‹ Étude sur Daniel Huet, évêque d'AvranchesChapitre 13 sur 13 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Hoet y dans les quatre ouvrages que nous ve&oos d'analyser, traite des questions d'ordres divers. Les unes ont pour objet la certitude et sont du domaioe •de la philosophie ; les autres ont pour objet les rapports de la raison et de la foi , et intéressent lechristianisnoe. Huet , en les développant , expose ou réfute ,^ et il a la prétention d'employer des preuves nouvelles ; ces preuves lui ont été fournies par son esprit pénétrant et subtil, qui avait à son service une érudition prodigieuse. Son exposition est toujours claire et méthodique ; mais elle n'est point approfondie : la lumière n'éclaire que des superficies. Son argumentation est également claire, quelquefois solide; il n'est pas rare qu'elle soit sophistique.

Huet , en exposant sa doctrine sur la certitude , s'obstine à soutenir que la certitude humaine , même au plus haut degré, n'est pas entière et parfaite ; mais il reconnaît qu'elle est fondée sur la constitution saine de l'esprit humain , qu'elle est une inspiration de la nature , qu'il y aurait de la folie à ne pas l'admettre , et

quç l'on serait ioe&cus^le devant Dieu, en y résistanf. Huet n'est donc pas pyrrhonien ; il accepte la doctrine commune sur la certitude ; il se sii^ularise en wUi* sant d'employer l'expression reçue.

Huel , en déterminant les rapports de la raison et de la foi , prétend que les vérités évidentes sont plos certaines quand elles ont été confirmées par la foi : c'est une erreur, ou au moins un paradoxe , mais ce n'est pas du pyrrhonisme. Huet soutient , avec tous les chrétiens , la nécessité d'une révélation surnaturelle , mais il accorde à la raison ses droits légitimes ; il établit que la raison précède la foi , qu'elle fournit les motifs de crédibilité ; que la foi n'est jamais contraire à la raison, qu^elle doit être circonscrite dans le cercle des vérités qui sont de son domaine , qu'elle ne doit pas intervenir dans l'étude des sciences naturelles et physiques ; que ce qui est contre le bon sens est aussi contre la religion , et que la Bible inspire le goût des sciences ;

Huet s'est singularisé par deux argnments ad homi-^ nem , qui non-seulement ne prouvent rien , mais qui peuvent lui être opposés- Dans les Questions iTAunayy il compare les fables du paganisme et la morale des philosophes anciens , avec les dogmes et ta morale dia christianisme , et il conclut de ce parallèle que les payens ne pouvaient pas , sans inconséquence , refuser d'admettre les mystères et la morale de la religion chrétienne. Cette argumentation tétait fondée sur une erreur

de fait, et, contrairement à la pensée de Huet, tendait, gi le parallèle avait été exact , à infirmer la nécessité d'une révélation surnaturelle.

Dans le Traité philosophique de la Foiblesse de Vesprit humain. , Huet veut justifier ce paradoxe : La philosophie qui s'abstient de tout assentiment dogmatique est la philosophie la plus favorable au christia* nisme. Pour le prouver, il adresse un ai^ment ad hominem aux philosophes qui ne veulent reconnatlre que Fautorité de la raison. Cet argument consiste dans l'exposition des preuves des sceptiques et de leurs réponses aux dogmatiques. Huet rapporte ces preuves , sans les juger. Il se propose seulement de mettre la raison aux prises avec elle-même , afin que sa faiblesse étant constatée, elle sente la nécessité de la foi. Huet n'est donc pas pyrrhonien ; il avait commencé par exposer, dans son Traité , sa doctrine sur la valeur de ta certitude inconciliable avec le pyrrhonisme. Mais il a employé une argumentation erronée et dangereuse, qui, si elle était solide , détruirait son opinion personnelle sur la certitude.

Que l'on affirme que Huet n'est pas un théologien , nous en conviendrons volontiers : Huet le reconnaissait lui-même. Qu'on ne le place pas aux premiers rang s

1 «Pour théologien, M. Huet que j'ai fort connu ne l'était pas, et ne se glorifiait pas del'étre.v Nouveaux mémoires, etc., de l'abbé d'Artigny, tom. 1 , pag. 404, note a.

parmi les philosophes , nous ne protesterons point ; il nous a semblé qu'en étudiant les questions philosophiques , Huet songeait moins à les approfondir, qu'à entasser des textes , quelquefois sans examiner s'ils étaient bien appliqués. Mais nous soutiendrons toujours que Ton calomnie Tévêque d'Avranches, quand on en fait un pyrrhonien.

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