‹ Étude sur Alexandre Vinet;Chapitre 29 sur 29 · UTILITÉ D'ÉTUDIER LA CRITIQUE DE VINET · texte numérisé non relu

UTILITÉ D'ÉTUDIER LA CRITIQUE DE VINET

En arrivant au terme de cette élude, je conclus qa Vinet n'est pas apprécié parmi nous selon ses mérit» et que son système n*a pas exercé Tiafluence à laquell il avait droit. Il faut le regretter, car, sans souscrire* jugement de M. Schérer sur les causes qui ont empèch cet écrivain d'élite d'obtenir dans notre monde lilléraw une place d'honneur, on ne saurait le déclarer entiéremen faux. Parmi ces causes, il en est trois sur lesquelles il iosis! comme expliquant ce fait, mais qui n'en sont certaine ment pas la justification. Vinet ne serait pas populaire® France par le triple motif qu'il est étranger, protestante chrétien. Si cette affirmation est exacte, u'est-elle pas m reproche à notre adresse, et les préventions qu'elle noa attribue sont-elles de nature à nous faire honneur ?

Est-il vrai, est-il bon que la seule qualité d'étrange soit un titre à la défaveur devant notre jugement, et à parti pris croyons-nous devoir rejeter dédaigneusemwi toutes les influences venues du dehors? Notre histoir littéraire, celle de ce siècle en particulier, prouvera peut-être, en allant au fond des choses, que, si nou tenons à nos idées, nous ne refusons pas de nous inspira

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de celles d'autrui, mais que nous les faisons nôLres en les pénétrant de notre esprit. Il y aurait donc exagération à nous accuser de nous complaire dans l'illusion de notre supériorité par une naïve et frivole satisfaction de nous-mêmes. Mais ne sommes-nous pas enclins à considérer comme manquant de valeur, à traiter en retardataires ceux qui, ne partageant pas nos vues, refusent de se plier à la mobilité de nos impressions, et y a-t-il injustice à nous le reprocher ? Le blâme nous a été souvent adressé sur ce point, parce que le défaut est ancien. En rire ou ne pas y croire n'est pas le faire disparaître. Victor Hugo, en le glorifiant, ne change pas le fond dos choses ; les contradictions mêmes de son ardente admiration sont le reflet des imperfections de notre amour-propre national. D'un côté il s'écrie :

Oh I Paris est la cité mère, Paris est le lieu solennel Où le tourbillon éphémère Tourne sur un centre éternel.

Par une accumulation de magnifiques images, il décrit sa puissance attractive :

Paris, feu sombre ou pure étoile, Morne Isis, couverte d'un voile, Araignée à Timmense toile Où se prennent les nations,

puis son activité intellectuelle et civilisatrice :

Fontaine d'urnes obsédée, Mamelle sans cesse inondée Où pour se nourrir de Tidée Viennent les générations.

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Cette louange ne provoquîra-t-elle aucune espèce de restriction, et chez le poète lui-môine est-ce encore éloge quand il ajoute :

Paris, qui garde sans y croire Los faisceaux et les encensoirs, Tous les matins dresse une gloire.

Eteint un soleil tous les soirs.

Avec ridée, avec le glaive.

Avec la chose, avec le rêve, Il refait, recloue et relève L'échelle de la terre aux cicux.

Frère des Memphis et des Romos, Il bâtit, au siècle où nous sommes.

Une Babel pour tous les hommes.

Un Panthéon pour tous les dieux.

Ce splendide lyrisme exprime des sentiments profonds et vrais; néanmoins ces sentiments eux-mêmes ne sont-ils pas une démonstration de nos défauts aussi bien que de nos qualités ?

