GIGÉROM
rains auxquels on puisse comparer Cicàron ; eh bien I supérieur au premier, égal au second pour le génie, il n'est inférieur en patriotisme ni à Brutus ni à Caton. Si raccord ayait pu être maintenu entre César et Pompée, il y eût mieux réussi que Caton, et il a, mieux que Brutus, vu, proclamé, fait, pour consolider la liberté reconquise, ce qu'il fallait et dire et faire. Je ne parle que du citoyen, que serait-ce si je parlais de Thomme? sij'opposais son désintéressement à l'économie de Caton, aux prêts usuraires de Brutus, aux richesses de Pompée, aux dettes et aux spoliations de César? Oui, Racine a raison: « c'était un fort brave homme. »
Un mot sur les principaux correspondants de Cicéron. Au premier rang se place Atticus. Atticus est Tami de toutes les heures, des bons et des mauvais jours, celui auquel on confie tout, les chagrins domestiques, les découragements de Texil, les joies des succès oratoires, les embarras où Ton est de prendre un parti entre César et Pompée, toutes les faiblesses en un mot et aussi de trop courtes mais généreuses résolutions. Conseiller littéraire, en même temps que conseiller politique, Atticus est le censeur rigoureux qui ne laisse rien passer, mais aussi Tami obligeant qui se charge du soin de publier les ouvrages au moment favorable, de les mettre en vogue et d'en assurer le succès. En politique ses conseils sont plus précieux encore. Habile et prudent, désintéressé dans les différentes factions qui troublent la république, il a la prévoyance du calme et la
franchise de Tamitié ; bien vu de tous les partis, il les oblige sans en trahir aucun. S'il n'a pas le courage du sacrifice personnel, il ne manque pas cependant, au besoin, de dévouement. Cicéron, s'il les eût toujours suivis, se serait mieux trouvé de ses conseils. Malheureusement nous n'avons plus les lettres d'Âtticus ; avec sa prudence habituelle les avait-il détruites? ou le temps nous les a 4-il enlevées?
Le second correspondant de Cicéron , c'est Celius. Les lettres de Celius sont une gazette de tout ce qui se passe à Rome^; c'est aussi la chronique des procès scandaleux, des railleries sur la censure d'Âppius, des craintes sur les dangers que court la gloire militaire de Cicéron, au moment où les Parthes passent TEuphrate. Dans cet éloignement où le retient son gouvernement de Cilicie, Cehus est la consolation de Cicéron ; il le ramène par la pensée aux agitations du Forum, aux intrigues du sénat, à toutes les fièvres de la vie romaine.
Nous rencontrons aussi des lettres de César et de Pompée, les premières pleines de ménagements et d'adroites avances faites à Cicéron. L'an 49, au mois de mars, il lui demande de ne point quitter Roine, il désire s'aider de ses conseils , s'appuyer de son crédit et de son influence ' ; peu de temps après, il lui fait la
^ Omnia enim sunt ibi sena tus-consul ta , edicta, fabulse^ rumores. — Ad famil., VIII, i.
* In primis a te peto, quoniam confido me celeriter ad urbem venturum , ut te ibi videam, ut tuo consilio , gratia, dignitate , ope omnium rerum uti possim^
288 GIGÉRON.
rnéme demande^; enfin, au mois de mai, il l'engage^encore plus vivement à garder la neutralilé, et à ne se déclarer pour personne, aujourd'hui que la fortune est favorable à César, puisqu'il n'a pas cru le devoir faire, quand elle était incertaine '.
Les lettres de Pompée au contraire ont la sécheresse du commandement; c'est le devoir qui parle encore plus que l'amitié. Il prie Cicéron de venir le joindre incessamment; il le prie de nouveau de venir le joindre à Lucérie , et , dans une seconde lettre, de venir à Brindes. Il se plaint de ne pas recevoir de lettres de Cicéron, et le presse encore avec plus d'instance de venir le joindre.
Signalons encore deux lettres d'Antoine ; la première écrite, en 49, après le passage du Rubicon, est une lettre Qatteuse pour retenir Cicéron dans le parti de César ou du moins dans la neutralité, et l'engager à ne pas passer la mer ; la seconde est impérative; c'est une sorte de défense de quitter l'Italie*. Nous avons mentionné une troisième lettre écrite en Tan 44, par laquelle Antoine demande à Cicéron son consentement pour le rappel de Sextus Clodius, déjà accordé par César : requête d'un maître qui veut être poli.
Devons-nous nommer Brutus? ses lettres sont-elles