IV. —— CHEZ LES ADULTES
A.— Statistiques recueillies dans les hépitaux
S 1. — Hôpitaux de Paris (M. Fernet)
M. Fernet a réuni des statistiques émanant des services de médecine générale de MM. Ballet (Hôtel Dieu), Galliard (Lariboisière), Jacquet (Saint-Antoine), Raymond (Salpétrière), Rénon (Pitié) et Syredey (Saint-Antoine).
Sur 677 décès, 15 relèvent de la syphilis comme cause principale, soit une moyenne de 2,22 0/0.
Ces 677 décès se répartissent suivant les sexes de la manière suivante (1) :
Hommes 365 décès 10 relevant de la syphilis soit 2,74 0/0 Femmes 312 décès 5 « «4 5e« 460 00
Les maladies les plus souvent relevées comme cause de la mort étaient la paralysie générale, le tabes, la méningoencéphalite ou la myélite scléro-gommeuse, l’'anévrysme de l'aorte, l’hémorragie cérébrale et le ramollissement, les hépatites, néphrites et laryngites syphilitiques, les syphilides malignes.
1. Ce qui confirme la répartition de la syphilis suivant les sexes que nous avons indiqués. Voir statistique danoise.
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S 2. — Hôpitaux de Toulouse (Prof. Audry).
Le professeur Audry, dans les registres de l'Hôtel-Dieu : et de l'hospice de la Grave, a relevé 4.013 décès survenus de 1897 à 1907. Parmi ces décès, 91 relèvent directement de la syphilis ; soit une proportion de 2,26 décès sur 400. Cette mortalité concorde d’une façon remarquable avec celle des hôpitaux de Paris.
Ces chiffres sont un peu trop faibles, car les aliénés ne sont pas reçus dans les services où ont été recueillies ces statisliques. Or, la proportion de décès relevant de la syphilis chez les aliénés est beaucoup plus considérable comme le prouvent les chiffres suivants :
A So line dans le service du professeur Joffroy, sut 63 décès (hommes et femmes), 25 surviennent chez des syphilitiques, soit 39,68 0/0.
A Bicêtre, dans le service de M. le Dr Séglas, sur 182 décès (hommes seulement), 85 relèvent de la syphilis comme cause principale, soit 46,61 0/0.
La cause dela mort est la paralysie générale presque seule.
$S 3. — Ville de Lyon tout entière (Prof. Augagneur).
En 1902 à Lyon on a compté 9.057 décès parmi lesquels le professeur Augagneur en attribue seulement 60 à la | syphilis. Ce qui fait une mortalité de 0,66 0/0 relevant directement de la syphilis.
Mais le calcul qui a servi de base à cette évaluation est
très discutable. Voici comment, d’après ses propres paro-
oo
les, le professeur Augagneur est arrivé à établir ce rapport: « A Lyon (1), en 1902, on a compté 9.057 décès répartis en 32 catégories de causes morbides dont une seule reuferme un nombre appréciable de morts dus à la syphilis. C'est le chapitre des maladies de l'appareil cérébrospinal. Ces morts ont été au nombre de 217. Quand nous aurons éliminé ce qui appartient aux néoplasmes cérébraux, aux maladies médullaires non spéciliques, que restetil pour l’ataxie, la paralysie générale, les syphilomes cérébraux et médullaires. ? Sur ces 217 décès, c'est faire une part excessive à la syphilis que lui en accorder un quart soit 54, mettons 60. Sur un total de 9.057 décès cela représente 0,66 0/0. Supposons que sur d'autres chapitres la syphilis ait une part inavouée, nous n'’atteindrons pas 1 0/0 du nombre total des décès. »
C'est vraiment par trop restreindre le champ de la mortalité par syphilis. Ne la reconnaitre que dans un quart des décès des seules maladies cérébro-spinales. Qu'on veuille bien s’en rapporter à la statistique des hôpitaux de Paris (p. 30) où chaque décès a été étudié en particulier pour voir que, sur les 15 cas desyphilis mortelle, on a rencontré au moins 5 Cas qui n’appartiennent pas à la syphilis nerveuse : hépatite, néphrite et laryngite syphilitique, anévrisme de l'aorte, syphilistes malignes. Enfin parmi les morts dues à une maladie du système nerveux il faut certainement en attribuer plus d’un quart à la syphülis :
M. le professeur Raymond (2)n'a-t-il pas dit que « la syphi-
1. Voir l'ouvrage de M. Louis Fiaux, loco citato, p. 137. 2. Cf. A. Fournier, Danger social de la syphilis. Paris, 1905, D: 110:
De
lis est l'étiologie la plus fréquente des maladies du système nerveux ».
Pour toutes ces raisons cette dernière statistique ne peut être utilisée, elle suppose connue la part de la mortalité qui revient à la syphilis dans chaque chapitre de la pathologie, alors que cette étude statistique est encore à
faire.
.B — Statistiques recueillies dans les ;
compagnies d'assurance $ 1. — Statistique de Runeberq
Runeberg (d'Helsingfors) examinant 734 décès de la compagnie d'assurance. ÆXaleva reconnait 84 décès comme relevant sürement de la syphilis, soit une proportion de 11,4 0/0.
