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CHAPITRE IV

Mortalité des syphilitiques comparée à la

mortalité normale

La plupart des calculs que nous avons entrepris jusqu'ici ne nous ont montré que les cas de morts attribuables directement à la syphilis, ceux qui relèvent des accidents secondaires, tertiaires ou para-syphilitiques. Mais à côté de ces dangers &ïrects de l'infection syphilitique existent les dangers indirects qui sont « pour nombre de cas la santé générale compromise, l'organisme débilité, la constitution défaillante et conséquemment les imminences morbides accrues en même temps que la résistance vitale amoindrie » (1).

Ce sont toutes ces causes directes et indirectes réunies, entrant en cause pour abréger la vie du syphilitique ; dont nous allons essayer d'apprécier l’action sur la durée de la vie comparant la survie en moyenne des syphilitiques,à la

survie normale que nous donnent les tables de morta-

lité (2).

«1. A. Fouruier. Traité de la syphilis, t. 1, p. 806.

2, La table de mortalité qui sert de base à tous les calculs suivants est la table dite « des 17 compagnies anglaises » adoptées dans la plupart des compagnies d'assurances sur la

vie.

Ce problème n’a aucun rapport avec les précédents ; aussi exige-t-il d’autres données.

Un certain nombre de syphilitiques peuvent mourir d'accidents syphilitiques ou parasyphilitiques sans que leur vie soit abrégée pour cela ; tels sont les tabétiques. Le professeur Pierre Marie a démontré que le tabes n’abrégeait pas la durée de la vie.

D'autres, au contraire, meurent plus tôt, parce que leur force de résistance a été usée par la syphilis, sans pour cela que l'accident terminal soit de nature syphilitique.

Il nous suffit de connaître l'âge du malade au moment de l'accident primitif et au moment de la mort pour mesurer cette abréviation dela vie.

Mais il faudra que le nombre de sujets examinés soit considérable pour que nous soyons en droit de rattacher à la syphilis les différences observées ; tant de causes, en effet, peuvent ajouter leur action à celle de la syphilis que cest le grand nombre seul qui peut neutraliser en partie l'influence de ces facteurs secondaires.

Dans les statistiques des compagnies d'assurance on n’a pas pu tenir compte de la date de l'accident primitif, parce que cette date est presque toujours ignorée. Le calcul de probabilité de la survie partira donc dans ses statistiques non de la date du chancre mais de la date de l'entrée dans la compagnie d'assurance.

Nous avons ramené les résultats à un type unique employé dans toutes les compagnies d'assurance pour faciliter les comparaisons.

On suppose que, pour un groupe donné, la mortalité

normale est de 100. Si la mortalité s'élève au-dessus de la

normale, le degré de cette surélévation est indiqué par un nombre plus élevé que 100. Supposons que ce nombre soit 130, il signifie que 120 personnes du groupe sont mortes quand il n'en devait mourir que 100, autrement dit

que l’heure de la mort a été avancée pour 30 personnes,

S L. — Statistique de Matthes (Xéna)

Matthes a fait le calcul suivant sur 567 malades de sa clinique qui lui ont fourni les renseignements désirés. Sur ces 567 malades il devait en mourir pendant la durée de l'observation, 86, mais il en est mort 149, la surmortalité à | donc été de 173,28.

$ ne Statistique de Waldvogel et Sussenquth (Gættingen)

Sur 268 malades de leur clinique, le nombre de morts calculés pour la période d'observation devait être de 83, mais il est monté à 107 ; la surmortalité a donc été de LS 0

La différence considérable entre la statistique d’Iéna et celle de Gœættingen est difficile à expliquer ; cependant nous avons vu déjà dans le chapitre IT (p. 45) que la statistique de Matthes où ne figure pas un seul cas de mort pour pleurésie ou pneumonie sur le grand nombre

de cas examinés devait être regardée comme suspecte.

$ 3. — Statistique de Tiselius (Stockholm)

Le D: Tiselius a pu réunir les observations d’un grand

nombre de compagnies d'assurances scandinaves. Cest

— Go —

sur un groupe de plus de 5.000 syphilitiques qu'il a fait ses calculs.

Dans ce groupe la mortalité aurait dû être de 660 mais elle a été de 848 : la surmortalité a donc été de 128,5. Nombre concordant d’une facon remarquable avec celui

de Waldvogel et Sussenguth.

$S4. — Statistique des trente-quatre Compagnies

d'assurances américaines

La société des actuaires d'Amérique à publié une statistique portant sur tous les syphilitiques dont la maladie avait été reconnue à l'entrée dans une des trente-quatre plus importantes sociétés américaines.

Sur plusieurs milliers de sujets ainsi examinés la mortalité aurait dû être de 297,9, mais elle a été de 397.

La surmortalité a donc été de 133,22. IL convient de remarquer pour cette dernière statistique que le nombre attendu 297,9 n'a pas été établi directement d’après la table normale, mais d’après cette table modifiée pour les cinq premières années quisuivent l'entrée dans l'assurance, Car on à établi que la mortalité des personnes ayant subune sélection médicale au moment de leur entrée dans l’assurance est inférieure, pendant les cinq premières années, à la mortalité des personnes, de même âge entrées dans

l’assurance depuis plus de cinq ans,

En résumé, si nous faisons abstraction du chiffre de Matthes que nous rejetons pour les raisons énoncées plus haut nous voyons que la surmortalité des syphilitiques est évaluée à : |

— Gr —

128,9 par Waldvogel et Sussenguth.

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