‹ Étude sur CatulleChapitre 58 sur 144 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De TAlexandrinisme à Rome au VII siècle

de la République.

Si l'on pouvait mesurer la grandeur des littératures d'après l'importance des événements pendant lesquels elles se sont développées , aucune époque littéraire ne serait plus riche que celle qui s'écoula depuis le tribunat des Gracques jusqu'à la bataille d'Actium. Le monde soumis en Occident jusqu'à l'extrémité de la Bretagne, en Orient jusqu'au fond de l'Asie , les trésors des provinces qui entourent la Méditerranée pénétrant en Itahe avec la culture Grecque, Rome remplie de savants étrangers et de professeurs de belles lettres, la vie du monde commençant , et naissant avec elle le goût des choses de F esprit , l'art de bien dire devenant une force et une gloire ; et en

même temps , les convulsions émouvantes d'une société politique près de se transformer ou de périr, les conquêtes glorieuses au dehors, au dedans le luxe excessif et l'extrême misère , le forum ensanglanté , la tribune assiégée et violente, tout semblait être aux études des poètes un secours, et pour leur imagination un spectacle et un aliment. La tragédie parcourait les rues avec les bandes armées pour la guerre civile ; elle était avec Tib. Gracchus assassiné au Capitole, avec Marius caché à Minturnes , avec César immolé dans le sénat ; la comédie ouvrait les maisons des particuliers et entrait dans le lointain mystérieux où les mœurs antiques avaient jusqu'alors relégué la femme libre, l'épopée, à la suite de César , parcourait la Gaule, l'Espagne , la Thessalie , l'Afrique ; la religion chancelante , la philosophie incertaine , les pressentiments de l'avenir , les douleurs du présent , devaient inspirer la poésie lyrique. On peut dire enfin de ce temps, que la poésie y était partout , excepté dans la littérature même.

En effet , le silence que gardèrent les siècles suivants sur les versificateurs contemporains de César , le peu de soin que l'on prit de leurs œuvres , et la rareté des fragments qui en ont été conservés , en prouvent la pauvreté. Nous ne savons à peu près rien des tragédies que les amateurs de littérature , comme le frère de Cicéron , composaient avec une facilité banale ; nous n'avons que quelques passages des comédies d'Afranius ou des mimes de Laberius ; enfin, une centaine de vers réunis des nombreuses épopées mythologiques ou poétiques d'Hostius , Vairon, Cinna ou autres écrivains studieux, des citations presque inintelligibles des essais de poésie lyrique amoureuse et savante de Lcvius, Calvus, Varron, Menunius, ne

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