidemment non; car l'os iliaque n'est ni dépressible, ni élastique, et résiste parfaitement. Hâtons-nous dédire que la face opposée subit elle-même une pression équivalente de la part des par-
ties molles de la hanche et de la tête fémorale. L'os reste en repos sous l'influence de cespressions égales et contraires.
Supposons maintenant que la tête fémorale soit écartée de la cavité cotyloïde, l'écartement ne dépassant pas quelques millimètres, de telle sorte que le bourrelet cotyloïdien, la capsule et les parties molles ambiantes restent appliquées, comme de coutume, sur la tête fémorale et ne s'infléchissent pas sous l'influence de la pression extérieure, pour pénétrer dans le sillon ouvert entre le rebord cotyloïdien et la tête articulaire, et bomber dans dans l'espace laissé libre avec tendance au vide. Cet espace ne contient que de la synovie dont une partie s'est vaporisée instantanément. La portion intra-cavitaire de la tête fémorale reste donc soumise à l'action de cette vapeur. Celle-ci, comme nous le verrons plus loin, possède une tension très-faible.
L'os iliaque subit donc une pression presque nulle du côté de la cavité articulaire, et la pression barométrique ordinaire au point correspondant de la face située dans le petit bassin. Quoique soumis à ces pressions inégales, il ne s'incurve pas vers la tête fémorale et conserve sa forme, en vertu de sa résistance à la façon d'une voûte. De son côté, la tête fémorale est partagée en deux moitiés : l'une intra-cotyloïdienne, qui subit exclusivement la tension de la vapeur synoviale, puisque la cavité cotyloïde la recouvre à distance, empêchant l'action des parties molles et, par suite, la transmission de la pression extérieure ; l'autre, extra-cotyloïdienne, adhérente au col du fémur, et recevant la pression atmosphérique par l'intermédiaire des parties molles de.
tout le membre inférieur. Soumise à des forces inégales, la tête fémorale, entraînant avec elle le membre inférieur, tend à se rapprocher de la cavité cotyloïde et la lorce nécessaire pour s'opposer à ce mouvement sera précisément égale à la différence des pressions extra et intra-cotyloïdienne.
Au moment où les surfaces articulaires sont maintenues à distance par une certaine force, que celle-ci soit supprimée. Si le fémur reste solidement fixé, nous pouvons concevoir que la cavité cotyloïde de l'os iliaque, entraînant avec elle le reste du corps, vienne s'appliquer sur la tête fémorale. Si au contraire l'os iliaque est fixé et le membre laissé libre, la tête fémorale rentre immédiatement dans sa cavité, en produisant le bruit caractéristique indiquant qu'une luxation est réduite. De même, quand le piston a fait le vide dans un corps pompe, le piston descend dans le corps de pompe, ou le corps de pompe remonte sur le piston, dès que l'une des deux parties de l'instrument reste seule fixée et l'autre est laissée libre.
La force que nous avons dû employer, pour maintenir les surfaces articulaires écartées, est précisément la même qui s'oppose à la production de cet écartement. Lorsque le contact est rétabli, cette force est évidemment restée la même ; seulement, au lieu de produire le mouvement de la tête fémorale vers la cavité cotyloïde, elle détermine la pression de la première sur la seconde, car elle est neutralisée par la résistance de la cavité cotyloïde, et la tête fémorale reste en équilibre. Nier l'influence de la pression atmosphérique dans ces conditions serait prétendre que les corps en repos sur un plan ré-
sistant ne pèsent pas, que l'articulation coxo-fémorale ne subit aucune pression par le fait de la pesanteur du membre abdominal puisque celui-ci ne l'abandonne pas, ne tombe pas.
Concluons que : Dans son action sur r articulation coxofémorale^ la pression atmosphérique possède une intensité égale à la différence entre la pression normale^ mesurée par une colonne de mercure de 76 centimètres, et la tension de vapeur de la synovie^ à la température du corps humaiîi.
