‹ Étude sur CatulleChapitre 56 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV

la maladie, la crainte d'une mort prochaine , déconcertent et poussent à la superstition.

Dans une dernière pièce désespérée , Catulle semble avoir eu le pressentiment de sa fin : (i) « Cela va mal » pour ton ami , mon cher Cornificius, oui, bien mal. Je » souffre de plus en plus et de jour en jour , d'heure en » heure ; et pas un mot de toi, ce qui était si facile, pour » me consoler ! Je t'en veux de payer ainsi mon amour. » Ce furent peut-être les derniers vers qu'il écrivit. Il est aisé d'y voir la preuve qu'il mourut d'une affection de poitrine , surtout en les rapprochant d'une autre pièce où il se plaint d'une toux obstinée , (2) et en songeant que sa mort fut prématurée. Ce sont toutefois de simples hypothèses ; elles augmentent peut-être l'intérêt qui s'attache au souvenir du jeune poète , mais une critique sévère ne peut les accepter sans réserves. (3)

Il est d'ailleurs impossible de décider à quelle date Catulle mourut. Faut-il conclure de ce que nous ne trouvons dans ses poésies aucune pièce datée d'après 54, qu'il mourut cette année même ? L'affirmation en pareil cas est arbitraire , tfiais il est permis de supposer qu'en pleine maturité et dans tout l'éclat de la renommée , il n'aurait pas cessé d'écrire , s'il avait vécu longtemps encore. Nous devons croire par conséquent, nous rapportant aux témoignages d'Ovide et d'Eusèbe, qu'emporté par cette maladie

(1) c. XXXVIII. - (2) c. XUV.

(3) Remarquons cependant la pièce LU , rapprochée de la pièce XXXVIII que nous avons citée. L'épigramme LU est de l'année 54.

Quid est Catulle ? quid moraris emori ?

Ce mot répété deux fois dans l'épigramme paraît avoir un sens précis et douloureux ; il indique une mort pénible, résultat d'une consomption lente.

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dont il se plaignait si amèrement , Catulle n'a pas vécu au delà de Tannée 53.

La plupart des écrivains et des hommes politiques des dernières années de la république ont fini malheureusement ou prématurément. Si Ton songe à cette société brillante et agitée au milieu de laquelle vivait Catulle , quelles morts lugubres , toutes différentes par leur caractère , toutes semblables par leur promptitude! Dans un espace de dix ans , Lucrèce disparaît sans laisser de traces de sa vie, Licinius Calvus est enlevé brusquement, Clodius expire , égorgé par des gladiateurs , dans une maison inconnue , sur le bord d'une route ; Celius est massacré obscurément à l'extrémité de l'Italie, dans une émeute soulevée par lui et dont il est la victime ; Cicéron surpris à Gaète tend sa tête blanche aux sicaires de Popilius , César tombe dans la curie, frappé de vingt-trois coups de poignard , et Brutus , le meurtrier de César , provoque la mort qui l'avait épargné , et se frappe lui-même en protestant contre les Dieux. Presque tous ceux qui avaient pris part à la guerre civile ou qui en virent le développement , finirent avec elle. Ce qui périt dans .les batailles sanglantes de Thapsus , de Munda , de Philippes , ce n'était pas seulement un parti politique , c'était tout un monde qui s'en allait. Pour accomplir et pour chanter l'ordre de choses qui allait commencer , il fallait des hommes nouveaux. Quelques années après la mort de Catulle, retentissaient les imprécations passionnées d'Horace contre les fureurs des guerres domestiques , et Virgile , au milieu des ruines de l'Italie , saluait avec une admiration naïve le jeune Dieu de la Rome monarchique. Les mœurs , la langue , les caractères , tout devait s'assouplir

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