ORIGINE DU « ROI D'YVETOT ». — PREMIÈRES CHANSONS DE BÉRANGER
Bérangcr passant rue du Chantre, et rue Saint- Honoré où se trouvent aujourd'hui les Magasins du Louvre, voit comme enseigne chez un marchand de vins « Au roi dTvetot ». Le titre relient l'attention du poète, qui rêve alors de faire un Opéra-comique. Mais il se rend vite compte dé la difficulté à construire une telle œuvre, et songe alors à faire une chanson.
De nature républicaine. Béranger donnait des larmes à la République, et qu'on le sache bien, son admiration pour l'Empereur, ou mieux pour le génie de Napoléon. n'ôta rien à la répugnance qu'il éprouvait pour le despotisme de son Gouvernement. C'est en présence des levées de trois cent mille hommes, faites coup sur coup, qu poète laissa tomber les rimes moqueuses de cette chanson du « Roi d'Yvetot ». La chanson fredonnée dans les bureaux de l'Université, parvint aux oreilles du Grand Maître de l'Instruction Publique qui se fit remettre les couplets pour les porter à l'Empereur, Napoléon parcourut les vers de Béranger et se mit à rire aux éclats en voyant cette douce et joyeuse critique de ses conquêtes ci 4e aon r£gnc.
— Savez-vous l'air ? demande-t-il, à M. de Fontanes.
— Oui, Sire, répond le Grand Maître, et il fredonna les notes faciles de la chanson.
Les courtisans ne furent pas peu surpris d'entendre le soir, l'Empereur chantonner entre ses dents :
Oh ! oh î oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! Quel bon petit roi c'était là, La. La !
Béranger sut l'anecdote et composa aussitôt « Le Sénateur », qui eut autant de succès. Cette bouffonnerie amusa fort les Tuileries dit-on. malgré son rôle d'opposition.
Voici ces deux premières chansons du poète ; elles datent, on peut le dire, la fortune littéraire de Béranger.