CHAPITRE VI
TROISIEME RECUEIL DE BERANGER. — NOUVEAU PROCÈS, POUR OUTRAGE A LA PERSONNE DU ROI, ATTEINTE A LA MORALE PUBLIQUE ET RELIGIEUSE. — RÉQUISITOIRE DE L'AVOCAT DU ROI. — LES CHANSONS POURSUIVIES. — DÉFENSE DE M* BAR- THE. — BERANGER CONDAMNÉ A NEUF MOIS DE PRISON, ET DIX MILLE FRANCS D'AMENDE. — LE PAYS PAYE L'AMENDE DU CHANSONNIER.
.Nous arrivons au troisième recueil de Béranger, dont l'Editeur, par prudence, avait fait imprimer à part, les chansons capables d'être poursuivies ; elles parurent plus tard, en 4e édition, et cette fois, le Parquet s'agita ! Voilà de nouveau le chansonnier poursuivi : 1° pour outrage à la personne du roi ; 2° pour atteinte à la morale publique et religieuse.
Ce procès fut jugé en police correctionnelle, et éperonna l'aiguillon du fameux Marchangy. La condamnation est rigoureuse : Neuf mois de cellule à la prison de la Force, et dix mille francs d'amende ; mais avec le dixième des frais judiciaires, la somme s'élèvera à 11.250 franc?, dont Béranger n'avait pas le premier sou !
Pour ce troisième procès, les célébrités de l'époque, écrivains, députés artistes, étaient dans
la salle ; dès neuf heures du matin, l'on s'écrasait aux portes.
A neuf heures et demie, Béranger entre à l'audience, accompagné de son avocat, Me Barthe, en même temps que lui pénètrent MM. Lafitte, général Sébastiani, Bérald, membres de la Chambre des Députés, M. Andrieux, professeur au collège de France ; Ton remarque le Prince de la Moskowa etc.. et de nombreuses dames élégantes et distinguées. A onze heures moins le quart, le tribunal de la police correctionnelle prenait séance, et le président rappelait au public que : « la loi défend tous signes d'approbation et d'improbation. L'auditoire doit garder le plus profond silence, les huissiers ont ordre de saisir et de détenir dans la maison de justice pendant vingt quatre heures, toute personne qui se permettrait des rires, des murmures ou des applaudissements. »
Après avoir demandé les nom, prénoms, profession de l'accusé, Me Ghampanhet, avocat du roi, prit la parole en ces termes :
Il y a sept ans, lorsque, traduit devant des jurés, et accusé par la bouche éloquente d'un magistrat enlevé trop tôt à la carrière du ministère public qu'il illustrait, le sieur de Béranger encourut une condamnation, juste mais modérée, pour des écarts d'une muse trop licencieuse, tous les bons esprits pensèrent que cet écrivain, corrigé par cette leçon, saurait désormais se prescrire la réserve que lui commandaient les lois, sa conscience et son propre intérêt ; mais loin de là, méprisant ou mettant en oubli un avertissement
qui eût dû être salutaire, il est retombé dans de nouveaux excès ; des vers bien autrement répréhensibles que ceux qui furent frappés de ia réprobation de la justice, le conduisent aujourd'hui devant vous, comme il le fut devant la cour d'assises.
Condamné alors pour avoir, dans ses rimes, outragé la morale publique et religieuse, il parait devant vous sous cette même prévention, et de plus, il doit répondre d'autres vers outrageants pour la religion de l'Etat, offensants pour la personne du roi, sa dignité, son gouvernement. Ainsi le temps et l'exemple ont été perdus pour le sieur de Béranger, qui n'a pas craint d'aggraver de nouveaux torts par le souvenir des premiers.
Pour justifier ces différents chefs de prévention, nous pourrions nous borner à vous dire, en vous présentant les vers incriminés : Prenez et lisez ; tous les délits nous paraissent manifestes et palpables.
Les huitième et neuvième couplets de la chanson intitulée « l'Ange Gardien », vous sont présentés comme renfermant deux délits : outrage à la religion de l'Etat, outrage à la morale publique et religieuse. En voici le texte :
Vieillard affranchi de regrets,
Au terme heureux enfin âtteins-je ?
— Oui, dit l'ange, et je tiens tout prêts De l'huile, un prêtre et du vieux linge.
— Tout compté, je ne vous dois rien, Bon ange, adieu ; portez-vous bien.
De l'enfer, serai-je habitant.
Ou droit au ciel, veut-on que j'aille ?
— Oui. dit l'ange, ou bien non pourtant. Crois-moi. tire à la courte paille :
— Tout compté, je ne vous dois rien, Bon ange, adieu : portez-vous bien.
