DES CHAMPS MARIÉ
qui tous jours brait et crie /
Tance et maudit douce vierge Marie.
Entendez- VOUS ce cri de détresse :
Beau sire Dieu, pour quoy me mariai- je ? '
U y a dans ces doléances une exagération manifeste. (Tout ce qu'on peut inférer de certains détails, c'est qu'il épousa une femme d'un âge déjà mûr*, et qu'il ne s'était pas fait une juste idée des charges du mariage. La paix domestique est le prix de concessions réciproques ; et rien ne prouve que des Champs eût en partage l'indulgence et la douceur.
Jeune, il ne souffrait pas la résistance ; plus âgé, il ne tolère pas la contradiction. Il s'accuse lui-même d'avoir un caractère inégal, ca-. pricieux, fantasque. C'est un digne o Chancelier des Fumeux », passant de la joie à la tristesse, de la confiance à l'abattement. Un rien le met hors des gonds : la patience est sa moindre vertu^ Il aime à se sentir son maître, et la régularité monotone de la vie de ménage
' Crap., 100.
' I J'ai seryi, dont je sui meschans [mal en point)
j Sans cueillir ne fueille ne flour, Vielle femme el jeunes enfans, Qui m'ont faite mainte laogour. . . (causé maint ennui)
{Man., 223, col. 2.)
a4 ÉTUDB SÇI^ |.ÇS;(JVÇÇIÇ DBS CHAMPS
n'est point son ffi\t * . fÎ9^,s laissçypns donc à j sa femme le bénéfice du souveuir qu41 lui consacre, lorsque plus tard, mariant sa fille, il invite celle-ci à suivre les traces de sa mère :
Vueilliez en bien à vo {votre) mère retraire (reuembler) *. \ i
é^Ol^e ^'oftç \wiQn h^aft a^orUe :
Vrai IHeu, que c'est noble c^ose et joieuse, Vuji^ çt rQ|K]^, I homme qui Cemoo^çi ^ Obéissant, douce, lLuml)le et gracieuse, fit qui onques son mari ne coursa {fâeha\, Idais en tout teopis Thonore e^ bonoura, Et qui vuet tout ce que son mari yuet. . .
, & lo.u$ {je Ume\ pieu, qui à j9\é m'es^^^9|, («m^p^raç) ] Quant m*a donné si douce compai^nie *.
Il dit ailleurs :
' Qui trouvçr(4t femme ti^mble et ^«ç^aire, De gentil cors, de gracieux maintien. . .
Homs {on) ne pourroit miex, pour garder te si^,
* l\ convient trop droit charier
Î!ui çn ménage cb^arie ; ont son bon' temps faut varier (ehanger) ! Par femme qui tous jours varie»
' Une heure brait, une heure crie, ; (Ça ce mçnde o^'f (il n'y a) te\ t^tt^^a^| l \ ; Pour un voir (vrai) dire ceA^ ibis men^ Et vuet, pour ivrer (y«f c« çueUe jjurei, m'çn la croie. . .
I Ç$|r^ tel 6eu9 (c^o^« âv^^t {ç^^ff) que. çlç pran^re tel . Sire seroit, elle servant et dame. . . ^ [femme.
' Qai i^iasi fait, il ne puet plu9 graç^t bie^ i ^voir de Dieu ne plus grant joie au monde *.
Notons ce bon mouvement et sachons en gré à des Champs. Il a besoin d'an effort pour rendre justice aux femmes ; il ne croit guère à leur veiftu, et volontiers, comme Sg2^parelle, il la placerait sous la garde de bons verroux'. Il confine la fipwme au foy^ clwn^s^iqi:^^ ; les devc^Xs qu'il Iw tv^çe sont \o^\ ^^^ 4èpeft^8ift(5^ et dçi goumissioA :
soyez po (peu) emparlée A TO mari ferme et obéissant. • • *
Le vieux poète comique Susarion, tançant toutes les femmes en souvenir des méfaits de la sienne '^ n'est pas plus rude que notre Cham-
* C'est le mot d'Ovide sur Philéoxon et Baucis :
Nec refert dominos illic famulos ne requiras : Tota domus duo sunt : idem parent que jubentque.
(Met. VHI, V. 035.)
^ V. VSeolê det maris, A. I., Se. 1.
^ n leur adresse des recommaudations qui paraissent au moins superflues :
Gardez vos corps de fol atouchement...