J'ai supposé tout à l'heure, pour rendre sensible l'action de la pression atmosphérique, un écartement de quelques millimètres entre les surfaces articulaires, puis montré que cet artifice n'est pas indispensable. Du reste , ma supposition était légitime. Les anatomistes ont démontré la laxité de la capsule fibreuse. Elle est nécessaire au libre fonctionnement de l'articulation ; car si la capsule était tendue entre ses points d'insertion, elle s'opposerait à tout mouvement. En ouvrant largement le fond de la cavité cotyloïde par le petit bassin, j'ai vu que la tête fémorale s'abaissait, en suivant à peu près l'axe de la cavité, que la capsule et les autres parties molles de la hanche permettaient, entre le sommet de la tête fémorale et celui de la cavité coty- ,loïde, un écartement d'un centimètre au moins.
Art. 3*. Objections de M. Giraud 'Teuton. Parlant des théories de la marche exposées par les frères Weber ; cet auteur s'est exprimé en ces termes (1) :
« Tout se contredit à plaisir dans ces malheureuses théories, Car ce sont des théories, des théories préconçues. Toutes ces pror
(1; Voir Ind. bibl„ XV, p. 2îb-2iS.
positions se rattachent à deux expériences curieuses, mais parfaitement mal interprétées des mêmes auteurs.
« On connaît les expérimentations auxquelles nous faisons allusion ici : celles dans lesquelles ces expérimentateurs ont montré que la tête fémorale était maintenue en parfait et absolu contact avec la cavité cotyloïde, par la seule pression atmosphérique, -sur le cadavre.
« Ne songeant pas qu'il pourrait en être tout autrement sur le sujet vivant, où les liquides de l'économie ont un certain rôle à jouer dans cette question, ils ont un peu trop vite conclu de l'un à l'autre. En ces matières, en physique physiologique, le mort ne saisit pas le vif.
« Dans un autre travail, nous fondant sur le résultat des expérimentations les mieux acquises à la science (en particulier sur celles de M. J. Guérin), sur les conséquences qui logiquement devaient en être déduites, sur nos propres expériences à nousmême, nous avons démontré que:
!• La tension des liquides sous-cutanés de la sérosité intercellulaire devait nécessairement être un peu supérieure (supposons-la simplement égale) à la pression atmosphérique ambiante ;
2° Que dans les cavités séreuses au repos, ou pendant de faibles glissements des deux feuillets opposés, la pression devait être de quelques millimètres inférieure à celle des couches immédiatement voisines ;
3° Mais que dans de grands mouvements,cette différence devait s'accroître et pouvait aller jusqu'à un ou deux centimètres, au maximum et pour peu de temps, une si grande inégalité amenant bientôt une exhalation suffisant à rapprocher les termes de cette disproportion.
« L'opinion théorique de MM. Weber suppose, elle, que la pression atmosphérique, s'exerçant à travers les parties molles (de dehors en dedans), applique celles-ci sur les os,comme une cloche sur la table de la machine pneumatique. Elle ne tient pas compte de ce fait fondamental, que cette pression ne se communique à la surface d'un os que par une suite, une succession de pressions s'équilibrant l'une l'autre, au moyen des fluides qui remplissent tous les vides et circulent dans tous nos tissus. De telle sorte que la couche osseuse, qui se trouve pressée en une certaine direction, éprouve de la couche liquide voisine une pression égale et opposée. Ces physiologistes raisonnent comme si, pour eux, la pression sur
la substance osseuse, au fond de la cavité cotyloïde et .-eus la synoviale, était différente de celle éprouvée par le même os, à l'intérieur du bassin, à quelques millimètres du premier point.
« Nous n'avons pas besoin de protester contre cette doctrine; elle se frappe elle-même. Il n'est pas contestable que la tension des liquides, sous la synoviale et au fond de la cavité cotyloïde, ne soit identique à la pression de l'autre côté de la lame osseuse; cardes capillaires très-nombreux rampent également des" deux côtés et communiquent entre eux de mille manières.
« iMais où il y a une différence possible de pression, c'est dans la cavité séreuse, la synoviale articulaire. Là, pendant de grands mouvements, une ditlïerence de pression peut s'observer entre la surface interne de la séreuse et sa surface externe. Mais celte différence ne saurait dépasser quelques millimètres; mettons, si l'on veut, un à deux centimètres au maximum.
