‹ Étude sur Daniel Huet, évêque d'AvranchesChapitre 3 sur 13 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

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HuET est un de ces rares esprits qui ont eu le privilège d'appliquer avec succès la vigueur de leurs facultés intellectuelles aux divers objets de la connaissance humaine. Il fut astronome, physicien , chimiste , géomètre , helléniste et hébraïsant du premier ordre. Sa prose et sa versification latines n'étaient pas indignes des grands écrivains du siècle d'Auguste. Son érudition était un prodige^ aux yeux des savants même. Il fut poète , philosophe , apologiste du christianisme. On ne s'étonnera donc pas qu'il ait joui, de son vivant, d'une grande renommée, et qu'il soit mentionné avec honneur dans l'histoire des lettres et des sciences.

On doit le déclarer ; certains écrits de Huet firent naître des alarmes et eurent des contradicteurs,

L^accusation de scepticisme fut même prononcée, à la suite de la publication d'un ouvrage posthume ; elle a été répétée de nos jours par de nombreux écrivains.

Cette accusation n'avait pas la même gravité dans l'esprit de tous ceux qui Font portée. Chez les uns, elle renfermait le reproche d'irréligion. Le Traité philosophique de la faiblesse de l esprit humain leur paraissait démentir la Démonstration Evangélique, Un petit nombre prétendit que le scepticisme de Huet était un jeu d'esprit , et non pas une opinion sérieuse ; d'autres n'y virent et n'y voient encore qu'un paradoxe dangereux, soutenu pour établir les fondements de la foi sur les ruines de la certitude humaine.

Cependant l'évêque d'Âvranches eut un habile et savant défenseur , qui se proposa de montrer que là où l'on croyait découvrir le scepticisme, on ne doit voir que l'exposition de la doctrine vraie, reçue par tous les chrétiens, qui proclame, non pas Vimpuissance de la raison , mais son insuffisance , et la nécessité d'une révélation surnaturelle, réclamée par la raison elle-même.

Le scepticisme , à quelqu'un des points de vue que nous venons d'indiquer, peut-il être attribué

à Huet ; ou bien l'apologie du P. Battus doit-elle être acceptée ? Telle est la question que nous avons l'intention de résoudre. Deux moyens s'offrent à nous pour obtenir une solution confortne à la vérité. Il faut d'abord nous efforcer de déterminer le caractère moral de Huet, les tendances et les habir tudes de son esprit. Des faits de sa vie nous aideront à tracer son caractère moral. Les tendances et les habitudes de son esprit nous seront révélées par la lecture attentive de ses écrits , où elles se réflécjiissent. Il nous sera* facile alors de juger si ces tendances et ces habitudes intellectuelles, et ce caractère moral peuvent s'allier avec le scepticisme, ou s'ils paraissent peu compatibles avec ce système.

Il faut ensuite soumettre à un examen approfondi et impartial, les ouvrages où Huet expose ses doctrines philosophiques et théologiques ; la Démonstration Évangélique , la Censure de la philosophie cartésienne y les Questions d'Aunay^ le Traité philosophique de la faiblesse de l'esprit humain.

Notre étude sera donc divisée en deux parties : la première contiendra des détails biographiques sur Huet ; la seconde, l'exposition et l'appréciation de sa doctrine sur la certitude et sur les rapports de la raison et de la foi.

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