Qui de nous, et nous nous adressons à tous ceux qui nous entendent ; qui de nous ne voit dans le colloque imaginé par Fauteur, dans cette chanson entre un mourant et son bon ange, une dérision Jetée sur cette doctrine de l'église catholique qui admet auprès de chaque chrétien l'influence mystérieuse et salutaire d'un esprit céleste ? Mais -ans nous arrêter à l'ensemble des couplets empreints d'un esprit d'irréligion qui ne saurait échapper a personne, fixez votre pensée sur le huitième couplet, l'un des deux seuls incriminés. et dites si l'auteur n'y a pas eu pour but de vers le ridicule sur un des sacrements, sur celui-là même que la religion, celle de l'Etat, offre à l'homme mourant comme un gage de réconciliation entre lui et le ciel. C'est donc ave- raison que l'organe du ministère public devant la cour a accusé le sieur de Béranger d'avoir, dons ée triste couplet, voué au mépris oe que nos dogmes religieux ont de plus respectable et de plus consolant.
L'outrage à la morale publique est non mo évident dans le neuvième couplet.
Qui ne voit, en effet, dans la réponse impie que l'auteur prête à son ange, un doute affreux je sur le dogme sacré el universel des peines et d récompenses futures ? disons mieux; sur le prin-
eipe éternel de la vérité dune vie à venir, car l'un de ces principes est la conséquence de l'autre,
Ainsi, dans des vers, qui sont bien à la portée de tous, quoi qu'on dise, (et nous l'établirons bientôt) vous ne craignez pas de publier qu'après te mort, il n'y a rien, que la vertu comme le crime, au-delà de la vie. trouvent un égal néant. Et n'at-on pas dit que si un Dieu vengeur et rémunérateur n'existait pas, il faudrait l'inventer ? Que si une incrédulité funeste a germé dans votre cœur, gardez-y v»ti?e déplorable secret ; mais ne venez pas arracher à la vertu malheureuse la dernière espérance, son unique consolation, dans les maux d'ici-bas ; ne venez pas ôter au crime heureux son unique frein en éloignant de lui la crainte salutaire d'une autre vie !...
Si de ces atteintes portées par les vers du sieur de Béranger aux dogmes, base de la morale et de toute croyance religieuse, nous passons à l'examen de ceux incriminés pour des attaques non moins coupables, contre les principes fondamentaux de notre ordre social, c'est avec un sentiment de douleur que nous signalons d'abord à votre anirnadversion l'offense faite à la personne du roi et à la dignité royale par la publication de la pièce de vers intitulée « Le Sacre de Charles le Simple ».
Ici, le respect dû à la majesté royale interdit presque toute explication ; il suffit de lire et la prétendue chanson et son préambule pour apprécier l'outrage dans toute sa gravité ; l'allusion fra >pe. et saisit au premier coup d'œil. et il n'est bea in d'aucune contention d'esprit, d'aucun effort
d'imagination pour en comprendre le sens et la portée. Comme nous, messieurs, vous la reconnaîtrez à travers le voile transparent qui la couvre.
Oui, c'est en recherchant dans nos annales le souvenir d'un roi faible et malheureux, que le sieur de Béranger, reportant, par une fiction coupable, du dix-neuvième siècle au neuvième, des choses qui n'existaient pas et ne pouvaient exister en ces temps reculés, a bien osé méprisant toute vérité, violant toute convenance, mettre en scène son souverain sous les traits et le nom de Tinfortuné Charles III. Oui, c'est bien la personne sacrée, ce sont bien les augustes cérémonies du sacre de notre roi qu'on a voulu tourner en dérision dans cette peinture fantastique d'un couronnement sur lequel l'histoire est muette.
Quoi ! ce prince qui vient de recueillir, en parcourant la France, les témoignages universels de l'amour et de la vénération de ses peuples ; ce prince si religieux, si loyal observateur de sa parole, si constamment occupé du bien-être de ses sujets, est représenté par un Français, à des Français, comme se laissant conseiller le parjure au pied même des autels témoins de ses serments ! (Quatrième couplet) On ose bien l'y faire voir méditant la ruine de ces libertés qu'il vient d'affermir, et dévorant la substance de ce peuple qu'il aime, comme l'aimait le plus grand et le plus chéri de ses aïeux. On ne craint pas enfin d'insinuer qu'il a des maîtres ; et, outrageant à la fois la religion dans ses ministres, le souverain dans sa dignité, on prête aux uns le langage impérieux
de la domination, et à son prince l'attitude et les sentiments d'une abjecte soumission. (Cinquième couplet). Non, le roi de France n'a point de maîtres sur la terre ; sa couronne, il la tient de Dieu.
Encore une fois, le respect nous défend de pousser plus loin l'analyse d'une pareille production, et nous en appelons à votre cœur, à celui de tous les gens de bien, pour comprendre, sans autre explication, que l'offense est non moins grande dans ce que nous laissons que dans ce que nous vous signalons.