Mais ce chiffre énorme ne peut être admis sans conteste, Blaschko, le professeur Audry sont d'accord pour trouver exagéré le nombre de maladies de cœur et d'apoplexies attribuées à la syphilis par Runeberg.
Voici comment se décomposent les 8 décès :
31 maladies de cœur diverses ;
px | maladies du cerveau et de la moelle :
22 paralysies générales ;
3néphrites chroniques ;
2 anévrismes et scélérose des coronaires ; 2 artério-sclérose ;
1 nécrose osseuse ;
1 hépatisation unilatérale du poumon ;
Li Qt 1 tumeur du cou.
«On ne voit réellement pas, dit le professeur Audry, comment M. Runeberg est autorisé à attribuer à la syphilis 31 décès par le cœur. Nous nous voyons donc obligé de conclure que le travail de M. Runeberg est complètement
inutilisable. »
$ 2.— Statistique de Parkes Weber
M. Parkes Weber, sur 500 décès d’assurés de la North British and Mercantile Insurance Company, en considère 30 comme suspects et 18 comme sûrement syphilitiques, ce qui fait une moyenne de 3,6 0/0 des décès dus à la syphilis, mais si l’on examine le tableau des 30 décès qu il considère comme nullement suspects de syphilis on trouve :
10 paralysies générales ; |
4 tabes ; 2 maladies de la moelle ;
1 ataxie avec paraplégie ;
3 ramollissements cérébraux (âgés de trente-neuf et quarante-trois ans ;)
1 apoplexie , 9 apoplexies cardiaques (dont 2 anévrysmes.) Il semble que cette fois l’auteur n’ait pas attribué à la syphilis tout ce qui lui revient, En attribuant à la syphilis l’ensemble des 30 cas, le pourceñtage monte à. 6 0/0. |
S3. — Statistique de Byrom Bramwell
Byrom Bramwell (à Edimbourg) sur 3.658 décès de la Scottich Widows Fund trouve :
EE
SAR RE 6 labes ;
92 paralysies générales ;
24 anévrysmes de l'aorte ;
soit un total de 82 cas de mort attribuables à la syphilis, ce qui fait pour ces trois maladies seulement 2,2 0/0 de décès. Mais l'auteur lui-même convient que ces trois maladies sont loin de constituer l’ensemble des décès qui relèvent de la syphilis. D'autant plus que la paralysie générale et le tabes sont beaucoup plus rares en Angleterre que dans le reste de l’Europe. Cette statistique dans laquelle ils rentrent dans une proportion de 1,58 0/0 du
nombre tolal des décès contribue à le prouver:
$ 4 — Siatistique de Blaschko
Blaschho à Berlin sur 5.574 décès de la Victoria trouve 295 cas de mort relevant seulement du tabes, de la para-
lysie générale et des anévrismes aortiques.
Soit 5,20/0 des assurés pour ces trois maladies seule-
ment.
$S 5. — Statistique de Kleinschmidt
Keinschmidt (à Elberfeld, Thuringe) examine 2.503 dé- <ès survenus parmi les assurés de la Vaterlændische Lebenverischerungs-Gesellschaft de 1872 à 1904 ; 155 de ces décès doivent être attribués à la syphilis, soit6,2 0/0. Cette proportion plus élevée encore que celle de Blaschko tient à ce fait qu’en plus des décès cansés par la para-
lysie générale, le tabes, les anévrysmes de l’aorte, il compte
Re ue les cas de maladie: cérébrale et de la moelle épinière (sans
diagnostic exact) au-dessous de cinquante ans et les cas
d’apoplexie cardiaque au-dessous de cinquante ans.
En résumé les statistiques receuillies dans les. milieux
Gr PA ° » AUTEURS hospitaliers donnent les chiffres suivants. qui indiquent la mortalité due à la syphilis comme cause directe, par rap-
port à la mortalité totale :
Férnet (Parsons SR TRE DRE 2,522 0/5 Audry (Toulouse). ........ RAA er Me 2, 26 0/0
Les statistiques receuillies dans les compagnies d’assu-
rance donnent les chiffres suivants :
Runeberg (Heélsingfors)............. JA 4 010 ParkeS: Weber is MINE RESTE 6, 0 0/0 Byrom Bramwell (Edinbourg)......... 2,12/0/0 Blaschko (Berlin). A A ten A A 5, 2 0/0 Kleinschmidt (Elberfeld} ..:.:..::.... 6, 2 0/0
Chez les adultes, la syphilis cause directement beaucoup plus de décès proportionnellement dans la clientèle des ; compagnies d'assurances . (clientèle riche) que dans la clientèle des hôpitaux (clientèle pauvre).
Ge que l’on peut expliquer de deux manières différentes : ou bien le nombre des syphilitiques parmi les riches est proportionnellement beaucoup plus considérable que parmi les pauvres, ou bien la syphilis est plus virulente chez les riches que chez les pauvres. |
Nous avons constaté dans notre premier chapitre
que la fréquence de la syphilis était plus grande dans les professions les plus favorisées de la fortune. Voyons dans
le chapitre suivant si la syphilis, ne se contentant d'y être plus fréquente, y est aussi plus grave.
Alexandre
une.