INTRODUCTION
Toute la vie de Catulle tiendrait en quelques lignes , s'il suffisait de réunir les renseignements trop rares et bien vagues qu'ont laissés sur lui les anciens. La chronique d'Eusèbe donnerait la date probable de sa naissance et de sa mort ; quelques vers d'Ovide (,) le montreraient, le front ceint d'une couronne dé lierre , traversant avec son ami Calvus les sentiers pleins d'ombre des champs Elyséens pour aller au devant de Tibulle, comme eux moissonné par une mort prématurée ; nous apprendrions d'Ovide (2) et d'Apulée (3) qu'il aima et célébra dans ses vers, sous le nom emprunté de Lesbie, une certaine Clodia; Suétone, w Tacite (5) et Quintilien (6) nous diraient que ses
(i) Ovide, am. IX, 61. — (2) Ovide, trist. II, 427. — (3) Apul. dé magia, 10. — (4) Suét. Jul. Oes. 73. — (5) Tac. ann. IV, 34. — (6) Quintil. inst. orat. X, 1.
épigrammes mordantes irritèrent et atteignirent César , alors tout puissant ; enfin , de fréquentes allusions de Martial (1) et de Pline le jeune {i) attesteraient l'admiration qu'excita son talent, l'autorité qu'il avait parmi les poètes et les grammairiens , le renom dont il jouit aussi longtemps que dura la littérature latine. A travers ces quelques témoignages , le poète de Vérone apparaîtrait comme un esprit aimable et charmant , comme un artiste scrupuleux et habile — dodus; — il serait facile de se faire de lui une image gracieuse et légère. Cette image serait malheureusement fugitive , et plus elle nous plairait , plus nous aurions le regret de ne pouvoir lui donner un contour plus net et plus précis.
Mais quelle que soit la discrétion des contemporains de Catulle et de ceux qui sont venus après lui, ses poésies nous restent, et nous devons en tirer les renseignements qui nous manquent. S'il est possible d'y trouver quelques dates, quelques faits positifs et certains ; si , d'autre part , en les lisant, nous remarquons que l'homme, au lieu de se dérober , s'y est peint lui-même ; si les per-
(i) Martial, VIII, 73 , X, 78, XIV, 195. - ( 2 > Pline j., I, 16.