Mais, non content de diriger ses traits offensants sur la personne du roi et d'attaquer sa dignité inviolable, le sieur de Béranger s'applique à exciter la haine, à provoquer au mépris de son gouvernement. Voyez la chanson intitulée « Les Infiniment Petits ou la Gérontocratie » (le gouvernement des vieux) qui vous est déférée sous le cinquième chef de prévention. »
En cet instant, un tumulte violent se manifeste à l'entrée de la salle d'audience ; M. le Président ordonne aux huissiers de faire saisir les perturbateurs ; mais, le tumulte continuant toujours, l'audience est suspendue pendant un quart d'heure.
M. l'avocat du roi continue ensuite en ces termes :
« Chaque jour du règne de notre monarque est marqué par des bienfaits, témoignage immortel de son amour pour son peuple ; la paix règne audedans comme au-dehors ; les arts sont encouragés, l'industrie protégée, les libertés publiques
agrandies florissent à l'abri du trùne légitime dont elles émanent, se prêtant un mutuel appui ; une solide gloire, une gloire sans tache est acquise à nos armes portées en de lointains climats pour un but aussi noble que désintéressé, et c'est quand il existe un si généreux accord entre le peuple et son roi. que vous vouez au mépris son gouvernement par une insultante assimilation avec cette nation imaginaire de nains, dont un auteur anglais (Swift) nous trace la burlesque et satirique peinture !
La Franco est heureuse, elle est grande, e 1 1 » es^ forte, et vous lui prophétisez une dégénération rapide, suivie d'une ruine honteuse !
Quel homme serait assez dénué de jugement pour ne pas comprendre tout d'abord quel est le sens de la chanson des « Infiniment Petits ». dont le refrain d'ailleurs tranche toute incertitude malgré la misérable équivoque employée par l'auteur, qui semble en avoir fait choix pour qu'on ne pût se méprendre sur sa coupable pensée.
Nous ne nous arrêterons pas à la figure, cependant assez significative aussi, qui orne en mani< de fleuron le bas de la page où finit cette chanson : nous ne chercherons pas si ci' n'osi point là un emblème d'un ordre de choses, qu'on voudrait voir renaître, à la place de celui qu'on s'efforce d'avilie: il est dans ce recueil bien d'autres vers qui témoignent assez hautement des intentions et des \œu\ de l'auteur, pour que nos présomptions ne paraissent ni téméraires, ni hasardée-.
Que dans la génération à laquelle non- appartenons, la plupart aient pu. dupes dès illusions
de l'âge, se livrer aux séductions d'une grandeur peu solide et d'une gloire trop chèrement acquis", on le conçoit : mais l'expérience et la réflexion, fruit des années, n'ont-elles pas dessillé tous les yeux ? Et qui d'entre nous peut aujourd'hui, svee bonne foi, regretter et souhaiter un temps aussi fécond en malheurs qu'il le fut en hauts faits ? Comment surtout l'auteur du « Roi d'Yvetot » de cette satire aimable et piquante de l'arbitraire et de l'esprit de guerre et de conquêtes, peut-il sans cesse, rappeler et préconiser dans ses vers un régime que sa muse frondait alors qu'il existait ?
Il est vrai qu'alors aussi ses allusions étaient fines et légères : elles étaient enveloppées d'un voile assez épais pour que l'œil du vulgaire ne pût le pénétrer, et ses traits à peine acérés effleuraient et ne déchiraient pas.
Quelle différence aujourd'hui ! Ah ! si dans Les temps que le sieur de Béranger présente sans g à notre admiration, et à nos regrets (dans ce recueil comme dans les autres» sa plume audacieuse eût laissé échapper des vers pareils à ceux qui vous sont déférés ; si les pompes d'un autre sacre, si celui qu'elles entouraient eussent été les sujets de ses mépris, les objets de sa dérision, est-ce la justice qui eût été appelée à apprécier ei punir 'offense ? Non. l'arbitraire eût ouvert les portes d'une prison d'Etat, et l'auteur, l'éditeur. l'imprimeur, les débitants du téméraire écrit. eussent vu les portes se refermer sur eux. pour un temps assurément plus long que la détention légale qui peut leur être infligée aujourdhui pour un- faute.
Mais, dira-t-on peut-être, en admettant dans les vers incriminés, le sens qu'on leur attribue, ce sont des chansons, et au temps où nous vivons, dans le pays où nous sommes, peut-on donner tant d'importance à des chansons ?
La chanson, il est vrai, eut toujours privilège en France ; mais convenons pourtant que son privilège n'a jamais été illimité, et il est des personnes et des choses qui sont toujours restées hors de son domaine.
D'ailleurs, il ne suffit pas de donner à des vers le titre de chansons, pour les aépcuiller du caractère de libelles, et leur attribuer celui propre à la chanson telle qu'on l'a toujours entendue en France, Nous ne la reconnaissons point dans ces vers, dont la politique fournit les sérieux sujets, où la malice est remplacée par la malveillance, et une critique badine par une hostilité agressive. Ce ne sont point là les gais et piquants refrains que faisaient et supportaient nos pères.
