‹ Étude sur CatulleChapitre 3 sur 144 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

sonnages dont il nous parle , loin d'avoir été créés par sa fantaisie, sont bien, malgré les noms qui les recouvrent, ceux qu'il a connus, aimés ou haïs; si d'un bout à l'autre de ces pièces tristes ou gaies , nous reconnaissons la sincérité d'une âme également incapable de feindre et de se surfaire , d'un poète que ses propres sentiments et les événements de sa vie ont le plus souvent inspiré, n'avons-nous pas le droit d'y chercher , avec son caractère , son histoire même ?

En pareille circonstance , le sens littéraire , si sujet qu'il soit à l'erreur , est encore le guide le plus sûr. Appuyées sur quelques faits incontestables — et ils ne manquent pas dans l'œuvre de Catulle — les inductions et les hypothèses exposées avec |^ur nuance de probabilité , peuvent devenir des certitudes ; en arrivant à la vraisemblance , on n'est pas loin de la vérité. La convenance des parties entre elles , l'harmonie des détails et de l'ensemble, l'impression dernière qui se dégage de l'œuvre entière en sont la plus sérieuse garantie. Grouper autour de deux ou trois faits incontestables et de plusieurs pièces d'une importance singulière , d'autres faits moins cer-

tains , mais moins graves , et des pièces que leur caractère et leur aspect semblent devoir rattacher aux premières , ce n'est point faire preuve de subtilité ni substituer le caprice à la raison ; c'est obéir à la logique et entrer dans la voie de la vérité. Tel est le but que je me suis proposé.

Je me suis donc permis dans cette étude des conjectures que je donnerai d'ailleurs comme telles ; j'ai tenu pour vraies des assertions douteuses, et de ce que les choses avaient dû se passer

de telle ou telle manière , j'ai conclu quelquefois qu'elles s'étaient en effet passées ainsi. Il me suffira , pour n'être point accusé de hardiesse ou de crédulité , de faire les réserves nécessaires , et on me pardonnera d'avoir accepté des apparences qui aident peut-être à pénétrer plus profondément dans l'intelligence des œuvres de Catulle.

Imaginons un instant que les documents nous fassent défaut sur tel ou tel poète de notre siècle — et il en est que bien des ressemblances rapprochent de Catulle , — admettons que la critique ait gardé le silence sur leur compte ; oublions, s'il se peut , tout ce que nous savons d'eux : n'est-il pas vrai que nous les retrouverions encore dans leurs

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