« De là à 76 centimètres de pression, il y a, non pas une différence, il y a un monde, un abîme, un gouffre,
« Les oscillations de quelques millimèires sont concevables, comme étant propres à favoriser l'exbalation des fluides nécessaires à la lubréfaction des surfaces mobiles ; elles se lient à la ^^tructure intime des séreuses^ elles sont une exception motivée à la loi des communications successives des tensions des fluides dans l'organisme vivant.
Mais la supposition d'un vide réel dans l'articulation, ou ce qui revient au même, d'une différence de 76 centimètres de pression, entre l'extérieur de la capsule articulaire et l'intérieur de la synoviale, c'est le renversement de tout principe de physique pliysiolo gique. Comment, avec une diminulion de 7 à 8 centimètres sous une ventouse, nous faisons craquer noire épidémie, rompre, des vaisseaux sanguins d'un volume très-appréciable, et nous pourrions supposer 76 centimètres de différence entre le dehors et l'iniérieur de la capsule! — Mais c'est la négation de toule idée physiologique.
« Qu'il en soit ainsi sur le cadavre, c'est à merveille. Tout est chat)gé dans ce cas ; les vaisseaux ne contiennent plus de liquide ou celui qu'ils renferment est coagulé. Tout au moins, ne laissentds plus exhaler de vapeurs. D'autre part, la contractilité du systerne moteur de ces liquides est éteinte. On a alors en présence deux surfaces listes et gluantes à une température où la tension des vapeurs est excessivement faible. Il n'y a rien de surprenant à Girin.
ce qu'elles se comportent, comme nous voyons que e font deux plaques de marbre poli, huilées, et dont on a appliqué hermi^iiquenieiit les surfaces, eu cliassaiit soij,fneusemenl l'air au moyen du glissement de l'une sur Taulre. »
Je ne sais si les pages précédentes entraîneront la conviction dans l'esprit d'un lecteur, même le plus impartial. Quant à moi, obligé de suivre pas à pas cette argumentation longue et difîuse, je n'ai éprouvé tout d'abord qu'un sentiment pénib'e de profonde obscurité. Je me suis toutefois efforcé de comprendre et je ne crois pas y avoir complètement réussi.
Il me semble que M. Giraud-Teulon déplace le fond de la question et qu'il interprète à sa façon la théorie du maître, cette théorie qu'il veut combattre^ ou plutôt qu'il dira avoir contribué à démolir (1). Et d'abord, il attribue aux frères Weber la supposition d'un vide réel dans l'articulation coxo-fémorale. C'est là une assertion erronée. Aucun passage de leurs ouvrages ne fait croire qu'ils aient eu cette pensée. Loin de là, ils expriment formellement l'opinion contraire. « Il n'y a, disent ils, de vide nulle part dans la cavité cotyloïde » (2), Parlant de l'arrière- fond, ils écrivent : « La fossette ne laisse aucun vide ; car ce que le ligament rond ne remplit pas, l'est par de la graisse articulaire » (3).
M. Giraud-Teulon admet llnfluence de la pression atmosphérique sur le cadavre, mais nie qu'il en soit de même pour le vivant. La raison de cette différence est l'abolition de la contractilito du système moteur circu-
(1) Voir Ind. bibl., XVII, p. 814.
(2) Voir Ind. bibl., XXXV, p. 321.
(3) Voir Ind. bibl., XXXV, p. 325.
latoire et la coagulation du liquide des vaisseaux. Pour lui, la force intérieure qui l'ait équilibre à la pression ambiante, est la tension dans le système capillaire qui est, comme dans les veines et les artères, supérieure à la pression atmosphérique. Ce dernier fait est vrai, mais doit être interprété justement.
De ce que, un tube barométrique étant plongé, par son extrémité ouverte, dans le liquide sanguin d'un animal vivant, le mercure dépasse la hauteur normale de 76 centimètres, nous ne devons pas conclure que la tension intra-vasculaire ainsi constatée relève tout entière de la contra;tlilité du cœur, de la contractilité et de l'élasticité des canaux où le sang est propulsé. On exagérerait ainsi la valeur de la puissance motrice du système circulatoire, et le résultat obtenu deviendrait véritablement fantastique, si Ton mesurait de la même façon la tension des liquides intérieurs des animaux vivant dans les profondeurs de la mer. M. Alphonse Milne Edwards (1) nous parle de mollusques gastéropodes trouvés dans la Méditerranée à des profondeurs de 2,000 à 2,800 mètres, qui correspondaient à des pressions de plus de 200 atmosphères. M. W. B. Garpenter (2) a vu des dragages, effectués à la profondeur de 4,431 mètres, ramener des crustacés, mollusques et autres animaux inférieurs, qui supportaient la pression énorme de 472 kilogrammes par centimètre carré.