Si, par les formes du style, les vers du sieur de Béranger tiennent de la simple chanson ; par la grandeur des idées, la profondeur des pensées et l'énergie de l'expression, il en est certains qui s'élèvent quelquefois jusqu'à l'ode. Appelez-les des chansons, soit ; mais bien que vous indiquiez un air, ainsi que le disait, dans 1p premier procès du sieur Béranger, le magistrat dont le brillant plaidoyer est encore dans tous les souvenirs M. de Marchangy) il ne sen suit pas qu'on soit tenu de les chanter ; on peut tout aussi bien les dire.
On a dit que le sieur de Béranger était un sédi-
tieux de salons, et qu'il n'écrivait point pour les guinguettes. Sans doute, quelquefois dans ses vers, l'allusion et le sens sont assez obscurs, ou, si l'on veut, assez profonds pour échapper à des intelligences vulgaires ; mais son talent peu commun, son talent, dont nous déplorons l'abus et les écarts, sait prendre tous les tons ; il s'adresse souvent aux salons, il s'adresse aussi aux chaumières ; disons mieux, aux tavernes, où ses couplets ne sont pas inconnus. Voyez le recueil qui est sous vos yeux, voyez ceux qui l'ont précédé ! ils sont reproduits dans tous les formats ; mis à la portée de toutes les fortunes ; et pourquoi ? c'est qu'apparemment les vers qu'ils renferment n'ont pas tous été faits pour des esprits d'un ordre supérieur. Bien plus, le libertinage et l'esprit de sédition s'en emparent et y trouvent des tableaux propres à parler aux sens leur plus grossier langage ; ainsi l'attestent les gravures obscènes et séditieuses destinées à accompagner ces réimpressions qui surgissent de toutes parts. Croyons que c'est contre le gré de Fauteur que ses œuvres sont souillées de pareilles turpitudes, mais il n'en est pas moins certain qu'elles en ont fourni les sujets.
CeMes des productions du sieur de Béranger qui vous sont déférées, vous le reconnaîtrez, messieurs, ont bien tout ce qu'il faut pour être entendues de l'esprit de licence et de révolte du plus bas étage, et on ne peut se dissimuler que l'auteur les a conçues dans ce but, car il n'a pas cherché à s'y élever au-dessus des entendements vulgaires. Soit qu'il outrage la morale pu-
blique ou qu'il se raille de la religion de l'Etal. soit qu'il insulte à la majesté royale et qu'il appelle le mépris sur le gouvernement légitime, ses pensées sont claires, ses expressions simples e1 positives : dépouillez ses vers de la rime, brisez la césure, enlevez tout le prestige de la poésie. et sa pensée paraîtra dans toute sa laideur, ses couplets ne seront plus qu'un libelle.
Non, les vers dont se composent les prétendues chansons du « Sacre de Charles le Simple » et « Des Infiniment Petits » ne sont point les produits faciles d'une débauche d'esprit ; ce ne sont point les gais enfants d'une ingénieuse et passagère malice, mais bien l'œuvre calculée d'une méchanceté froide et réfléchie.
Et quel temps, disons-le donc, quel temps at-on .choisi pour enfanter de pareils vers ? Lorsqu'au sein d'une paix mêlée de gloire tout prospère dans notre belle France : quand tes Français reconnaissants se pressent autour de leur roi dans un commun sentiment d'amour et de respect, quand, se ralliant à son auguste personne et à sa royale famille, ils voient en lui et les siens, les pères et les conservateurs des libertés publiques ; alors, enfin, que tout tend à l'ordre et au bonheur qui le suit, quel mauvais génie inspire le sieur de Béranger, quel délire coupable lui fait jeter encore au milieu de nous des paroles de licence et de sédition ?...
Oui, messieurs, vous réprimerez de tels excès, vous infligerez à leur auteur une punition que doit aggraver la leçon perdue d'un premier châtiment; votre justice n'épargnera pas ses coin-
plicea, et vous considérerez que ceux-là surtout
sont plus repréhensibles, qui ont donné l'un soins, l'autre ses presses, pour multiplier et répandre l'écrit dangereux dont nous venons de vous occuper. Avec la Loi que vous êtes chargés d'appliquer, vous n'admettrez pas que celui qui a acheté cet écrit pour le publier et le vendre, que celui qui a veillé à son impression et en a reçu le prix, que ceux enfin qui Font publiquement vendu ou mis en vente, avertis d'ailleurs qu'ils étaient tous par la première condamnation des productions du sieur de Béranger, puissent se couvrir d'une prétendue ignorance, que repoussent également la raison et la loi. »
M Barthe, défenseur du poète, prend la parole.