On ne niera pas que la France, dont Paris est le centre, et dans ces vers le symbole, ne soit un puissant foyer de civilisation. Au point de vue de Tart proprement dit, des sciences théoriques, de la littérature populaire, peut-être n'exisle-t-il pas de milieu comparable à Paris. Quelle que puisse être notre infériorité à d'autres égards, notre génie, national rappelle celui de la Grèce, au moins sur un point : il est admirable, il est unique pour la propagation des idées. L'histoire en oflfre un exemple extraordinaire et, à mon sens, décisif. La réforme se fait en Allemagne, elle demeure allemande ; elle se fait en Angleterre et

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deoieure anglaise ; mais elle se fait en France, et de là se répand en Suisse , en Hongrie, en Hollande, en Ecosse, aux États-Unis ; en sorte que si elle ne laisse chez nous qu'une chétive Église, cette Église, avec ses souvenirs de gloire et de misère, est moins Thumble sœur que l'aïeule vénérable des Églises réformées du monde entier. Mais à cette merveilleuse aptitude de prendre les choses et les idées par leur côté vraiment humain, de manière à les rendre universelles, n'unissons-nous pas le défaut d'oublier ou de renier ce que nous avons été souvent les premiers à établir et à exalter? Cotte promptitude à abandonner un enthousiasme pour un autre, et parfois à substituer idole à idole, est-elle une force et une grandeur? Avec la magnificence de ses métaphores, Victor Hugo Tempêchera-t-il d'être frivolité ? Prouvera-t-il que c'est ainsi que se réalise le progrès? N'y faudra-t-il pas toujours déplorer l'absence de fixité dans les principes, de profondeur dans les aspirations, de persévérante énergie dans les espérances? Pouvons-nous vraiment croire que ce soit là comprendre les expériences du passé et se montrer prêt à profiter de celles de l'avenir? Sans doute nous avons toujours la force de la pensée et de l'action, l'amour de la vérité et de la justice, et la mobilité qu'on nous reproche n'est point telle que le bon sens et l'esprit de suite nous fassent défaut. Mais n'a-t-on pas le droit de dire qu'en tenant trop exclusivement compte de nos idées, en obéissant avec trop d'irréflexion à nos instincts, nous donnons à notre confiance en nousmêmes et à notre ardeur les apparences de la vanité et

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do la légèreté ? L'esprit ne pèse-t-il pas parmi nous pie que la sagesso? Le respect des traditions ne ressemble-ti: pas h la routine, et Tamour de rindépendance ne^; confond-il pas trop souvent avec la vaine passion à changement ? Encore s'il n'y avait que les apparences: mais il y a les inconvénients, et nous sommes les premiers à en souffrir. Par habitude ou par indifférence, nous nous applaudissons de C3 que nous avons et de ce que nous sommes, nous ne nous figurons pas qu'il puisse y avoir mieux; ou bien, par découragement, nous ne voyons que nos misères, et, dénigrant même ce que nous possédons de meilleur, nous ne savons que condamner ce qni s'est fait et déclarer stérile ce qui se fera. Dans un seas comme dans l'autre, c'est renoncer au progrès, puisqac c'est le déclarer inutile ou irréalisable.

Là se manifestent l'avantage et l'obligation d'écouler les voix du dehors. Regardons à ce que pensent, à ce que font les autres peuples ; chez eux, nous n'avons pas loul à prendre, mais nous avons beaucoup à apprendre. Il ne s'agit pas d'imitation ou de reproduction servile: rien n'est grand que ce qui est personnel; un peuple doit vivre de sa propre vie ; mais une appropriation réfléchie peut faire réellement nôtre ce que rexpérience a proclamé ailleurs praticable et fécond. Dans tous les domaines, 1 nous retrouverons juste à certains égards ce que Sainte- Beuve a dit au point de vue de l'art : « Ces jugements ^étrangers qui nous choquent et nous scandalisent, la «première condition pour les réfuter en ce qu'ils ont »d'injusteet de faux, c'est de les connaître, de ne passe

