‹ Étude sur CicéronChapitre 16 sur 53 · CICÉRON ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

CICÉRON ÉCRIVAIN

Orateur^ critique, philosophe, moraliste, publiciste, toutes ces qualités réunies , dans Cicéron, à un si haut degré, ne seraient rien, si le style n'était venu y donner une suprême et immortelle beauté. « Il y a, dit M. Joubert, mille manières d'apprêter et d'assaisonner la parole ; Cicéron les avait toutes. »

C'est là en effet le trait caractéristique de Cicéron: il est avant tout un grand écrivain. Le grand écrivain se reconnaît à deux signes : l'ordre dans la composition et la beauté du style. Or, Cicéron allie au plus haut

* Epist. fam.f XI, xsviii.

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degré ces deux mérites, il sait tout disposer et tout embellir. Dans les matières les plus rebellés, la critique littéraire, la morale et la philosophie, il n'est pas moins fertile en heureux artifices qu'il ne Test dans ses harangues* U relève l'aridité des préceptes par de^ exemples bien choisis, la sécheresse des détails par la vivacité de Texpression, et l'ensemble même de la composition par une mise en scètie dramatique ou des accidents pittoresques. Ainsi, dans- le Traité de VOrateur, il répand sur un site tout romain la lumière du Phèdre et Tombre du platane de Socrate. L'exposition du Brutus est pleine de mouvement et de vie. Dans les DevoirSy qui ne se rappelle, au milieu de ces distinctions subtiles de la casuistique morale, le récit piquant de la mésaventure de Canins si habilement trompé? Dans les Académiques, il ouvre, au milieu de la discussion, une perspective charmante sui* cette mer de Naples, dont les vagues, tour à tour jaunâtres et azurées le matin, brillent et étincellent de mille nuances empourprées , alors que le soleil les vient éclairer et blanchir. Dans le de Finibus, de Cumes, où commence l'entretien, il nous introduit dans la bibliothèque de LucuUus, puis nous transporte sous le ciel brillant de la Grèce, dans Athènes , où il réveille la voix si doucement harmonieuse de Sophocle; enfin, pour ne pas tout citer, je rappellerai seulement cette introduction du second livre des Lois, sur laquelle les souvenirs du lieu natal, le chêne de Marins, ces deux petites rivières

ÉCRIVAIN. m

qui baignent et entourent le Lyris et le Fibrène répandent tant de charme et de fraîcheur.

Dans ses Discours il montre les mêmes et heureuses inventions : narrations vives ou enjouées , épisodes brillants, descriptions fleuries, tableaux touchants. Sa présence d'esprit, l'étendue et la variété de ses connaissances, le sentiment général deTart^qui ne Pabandonne jamais, lui sont un trésor toujours ouvert où il puise avec abondance , sans le jamais pouvoir épuiser. C'est ainsi que dans les Verrines it intercale Texquise description de la vallée d'Enna ^ ; que dans le discours pour Rabirius Posthumus, il fait une petite his^ toire de tous les sages qui n'ont pas dédaigné d'être les courtisans des rois'; dans le « pro Murena', » il fait rire aux dépens du stoïcisme et de Caton; en parlant pour Sextius, il énumère hablement tous les Romains illustres qui ont trouvé, dans leur impopularité même, leur honneur et leur gloire. Tel est encore dans le « pro Ârchia, » ce magnifique éloge des lettres ; enfin ses discours sont semés de citations de vieux poètes ; «non pas, ditQuintilien, parade d'érudition, mais agrément, mais doux re^ pos pour l'oreille fa tiguée des rudes accents du barreau \ »

Le style n'est pas moins varié que la composition .

* Verrinei, IV, XLvm, xux.

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