‹ Étude sur Béranger, le chansonnier patriote et républicainChapitre 2 sur 37 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Une étude sur Béranger ! Une biographie de Béranger ! En cette année 1908, à l'heure où les gloires vont plus vite que les morts de la ballade, cela semblerait un paradoxe et une gageure si Von ne savait que tout est inédit, tout est inconnu, tout est nouveau et que les « revenants » sont surtout fréquents en littérature.

L'excellent Jules Loiseleur, un érudit qui mérite de n'être pas oublié, m'a conté qu'étant bibliothécaire de la Ville d'Orléans, il vit entrer un jour {c'était pendant l'occupation allemande, souvenir lugubre) le général Von der Thann, chef de l'armée bavaroise, qui lui demanda :

— Est-ce qu'on vous réclame souvent, ici, à votre bibliothèque, les chansons de Béranger ?..

— Pas très souvent.

Von der Thann hocha la tête :

— Tant pis pour les Français de 1870, dit-il. Je suis le fils d'un soldat du premier Empire et mon père m'a appris les chansons de Béranger, les chansons de Béranger, c'est-à-dire lesprit, la gaieté, le patriotisme, oui, le patriotisme et il faudrait les chanter toujours ! La France a trop désappris Béranger !

Et — chose étrange — le général bavarois, le

vainqueur de Bazeilles, le vaincu de Coulmiers, fredonna devant le bibliothécaire étonné :

Gai ! gai ! serrons les rangs I En avant. Gaulois et Francs !

On pourrait suivre aujourd'hui le conseil de l'ennemi et relire et redire les chansons de Béranger. M. Ernest Chebroux, le bon chansonnier, le maître applaudi et dévoué des Fauvettes parisiennes, m'a demandé de lire le manuscrit de M. Eugène Vaillant qui fonda, à Rouen, la section de « l'Œuvre de la Chanson française » et d'en dire publiquement mon avis.

Cet avis, le voici :

« Ouvrez ce livre, lisez ce travail, apprenez « par cœur les refrains que cite et ressuscite le « biographie du bonhomme et vous aurez pris « en compagnie du Franklin de la Chanson, de « celui dont Chateaubriand saluait le grand front « et dont Lamartine admirait rame, une excel- « lente leçon d'histoire, de patriotisme et de li- « berté ! »

M. Vaillant a fait une œuvre utile en évoquant cette figure souriante, narquoise, passionnée aussi — passionnée pour la France et pour la liberté — du « chansonnier populaire » que les jeunes gens oublient ou méconnaissent peut-être niais dont un refrain, clair comme un chant d'alouette gauloise suffit à rappeler le souvenir :

Gai ! Gai ! serrons les rangs !

En avant Gaulois et Francs !

Jules Claretie.

De l'Académie Française.

Viroflay, 28 septembre 1908.

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