11 ne faut donc rapporter au système circulatoire, et c'est du reste l'usage suivi, que la quantité dont la tension des liquides intérieurs surpasse la pression atmo-
(1) Voir Ind. bibl., X. p. 157.
(2) Voir Ind. bibl., VI, p. 578.
sphérique; car il est évident que celle-ci s'exerce, à travers les téguments et par leur intermédiaire, sur les liquides tant intra-vasculaires qu'intercellulaires, et qu'elle continue à soutenir, pour une hauteur de 76 centimètres environ, le mercure du tube barométrique introduit sous les tég-uments. Or la hauteur de la colonne barométrique est de très-peu supérieure à 76 centimètres. « Un tube de Welter très-effilé , dit M. Giraud- Teulon (1), introduit avec les précautions détaillées dans le mémoire, par de fines ponctions sous la peau d'un lapin, nous a toujours révélé en dedans une pression de 8 à 15 millimètres de mercure supérieure à celle du dehors. »
Telle est donc la force que M. Giraud-Teulon oppose à la pression atmosphérique, et dont la disparition, avec la vie, expliquerait les résultais obtenus par l'expérimentation cadavérique. Il n'est pns nécessaire, je pense, d'insister sur le peu de valeur d'un argument qui, avec une force estimée à un ou deux centimètres, veut faire équilibre à une force de 76 centimètres.
Quoi qu'il en soit de la valeur de la tension capillaire et de ses causes, nous devons nous demander quelle sera la manière dont elle empêchera la pression atmosphérique de maintenir la tête fémorale appliquée dans la cavité cotyloïde. M. Giraud-Teulon veut que les tensions, au fond de la cavité cotyloïde et sur la face opposée de la lame osseuse, soient rendues identiques par les capillaires très-nombreux qui rampent également des deux côtés et communiquent entre eux de mille manières.
(ij Voir lad. bibl , XIV, p. 235.
M. Giraud-Teulon commet une erreur anatomique. Il estcerlain, et M. le professeur Richet (1) l'avait démontré bien avant la publication des « Principes de mécanique animale », que la cavité cotyloïde et la tête fémorale dans leur portion cartilagineuse ne sont pas revêtues d'une membrane synoviale, mais seulement d'une surface épithéliale, et que des capillaires ne sauraient exister entre les surfaces articulaires. Une pression vasculaire quelconque ne peut tendre à l'écartement de ces surfaces ; et dès lors aucune force ne s'oppose aux effets de la pression atmosphérique, autre que la tension de vapeur de la synovie interposée.
Quant à l'assertion , que la pression atmosphérique n'applique pas les parties molles sur Les os, parce que cette pression ne se communique à la surface d'un os que par une suite, une succession de pressions s'équilibrant l'une l'autre, au moyen des fluides qui remplissent tous les vides et circulent dans tous nos tissus , elle ne saurait être admise et les preuves invoquées lui sont parfaitement contraires.
Avant de terminer cette question, je rappellerai que M. Giraud-Teulon invoque les expériences de M. Carlet, et M. B. Anger celles de Duchenne, de Boulogne. Or, ni M. Carlet (2), ni Duchenne, de Boulogne (3), n'ont mis en cause la découverte fondamentale de Weber. Ils ont seulement attaqué les applications qu'ils ont faites de leur principe à la théorie de la marche. Ils ont démontré, contrairement à ce que les Weber avaient avancé,
(1) Voirind. bibl., XXIX, partie, p. 47.
(2) Voir Ind. bibl., V, p. 8.
(3) Voir Ind. bibl., VIII, p. 438 et 443. et IX, p. 357.
que. pendant le second temps de la marche, les muscles ne restent pas inactifs, que la pesanteur ne concourt que faiblement à l'oscillation physiolog-ique du membre, et que les contractions musculaires des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin, de la jambe sur la cuisse et du pied sur la jambe, forment la cause productrice réelle des mouvements du membre inférieur qui constituent le second temps de la marche.