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» boucher les oreilles de peur de les entendre ; ils sont xïsincères, ils ont leur raison et leur motif *.» Cette pensée généralisée nous fera comprendre qu'il y a des idées justes, des institutions utiles, des habitudes et des pratiques bienfaisantes, des doctrines salutaires hors de nos frontières. Des écrivains comme Vinet ne nous paraîtront plus alors des quantités négligeables ; leur étude ne nous semblera pas devoir demeurer improductive; leurs préventions, en heurtant les nôtres, nous appelleront à l'examen de nous-mêmes. Quand, en particulier comme chez Vinet, la rigueur du jugement aura toute la force de Timpartialité, quand la sévérité dans la divergence des vues - sera non seulement tempérée par l'affection, mais en aura Témotion et le charme, cette correction fraternelle qui nous offre une occasion de nous mieux connaître ne devra-t-elle pas attirer notre conQante attention ?

Le protestantisme de Vinet peut-il provoquer une plus légitime suspicion? Des idées strictement inhérentes aux doctrines de la Réforme ne sont pas celles de notre grand public. Les libres institutions sur lesquelles reposent les Eglises nées de ce mouvement religieux sont peu connues et peu comprises. On nous ignore un peu par notre faute, beaucoup par la faute des circonstances, qui ont fait de notre minorité un monde à part. Entrés sans arrière- pensée dans le courant moderne^ nous avons pourtant gardé nos vues et nos sentiments propres sur toutes choses. Nos divisions, bien qu'attestant l'énergie

* Nouveaux Lundis, VU, 217.

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do la vie individuelle, excitent les déflances ou le dédain. La pensée de Yinet étant la nôtre, il est naturel qu'on le confonde avec nous. Cette négligence à l'égard de nos principes est-elle pour cela bien justifiée ? Sans doute on ne saurait voir dans Torganisation protestante le remède à tous les maux. On peut accuser d'insuffisance l'œuvre du protestantisme et traiter d'illusion les espérances que ses fidèles font reposer sur lui ; ce n'est pas ici le lieode discuter ses imperfections ou d'excuser ses misères. D reste surprenant qu'on ne comprenne pas mieux Tinfluence bienfaisante que Tesprit protestant, esprit de foi aussi bien que d'examen, pouvait et devait exercer sur notre pays. Au siècle dernier, si nous avions eu une classe moyenne protestante, n'y aurions- nous pas trouvé un élément pondérateur qui nous a fait tristement défaut? la grande Révolution qui a marque la fin de cette période n'aurait-elle pas eu, par ce seul fait, un autre caractère ? Peut-ôtre le régime nouveau se serait-il fondé de lui-même sur un sol prôt à le recevoir ; du moins il est probable qu'on n'aurait pas vu se produire les excès violents et les réactions stériles qui ont suivi le premier ébranlement. Celte hypothèse a pour elle d'être dans la logique des choses. Notre théologie, plus large et plus spontanée, sinon plus rationnelle, eût été la rivale non l'adversaire de la philosophie ; notre méthode du libre examen se serait combinée avec les recherches de la science comme notre pratique du self govemment a,Yec le libéralisme politique; notre foi personnelle, s'aflSrmant sans s'imposer, aurait opposé une digue aux négations

irréfléchies etau scepticisme d^entrainement; la simplicité, la nudité même de notre culte aurait appris à distinguer la religion des pratiques, le dogme de la formule, la piété des traditions, et notre vigoureuse discipline morale aurait fourni à l'autorité aussi bien qu'à la liberté la base inébranlable de la conscience. Le fameux adage : L'ordre dans la liberté, trouve dans nos principes un allié naturel ; car nos Églises^ comme institutions temporelles, n'ont pour raison d'être que la liberté dans Tordre. Ce renversement des termes, pourvu que nous soyons fidèles à nos principes, nous représente comme dévoués au progrès dans le respect de tous les droits et par le développement normal de toutes les forces individuelles ; au progrès dans la vérité et par la vérité cherchée en tout et mise audessus de tout pour les peuples et pour les &mes.