« Messieurs, dit l'avocat, nos lois ont prie en main la défense de la morale publique; et vos
consciences sont le code le plus sur que vous puissiez consulter pour en constater les principes et caractériser les outrages dont elle aurait été l'objet. Je croirais déshonorer mon ministère si je réclamais pour aucun genre de littérature le privilège de la méconnaître ou de l'insulter. Béranger le répudierait avec moi.
La morale religieuse, que votre justice a aussi le mandat de protéger, manquerait-elle des éléments certains, nécessaires pour la signaler à votre raison ? Messieurs, le respect des deux vérités essentielles, bases de toutes les religions, l'existence de Dieu, et l'immortalité de l'àme. voilà ce qui la caractérise ; mais à côté de
principes placés en uehors de toute discussion. le monde entier est en possession de discuter librement les croyances moins essentielles qui environnent les bases sacrées que je viens de vous signaler. Vous me rendez assez de justice pour ne pas craindre que mes paroles puissent sur ce point blesser à cette audience, on votre conviction ou vos sentiments.
Nos lois ont prononcé l'inviolabilité de la personne du prince ; mais, si la personne est à l'abri d'odieux attentats, son honneur doit être protégé contre les outrages. C'est le droit de chaque citoyen, c'est le droit de celui que la Charte a proclamé le premier représentant de la force publique. Principe évident que je m'empresse de faire entendre librement, et sans autre désir que de prévenir vos esprits contre la confusion que de vaines clameurs auraient pu y faire pénétrer.
Cependant, Béranger, que je vais défendre, est accusé d'avoir foulé aux pieds ces principes et ces lois. L'accusation semble invoquer -a propre évidence, ou plutôt, pour échapper à d'invincibles difficultés, elle délaisse l'argumentation, et demande que la discussion soit transportée à huis clos dans la chambre du conseil. Ce n'est pas tout, traitant notre poète comme un de ces hommes qu'un pouvoir inhumain interdisait, au nom du ciel, du commerce de leurs semblables, tout ce qui a consenti à avoir quelques rapports avec lui, à l'occasion de son livre, libraires, imprimeurs! semblent avoir contracté une souillure. Ils sont prévenus avec lui.
Etrange accusation, qui semble demander à un pays tout entier de se repentir des sentiments qu'un grand talent, et qu'un noble caractère lui ont inspirés, étrange accusation que la raison publique désavoue ; qui produit l'effet d'un véritable anachronisme, et qui paraît subie tout aussi bien par le ministère que par le prévenu luimême. Non, la cause de l'accusation n'est pas dans les chansons mêmes, elle est ailleurs.
Vous 1? savez, messieurs, une administration, qui dans son antipathie pour les intérêts et pour les sentiments nationaux avait tout bravé, jusqu'au mépris, est tombée enfin à la voix du prince et de la patrie. Dans la violence de son dépit, le parti qu'elle représentait nous menace par ses clameurs, et nous attaque par ses intrigues. Ses débris tendent à se réunir ; ils s'agitent autour du trône pour persuader que le sol est ébranlé : malheur à notre pays, si jamais les organes de cette faction vaincue surprenaient à •ceux de qui dépendent nos destinées un autre sentiment que celui qu'elle inspire à la France !
C'est cette faction qui, cherchant quelque consolation dans le mal qu'elle peut faire encore, a imposé par ses clameurs à un ministère dont la faiblesse trahit parfois les intentions, le devoir d'un procès, contre un poète qui a le plus contribué à lui arracher le masque dont elle se couvrait comme nous, messieurs, le ministère subil aujourd'hui ce procès.
La religion est attaquée, s'est-on écrié, le roi est outragé et vous le laissez sans défense. Sans croire peut-être à ces discours, il a fallu céder,
et Béranger est traduit devant vous comme une preuve qu'il fallait donner de sentiments religieux et de dévouement à la personne du roi. Cette condescendance était d'ailleurs facilitée par l'espérance d'environner cette accusation d'une faveur toute particulière.
Le prince qu'on dit outragé venait de parcourir avec bonheur cette belle province d'Alsace. si longtemps calomniée : la chute d'une administration flétrie, l'espérance d'un meilleur xvenr, tout excite à la joie publique ; pourquoi ne pas garder au logis quelques couplets que d'odieuses interprétations peuvent corrompre ? Poète, à qui la Providence a départi le génie, qui vous êtes indigné avec nous, avec nous participez à ces fêtes, à ces banquets, et même à ces danses, et qu'une cantate pleine de bonheur remplace désormais l'épigramme et la satire. » Ainsi, on reconnaîtra peut-être qu'il n'y a pas délit, on blâmera le moment de la publication, al cette tactique d'invention nouvelle si facile, si indulgente parfois pour ses vices, si disposée à pardonner d'anciennes corruptions, qui juge toul d'après les lois de l'utile, qui s'indigne, se mime ou admire selon le mot d'ordre donné par l'habileté et accepté par la confiance, gardera Rancune au poète national pour avoir fourni un préteste à de tarasses et calomnieuses interprétations.