Il y a loin entre prétendre qu'une déduction d'un principe est erronée, et déclarer faux le principe luimême. On ne peut donc se prévaloir, dans la discussion présente, du langage tenu par M. Garlet et Duchenne, de Boulogne, lequelse rapporte àun autre ordre d'idées. Pour éviter toute confusion semblable, je déclare que j'aurai exclusivement en vue, dans ce travail, l'état statique de l'articulation coxo-fémorale, et que j'étudierai seulement les forces auxquelles elle est soumise, tout en restant en équilibre, au repos.
Concluons donc que les arguments invoqués par M. Giraud-Teulon n'infirment en rien la découverte fondamentale des frères Weber, et que sur le vivant lui même les surfaces articulaires se comportent comme le font « deux plaques de marbre poli, huiiées, et dont on a appliqué hermétiquement les surfaces, en chassant soigneusement l'air au moyen du glissement de Tune sur l'autre. » Supposons, en effet, que les surfaces, au lieu d'être planes, soient l'une convexe, l'autre concave, et la première parfaitement emboîtée dans la seconde : l'analogie deviendra parfaite avec l'articulation coxo-fémorale, et sera même complétée par la présence d'une huile, destinée, il est vrai, à un usage différent, la synovie.
Art. 4°. Objections de M. le professeur Hermann.
Ce physiologiste déclare que le contact permanent, et aussi intime que possible, de deux surfaces articulaires, est assuré par : 1" L'adhésion des surfaces entretenue par une petite quantité d'un liquide visqueux et gluant (syno\'ie) qui se trouve entre les deux : 2° les ligaments; 3^ la tension des muscles. Puis il ajoute :
« Où avait, considéré jusqu'ici la pression de l'air et non l'adhésion (1), comme exerçant l'action principale sur les connexions articulaires, tout en essayant d'y ramener les phénomènes d'adhésion en gér)éral. Mais la pression de l'air ne contribue en rien à cette connexion (Rose), et il est facile de le voir du premier coup d'œil, si l'on réfléchit que i'écartement des faces articulaîres ne peut produire aucun vide. Ceci ne pouri ait avoir lieu que si la surface d'articulation avait la forme d'un tube cylindrique fermé; dans ce cas, I'écartement serait impossible sans que le vide se produise, et la pression de l'air aurait l'effet qu'on lui attribue ; mais on ne trouve point dans le corps d'articulation de ce genre. Si une articulation sphérique se détache sous la machine pneumat!(|ue (Weber), c'est qu'il se développe dans la synovie des g.iz qui écartent les surfaces articulaires et détruisent l'adhésion (E. Rose). Le même effet, produit par un trou pratiqué dans une articulation, s'explique également par l'action mécanique de l'instrument. »
Il n'est pas vrai que les articulations ne soient analogues et ne puissent être comparées justement à des tubes cylindriques fermés. Pour l'articulation du genou, par exemple, ne pouvons-nous considérer les surfaces articulaires comme les deux bases d'un cylindre, dont la paroi serait formée par la couche des parties molles, enveloppant, comme un manchon, les extrémités articulaires et passant de l'une à l'autre? Les deux bases sont
(1) Voirlnd. bibi,, XIX, p. 283.
parfaitement rigides, tandis que la paroi est souple et élastique. Supposons un écartement entre les surfaces articulaires, entre les deux bases adossées du cylindre. 11 y aura immédiatement une tendance au vide, et sous l'influence de la pression extérieure, nous verrons les parties molles s'enfoncer dans l'interligne, d'autant plus que la séparation sera plus considérable, jusqu'à ce que leur limite d'élasticité soit atteinte et fasse équilibre à la pression atmosphérique. Si alors nous abandonnons les surfaces articulaires à elles-mêmes, il est évident qu'elles se remettront en contact, et la force qui les sollicitait à se rapprocher ne sera pas détruite par ce contact. Son action changera seulement de caractère et deviendra pression au lieu de rester mouvement. De même un piston se mouvant dans un cylindre, une force, qui agit sur l'une de ses faces, ne cesse pas forcément quand le piston est arrivé au bas de sa course, mais devient latente à cause de la résistance qu'offre la base du cylindre à la face opposée du piston.