Quand le représentant de ces saines et nobles idées, qui sont aussi des affections et deviennent comme une seconde nature, s'appelle Yinet, il me parait spécialement avoir le droit de se faire entendre. Les Français, catholiques ou philosophes, ont, à mes yeux, le devoir de se demander si les jugements qu'il a portés sur notre littérature, on faisant vibrer les échos du passé, en multipliant les avertissements pour le présent, ne donnent pas de salutaires leçons pour l'avenir. Si ses convictions protestantes l'ont conduit à démontrer que les résultats les plus riches et les plus sûrs obtenus par ce magnifique travail de l'esprit qui constitue notre histoire littéraire sont ceux qui sont nés de l'union du talent avec la force morale, que cette union est la vérité vivifiante, source de tout progrès

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durable, ce n'est pas seulement, quoiqu'il soit un protestant zélé, mais parce qu'il est un protestant logique, que Vinet doit jouir de plus de considération et avoir plus d'autorité. Sa foi Ta placé en dehors de nos lulles départis, et s'il est apprécié en Sui-se, il devrait Tétre bien autrement chez nous. Il répète à ses concitoyens ce que leur éducation leur a appris ; il nous oblige à réfléchir à ce que nous ignorons et peut-être ignorons voIodtairoment. Ceteffort de Tindividualilé qu'il réclame, esti! autre chose qu'une acceptation virile de notre responsabilité morale? Or c'est peut-être là ce qui nous manque le plus !

C'est que le protestantisme de Vinet est foncièrement chrétien ; sa foi est avant tout évangélique. Sainte-Beuve, Paul Albert, Saint-René Taillandier, ne s'y sont pas trompés et ont senti tout ce qu'il y avait, dans cette sereine conviction, de noblesse et de grandeur. Pourquoi donc serait-ce un motif de plus pour qu'il demeure incompris? Contrairement à la parole de saint Paul, sa piété n'aurait obtenu ni les promesses du présent ni cellos do Tavenir. Avec sa foi humble et fervente, sans orgueil pharisaïque, sans étroîtesse sectaire, sans rai-

deur théologique, mais qui recevait l'Evangile comme un fait divin parce qu'il y trouvait la réponse aux aspirations de Tâme humaine, Vinet n'a pas été dans la faveur de sa génération et n'est pas en crédit dans la nôtre. Ce n'est pas lui que je plains. Il y a certainement chez nous, soit dans le catboli-

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cisme, soit dans les écoles de philosophie, plus de religion qu'on ne se plaît à le dire; il y a surtout au sein des masses, soit qu'on s'adresse aux esprits cultivés, soit qu'on considère la foule, une piélé qui n*est pas seulement un héritage inconscient reçu par la naissance, mais une revendication impérissable des plus nobles instincts de notre être. La religion de la tradition n'est pas seulement entourée d'hommages, mais aussi d'affection ; sans m'y associer, je la respecte : elle prouve que Thommo se sent fait pour quelque chose de meilleur que ce qui périt et passe. La tradition n'aurait-elle d'autre effet que d'entretenir cet attachement et cette vénération pour les choses de la foi qu'il faudrait en tenir compte; jusque dans ses erreurs, elle répond à un besoin primordial do notre nature ; qu'on redresse l'arbre qui penche, qu'on émonde les branches parasites pour que la sève se gonfle en fruits au lieu de se perdre en feuillage, mais qu'on ne le déracine pas. La religion de l'imagination compte aussi de nombreux adeptes; le dilettantisme de Chateaubriand a bien des imitateurs ; le mysticisme vaporeux de Lamartine a toujours de puissantes séductions, et quand le cœur se mêle à ces émotions, à ces inspirations généreuses, elles sont touchantes. Enfin la religion de l'intelligence n'est pas rare non plus ; ce n'est pas une simple thèse de l'école que Dieu est la première des causes, le principe et la fin des existences ; le déisme de Voltaire et de Béranger fondé sur le bon sens, le rationalisme sentimental de Rousseau qui trouve son ravissement d'esprit et le charme de sa faiblesse à s'incliner devant l'Être

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des êtres, ont des représentants dans toutes les classes et ne sont pas près d'être reniés, je ne dis pas, par les masses populaires, mais par les esprits d'élite. lia religion naturelle, le besoin de Tidéal^ l'aspiration vers l'invisible, font aussi bien partie de notre nature que les affections du cœur, la soif de connaissance et le désir du bonheur.