Vaine espérance ! ce calcul sur lequel s'appuyait la pensée première de l'accosatiea a été déjoué ; une nation généreuse et pleins de sens ne délaisse pas aussi facilement ses affections H
sa reconnaissance. De toutes parts, les marques d'intérêt sont venues environner le poète ; j'en atteste cette affluence même de citoyens qu pressent à votre audience. On se croit encore en présence de l'une de ces vieilles antipathies administratives contre l'indépendance et le talent. On ne conçoit pas que l'on vienne agiter judiciairement de misérables interprétations qui, pour atteindre un noble caractère, blessent la dignité royale au lieu de la défendre. Mais avant d'aborder ces interprétations pour en faire justice, je dirai deux mots sur quelques circonstances qui ne sont pas sans intérêt. »
Après cet exorde, le défenseur aborde le premier chef de prévention, puisé dans les couplets de c< L'Ange Gardien ».
« De tous temps, dit-il, l'imagination dénommes s'est plu à créer des êtres surnaturels qui, sans être la divinité, en étaient une émanation, qui s'attachaient à chaque existence en particulier pour en adoucir les amertumes, et en augmenter les félicités. Dieu protège le monde par ces lois universelles, et chaque existence aura ainsi son ange tutélaire qui la suivra dans toutes les situations. Tous les écrits qui viennent de l'Orient attestent cette consolante rêverie.
Cependant la destinée des hommes est bien diverse. Ici ie luxe étale ses jouissances en présence de l'indigence privée du nécessaire. Ici la force et la santé, à côté, les infirmités les plus cruelles. Ces contrats ont frappé mille fois l'imagination des poètes et des philosophes, et notre littérature est pleine des mouvements d'humeur
qu'ils ont pu inspirer. Voltaire lui-même, au milieu des ressources que sa fortune, son immense réputation et son esprit pouvaient lui donner, ne supportait pas volontiers les ennuis de la vieillesse.Après les avoir décrits,voici comment il s'exprime :
Tous nos plaisirs n'ont qu'un moment ; Hélas ! quel est le cours et le but de la vie ?
Des fadaises et le néant.
0 Jupiter ! tu fis en nous créant,
Une froide plaisanterie.
Et dans la pièce qui précède, adressée à une dame de Genève, il termine par ces mots :
Chacun est parti du néant.
Où va-t-il ? Dieu le sait, ma chère.
Et certes, messieurs, jamais il ne sera justement appelé athée ou matérialiste, celui qui a fait les plus beaux vers sur l'existence de Dieu, et l'immortalité de l'âme.
Dans la chanson de « L'Ange Gardien » le poète a peint un pauvre perclus attendant son dernier moment dans un hospice. Là, il est visité par son ange gardien, et il lui demande des comptes sur la protection qu'il lui devait. Voilà la pensée de l'auteur.
Le ministère public et la prévention, choisissant parmi tous les couplets qui composent ce poème oeux qui, détachés, se prêtaient plus facilement à l'accusation, n'ont pas parlé des autres. Per-
mettez-moi, messieurs, de remettre sous vos yeux toute la pensée de l'auteur. Voici ce poème en entier. (M* Barthe lit la chanson de « L"Ange Gardien », à l'exception du dernier couplet.
Voilà donc cette irréligion, ces couplets si coupables, si odieux, qui avec les fatales ordonnances ont commencé la persécution de tant de gens, lesquels subissent le martyre avec l'humble privilège de résister aux lois du royaume, et de vivre au milieu du luxe sur les impôts payés par les persécuteurs.
Ah ! messieurs, s'il était vrai que la morale religieuse ou que la religion d*Etat eussent reçu de véritables atteintes dans ces derniers temps, ce ne serait ni la saillie du poète, ni la prétendue licence des écrivains qu'il faudrait accuser. Je demanderai à ceux qui se disent les seuls défeni la religion, si plus d'une fois des actes patente n'ont pas démontré au pays que la religion .ait invoquée par eux pour couvrir des vues d'ambiîion et même des intérêts honteux.
Vous dirai-je ce que j'ai vu moi-même aux élections de 1827, dans Paris, clans la capitale du pays le plus civilisé de l'Europe ? Quelques noms manuscrits furent ajoutés sur les listes. En vertu de cette inscription, sept individus, revêtu- du costume ecclésiastique, se présentent pour voter. Le serment est prêté ; le bulletin est déposé. Messieurs, il a été reconnu, avoué, jugé, qu'aucun de ces électeurs, pris dans les congrégations des Lazaristes et des Mission- étrangères, ne payait un sou de contributions. (Mouvement.)