Nous avons, dans ce chapitre, art. 2% appliqué un raisonnement identique à l'articulation coxo -fémorale, et montré que, pour un loger écartement, la cavité cotyloïde peut-être assimilée à la base d'un cylindre, la tête fémorale à un piston, avec cette circonstance que la base du cyhndre et la face opposée du piston, au lieu d'être planes, sont des surfaces sphériques, parallèles et contiguës, ce qui ne modifie en rien les conditions mécaniques. Nous en conclurons que l'écartement des surfaces, articulaires produit véritablement une tendance au vide.
M. riermann explique la séparation des surfaces arti-
culaires sous la cloche de la machine pneumatique, dans une expérience des frères Weber que j'exposerai plus loin, par la production de gaz dans la synovie, lesquels écarteraient les surfaces articulaires en détruisant leur adhésion. Les gaz agiraient donc en raison de leur tension. Cette tension, quelle est-elle? Elle est représentée par le poids d'une colonne de mercure de 2 ou 3 centim. de hauteur, à la température où l'on expérimente. Elle mesurerait donc l'intensité de l'adhésion et celle-ci serait réduite à une valeur insignifiante. Ce n'est évidemment pas l'adhésion que l'on peut invoquer, pour expliquer le maintien des rapports articulaires sous la cloche de la machine pneumatique. Les surfaces articulaires se séparent, lorsque l'air est assez raréfié, pour que sa tension ne puisse faire équilibre à la tension de vapeur de la synovie augmentée du poids que représente le segment conservé du fémur. La tension de vapeur de la synovie ne saurait détruire l'adhésion, si cette dernière était capable de maintenir à elle seule les surfaces articulaires en contact, dès le début de l'expérience.
Il est un fait bien observé que la théorie de l'adhésion ne parviendra jamais à expliquer. Toutes les parties molles de la hanche étant incisées, si l'on a eu la précaution de sectionner la capsule, le plus près possible de ses insertions au col fémoral , en ajoutant des poids au membre inférieur, il vient un moment oii les surfaces articulaires se séparent et pourtant le membre ne tombe pas. On diminue alors la charge; le membre remonte et les surfaces articulaires reprennent leurs rapports avec un bruit de choc entendu à disLance. Au moment de la séparation, l'adhésion est donc vaincue, et le membre ne
tombe pas. Ce fait est en opposition formelle avec la théorie de l'adhésion. 11 s'explique, au contraire, très-bien par la théorie de la pression atmosphérique. Nous verrons, en effet, que celle-ci augmente d'intensité et prend une direction plus favorable, lorsque l'écartement de la tête fémorale ne permet plus le contact avec les parties molles de l'arrière-fond. La chute du membre inférieur se fait donc en deux temps : le premier comprend la séparation des surfaces articulaires, jusqu'à la cessation du contact entre les parties molles de l'arrière- fond et la tête fémorale; le second commence à cette cessation de contact et s'étend jusqu'à l'abandon complet de la cavité cotyloïde. Une force qui produit le premier temps peut, être incapable de déterminer le second, puisqu'alors les résistances ont augmenté.
Le rôle de substance adhésive que l'on veut faire jouer à la synovie n'est-il pas l'inverse de celui qu'elle remplit véritablement dans la mécanique articulaire? Sans doute c'est un liquide visqueux et gluant. Mais est-ce une raison d'en faire un mastic, un ciment? De dire qu'elle est capable d'empêcher les surfaces articulaires de se disjoindre sous l'influence de tractions s'élèvant à plusieurs kilogrammes? Lorsque deux surfaces contiguës sont réunies par une matière adbésive, celle-ci s'oppose, nonseuleraent à leur séparation directe , mais encore au glissement de l'une sur l'autre. Nous serions ainsi conduits à admettre que la synovie s'oppose au glissement des sufaces articulaires, lorsqu'elle a pour effet direct et immédiat de faciliter à un degré considérable ces glissemeriits, comme l'huile dont les mécaniciens se servent pour graisser leurs machines, incomparablement moins
parfaites que les mécanismes de l'organisme animal, et en diminuer le frottement.