Rien de tout cela n'est sans valeur ; mais d'ordinaire on ne va pas plus loin et la vie n'en est pas changée. Les pratiques et les habitudes sont trop extérieures, les aspirations de l'âme trop mobiles, les idées trop abstraites ; la conscience seule est vraiment une force de vie : centre de notre personnalité, substance de notre être moral, écho de la loi éternelle, elle nous transporte dans l'invisible ; on méconnaît son autorité, mais on ne la discute pas, et sous le nom de péché nous sentons tous le regret de lui avoir désobéi. Or la religion de Vinet est celle de la conscience.

Nous l'avons vu sous bien des formes, ce qu'il demande au moraliste, ce qu'il attend de l'écrivain, c'est qu'il fasse entendre cette voix . Corneille est admirable parce qu'il fait vibrer la conscience. Racine est le plus philosophe des poètes parce qu'en dévoilant le cœur il réveille la conscience ; ce qui l'attire vers Boileau, vers M"' de Staël, vers Victor Hugo, c'est la droiture, la sincérité, la profondeur de la conscience ; c'est la sublimité de la conscience qui lui révèle un Pascal sublime, tandis que ce qu'il blâme dans RabelaiS| Montaigne, Saint-Évremond, Baylo, La Fontaine; Voltaire, Rousseau, Château-

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briand, Lamartine, c'esl l'apathie ou les faiblesses de la conscience, engourdie dans la frivolité, abusée par les sophismes, étouffée par le doute, paralysée par l'orgueil ou trompée par le lyrisme. Reprocher à Vinet d'avoir trop insisté sur cet intérêt suprême, le blâmer d'avoir fait de ses études l'apologie d'une foi qui était sa vie et se défier de cette insistance comme d'une sorte de pro' sélytisme indiscret, à force d'être pressant, ce serait tomber soi-même dans une triste erreur. La conversion qu'il réclame est celle du cœur, que l'Évangile transforme, parce que l'Évangile est la lumière et la vie de la conscience. Se guider par son inQuence, se pénétrer de son esprit, ce n'est pas abdiquer ses facultés pour se plier au joug d'une autorité plus ou moins légitime, c'est entrer dans la plus sainte et la plus glorieuse des libertés, source et garantie de toutes les autres, la liberté du devoir. Ce principe chrétien, tel que Vinet a voulu l'appliquer à la littérature, demeure la plus haute expression de la vérité que l'âme humaine puisse concevoir. Vrai aujourd'hui, il le sera dans tous les temps, et jamais ne sonnera l'heure où l'on pourra s'en passer parce qu'il serait dépassé.

Qu'on dise donc de Vinet qu'il n'a été ni un puissant philosophe ni un écrivain hors de pair il est pourtant de ceux dont l'œuvre excite assez d'intérêt, apporte assez de profit et verse assez de lumière pour qu'on les place plus près du premier rang que du second. Qu'on dise qu'il a droit à l'estime plus qu'à la célébrité; on pourra néanmoins reproduire encore, pour honorer sa

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mémoire, une do ses propres paroles : c La gloire a ses )>élus]>. Mais si l'on ajoute après cela que, distingué en tout, il n'a été grand en rien, je répondrai que dans si vie et dans ses écrits il a été une grande conscien-e. Cola doit sufQre à garder son nom de l'oubli ; car dans ce domaine do la vio morale, inséparable de celui de la vie intellectuelle, on a le droit de lui appliquer la parole de Quintilien sur le grand orateur romain : <c Ille se Dmultum profecisse sciât, cuî ialis scriptor valdè plascuerit j>.

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