Voilà de ces faits déplorables, dont les jour-
naux ont retenti, et qui semblent dii :>-
pulation : « La religion n'est qu'un drapeau pour guider un parti ; elle n'est plus la haute sanction de la morale. »
Vous avez vu la moralité de tout le poème, en voici le résumé :
Ce pauvre diable ainsi parlant,
[Mettait en gaîté tout l'bospi.
Il éternue, et s'envolanl.
L'ange lui dit : — Dieu te bénisse !
— Tout compté, je ne vous dois rien,
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.
Je vous le demande,. Messieurs, y a-t-il attentat contre la religion ? Y a-t-il là attentat contre la morale publique ? L'avocat du roi n'est pas fixé lui-même sur la nature de la prévention. Il a semblé blessé de cette expression, vieux lin C'est qu'il ne l'a pas comprise, car le vieux li; .. ne sert jamais dans l'extrême-onction ; c'est du drap mortuaire qu'a voulu parler Fauteur.
J'ai du reste, messieurs, étudié mon c; j'ai voulu voir quelle était la définition de 1' trème-onction : j'ai vu que c'était un sacrement particulier et spécial à l'Eglise catholique, à son culte ; j'ai vu que l'extrême-onction est un ment qui a pour objet de faire traître
plaies de l'âme et de rendre la santé au quand ce! i est expédient à Di<
Parcourez la Fontaine, voyez a Mort et le Curé » :
Un ni1 s1 i allait tristem
S'emparer «Je b
Un curé s!en allail gaîmenl
Voilà certainement des plaisanteries. Et plus bas:
Monsieur le mort, laissez-nous faire.
On vous en donnera de toutes les façons : Il ne s'agit que du salaire.
-. messieurs, cette licence est plus grande çue celle que vous reprochez à Béranger, et cependant, il faut le dire. La Fontaine, que je citerai quelquefois, parce que je lui trouve plusiurs traits de famille avec le poète que je défends, était pensionné du roi et membre de l'Académie. Il vivait au siècle des dragonnades. La Fontaine a été bien heureux de n'avoir pas été protégé par les libertés constitutionnelles, que le ministère public interprète, ce me semble, d'une manière bien étrange. Sur ce point de la prévention, le ministère public s'est exprimé avec une virulence dont les termes présentent de fâcheux rapprochements, je le dis à regret, avec un journal, qui, le premier, a signalé Béranger à la vindicte publique. Cette Gazette de France, si dévouée à la charité chrétienne, cette Gazette de France, qui défend avec son patronage les intérêts de la religion et du trône, savez-vous comment elle s'exprimait à l'égard de Béranger ? c'est, dit-elle, un rimeur impie, un sale écrivain, digne do triompher à Bicêtre. Et dans quel are le traitait-elle ainsi ? Dans un article intitulé : Bicêtre, la chaîne des forçats. Béranger. Rapprochement infâme, dans lequel on semblait exprimer l'horrible vœu de voir Béranger accouplé à des galériens ! de le voir figurer à la chaîne
des forçats, en remplacement sans doute de ce contrafatto, dont les défenseurs exclusifs de la morale publique et religieuse ont si bien prouvé l'innocence et la candeur, en le défendant :ontre l'immortalité du siècle. (Mouvement dans V auditoire.)'
C'est ainsi qu'on attaque un grand talent, un noble caractère. Xon, la France ne peut prendre part à des accusations ainsi portées ! elle environne Béranger de son affection et de son admiration, parce qu'au fond de toutes ses poésies se trouve une moralité profonde, que ses accusateurs ne peuvent atteindre, qu'en ne le comprenant pas.
Au reste, messieurs, ces chansons circulent à l'étranger, en Belgique, où, certes, l'on n'accusera pas le ministre de la Justice d'une irop grande indulgence pour la Presse ; elles y sont distribuées librement : voudrez-vous que du nord de l'Europe, on montre du doigt la France, à l'occasion de ce procès, comme ia France se croit en droit de désigner 1 Espagne et le Portugal ?
Messieurs, dit l'orateur en terminant, voua n'oublierez pas qu'en jugeant le poème vous jugez aussi l'homme, que vous jugez Béranger, et c'est surtout sous ce rapport que ma cause est belle. Je le demande, quel est le Français qui voudrait briser le moule de l'auteur du « Dieu des bonnes gens », qui voudrait anéantir ses écrits ou les condamner à l'oubli ? J'aurais tort, il i d'exprimer devant vous ce que j'éprouve moimême d'estime et d'affection pour un caractère qui m'est si bien connu. Désintéressé, sans ambition,
son génie n'a pas même rêvé l'Académie, il n'a jamais spéculé ni sur son talent, ni sur I*intérêt qu'il inspirait; et quoique son cœur ne craignn pas le fardeau de la reconnaissance, il a pu refuser les offres de l'opulence, alors même qu'elles «Haient dictées par la plus tendre amitié. Sachant dérober aux Muses le temps que neaucoup d'infortunes ont réclamé, et qu'elles n'ont pas réclamé en vain, il a pu faire dire à son âme :
Utile au pauvre, au riche sachant plaire. Pour nourrir l'un, chez l'autre je quêtais ; J'ai fait du bien puisque j'en ai fait faire. Ah ! mon âme, je m'en doutais.
Il est vrai que sa muse, fière et indépendante, dans ses inspirations patriotiques, a traité souvent le pouvoir sans indulgence. Messieurs, je ne pense pas que le génie ait été jeté au hasard sur la terre, et sans avoir une destination. Béranger a aussi la sienne ; il vous l'a dit : Je suis chansonnier. Fronder les abus, les vices, les ridicules : faire chérir la tolérance, la charité, la liberté, la patrie, voilà sa mission. S'il a signalé ce qui lui a paru dangereux, toutes les infortunes l'ont trouvé fidèle : c'est pour lui surtout que le malheur a été sacré.
On l'a accusé de bonapartisme. Messieurs, lorsque le colosse était encore debout, et avant que le Sénat eût parlé, Béranger avait, dans son Rot d'Yvetot, critiqué cette terrible et longue guerre, qui aurait pu engloutir la France avec le chef de ses soldats. Béranger n'est certes pas un partisan des tyrannies de l'Empire, mais quand il
a vu le îion renversé, insulté par ceux-là même qui rampaient à ses pieds., les vicissitudes de cette grande destinée ont ému son âme ; une sorte d'intérêt poétique s'est emparé de lui, et il à déposé une fleur sur la tombe de celui qui. pendant sa puissance, n'avait obtenu dp lui qu'une critique.
On a parlé, messieurs, de la grandeur actuelle de la France, de l'accroissement progressif d< libertés ; on vous a parlé de nos armées s'illustrani en ce moment même sur le territoire de la Grèce, pour une cause sacrée. Messieurs, j'ai cru. à rhaque mot du ministère publie, entendre l'éloge de Béranger. L'agrandissement progressif de nos libertés ! ah ! j'en appel!'' à iow' conseien
E.-t-il étranger ■ la civilisation, à
• - agrandissement de nos lib ïs !" poète qui ;• chanté le « Dieu des bonnes Gens », qui a flétri l'intolérance, et poursuivi de ses vers vengeurs tous les ennemis de ces libertés et de civi-
lisation ?
Vous avez parlé de la Grèce !... quels vers, plus que ceux de Béranger, ont rendu chère aux nations fâ fause de la Grèce moderne : [es massacre Psara, la délivrance d'Athènes, l'ombre d'Anaeréon évoquée et récitant une poésie digne d'Aoacréon lui-même ? Mais que dis-je ? Au moment même où il comparait ici. eu police correctionnelle, où sa libère- esl je, une sentinelle, dans les forteresses de la Morée, répète peut- «'I son nom el ses vers pour exciter
d'armes à la défenr* d'ui - '•■ >île cause, os dans l'auditoire.
Mais il est un autre titre qui ommande à
mus les hommes généreux. De tous les sentiments, relui qui honore le plus les nations à leurs propres yeux, aux yeux de l'étrange -î le
patriotisme, c'est l'amour du pays, la hain^ de l'invasion étrangère, l'amour des gloires de la patrie. C'est à faire naître, à réchauffer ce noble sentiment que noire poète excelle. Oui l'amour de la patrie, l'amour de la France, voilà ce qui, dans vers, au milieu des banquets ou des rêveries de la solitude, a fait battre le cœur de ses concitoyens, voilà ce qui a fait son immense popuia En quelque lieu qu'il se présente, en France, a l'étranger, il est sûr de trouver des admirateur-. des amis. 0 vous, messieurs, qui devez représenter le pays, ne dite- pas au roi qu'un tel homme n'a pour lui que des injures ; ne dites pas au poète que les autres nations nous envient, que la France n'a pour lui qu'une prison. »
Le tribunal condamne Béranger à neuf mois de prison et à dix mille francs d'amende.
Immédiatement après la condamnation, Jacques
Lafitte, ami et protecteur de Béranger ouvrit dans
bureaux une souscription, et le pays paya
l'amende de son chansonnier de onze mille deux
cent cinquante francs.
Voici les chansons poursuivies, il n'en fut donné ou lu que des extraits à l'audience, mais i: intéressant de les donner entières, à seule Un de montrer largement les pensées du maître.
L'on a remarqué que l'avocat du roi en a fait
: — elles s'élèvent parfois jusqu'à l'ode,
a-t-il dii — cependant la « Gazette de France .
conseilla tout simplement d'envoyer le rimeur à... Bicètre !... A ces braves Bourbons le « earecro duro » ne suffit pas, c'est l'argument de Sganarelle qui prévaut !
Mais patience, bientôt tous ces messienrs de la Terreur blanche, seront chassés vers l'Etranger, dont ils vivaient du reste et d'où ils venaient.