V. Crap
' A xou£Te \c(^. SourapUdv X^ci Ta8e...
Kaxàvf^'vaixeç.... (Poet. Comte, Gr€sc» Fragm.
Ed. PlDOT.)
penois. Ses railleries coulent de source : la femme est un trouble-fête, un rabat-joie* ; elle rit, elle pleure, elle vous caresse, elle vous bat, au gré de sa folle humeur ; dites-vous blanc, elle dira noir par esprit de contradiction :
Fèves voulez ; on vous donrra [donnera) des pois . . .
Quoi qu'il en soit, si des Champs fut malheureux en ménage, son martyre ne fut pas de longue durée. Resté veuf de bonne heure avec un fils en bas âge et une fille qui venait de naître *, il se trouva seul aux prises avec les tracas de la paternité. Ici encore, si vous écoutez ses gronderies, ses plaintes, ses rodomontades, le père de famille vous semblera plus que tiède :
Aises sont ceux qui n^ont ne fils no fille ! ^
La belle perspective en effet ! entendre pendant six ou sept ans le marmot pleurer, ne dormir que d'un œil, ne pas oser s'absenter un instant !
* Aussi Tappelle-on Rabat- joie. . . If an., 452, col. 2,
* Fille que j'ai, puis que [depuis que) vous fustes née Orpheuine de mère défaillant. . . (Crap., 113).
* Man.. 264.
DBS CHAMPS MARIÉ 97
On n'a tous dis (toujours) fors (fuê) Tœil à enli M
L'enfant a-t-il grandi ? nouveaux soucis. Vous en voulez faire un théologien? calculez ce qu*i] vous coûtera : six ans en grammaire, six ei logique, rue du Fouarre, sous les meilleui maîtres ; et ce n'est là que le premier pas. Le grade de maître en décrets est le prix de huit ou dix ans d'études. Si votre flls n'a ni prébendes ni canonicat, je vous plains. Comptez, conlptez toiûours :
robes d'escurenx (étureuit).
Housses, mantiaux fourrés de gris, Et de menu yair. Je te dis.
Et de fin cendal (taftUu) pour l'été.
Vivres, maisons, gens et estude. . . '
Mais VOUS destinez le jeune homme à la car-l rière des lois ; vous l'envoyez étudier le droit! civil à Orléans : en voilà pour trois années au moins. Après le droit écrit, la « pratique (procédure) > et le droit coutumier. Le flitur avocat est condamné à suivre les audiences d'un parlement, les assises d'un bailliage
Avant qu'il ose un mot sonner (faire mioudreK
' Aiir, de Jfar... Buè, 22.
* Jb, Rub. 22.
Des C.
9ft ÉTUDE StTR KÛSTÂtâÉ bfâ CHAMPS
Quô fewît ôn èfitet tîti légiste du seul droit romain ? Les « guises (coutumes) » ne varient-
ôllèâ pas d*Uû paya à raatfô! nouveaux frais.
Or a cousté et coufite encoreS) Et tOûâtèfÀ jûM^uéd alofB Qv'il Mra tanéan^ imn I
ï)ésîfez-vou8 pour Votre fils la noble profession des armes ? L'empire tyrannique de la mode impose au jeune poursuivant d'armes fùne double série d'épreUves.: les tournois, les voyages d'aventure. On publie une chevauchée en Frise contre le» vassaux dtt cotote révoltés, en Prusse contre les païensi en Hongrie contre les Turcs. Le Jeune homme en doit être : on peut compter sur lui ! mais il compte, lui, sur . l'argent patemeL Et la paix n'est pas moins (ruineuse que la guerre : armure complète, , «grands chevaux ridiement armés et couverts », costume de parade et de cérémonie, robe de soie et de velours rehaussée de brocarts d'or et d'argent, l'honneur d'un chevalier n'exige -t-il pas tout ce déploiement de magnificence ? Le poète en frémit encore tandis qu'il ' écrit son Miroir du Mariage.
Du reste ne comptez pas sur la reconnais- ■ sance de vos enfants. Ce fils tant choyé, si bien pourvu.
DÉS CHAMPS MARii %%
Ne Jamais bien ne ie hn^ '^e supportera ta vieillesce»
/ Il tovmit <lè»4on ta riofaeiM.
Et que tes cors feust enterrés^ Dès qn^l est dft femme enerrés [iptré) ; Car amour descent aux enfans Des pères ...
L'amour eut pètes né remonté Des enfans. • . '
Tout porte à croire q[ue ce n'est pas Thistoiré I dôBotifUs que râcôute ici des Champs. Il le; déstlûà d'abord à Ta théologie, l'envoya rué du j PDUarre ; maiâ les bénéfices ti*arrivant f)às, le . jeune hôknme embrassa la carrière plus lucra- ' tive du droit civil, et nous le voyons, vers Tannée 1395, étudiant à TÛniversitë d'Orléans.
C'est ce que nous apprend une Ballade' passablement ironique, adressée par le père au fTWkû dispensateur dés prébendes et des <^^ nonicats, au pape lui-même. La requête ne parvint pas à son adresse ; le pape Benoit XIII
* Mir. deMar.,Bui. 23.
■ V. GnAP.»|). 104.
Six ans (eioa fiU) a eo fiMfosûpfaie Al Paris en la rue {ruê au Fouarrt) esté.
IL lent à estre kabitité {obtenir m p^iês) In utroque (droit eanonf droit civil), . .
Cette prétendue supplique à l'adresse du pape n'est qu'un badinage. Le Trai nom du Jeufie Immtm tftait Lattfent. Le nom de (Hllei (le fin, Taiôsé), par lequel il est désigné âané h pièce, a bien Tair d'un sobriquet.
100 ÉTUDE SUR ËUSTACHE DBS CHAKPS
avait trop d'affaires en tête pour songer à pourvoir le jeune étudiant ; et, vers la fin du siècle, nous retrouvons le fils auprès de son père, en qualité de lieutenant-général du Bailliage de Senlis.
L'éducation d'une fille n'était pas un moindre \ tracas. Que de périls assiègent les jeunes âUes! La vigilance paternelle ne suffit pas toujours à les en garantir. Et puis on les élève, non pour soi, mais pour un mari qui vous les prend, en exigeant une dot. Une dot ! l'impertinent usage ! et la verve du poète se donne ici pleine licence*. Mais le père s'exécute, en murmurant entre ses dents :
Qui fille a n'est pas à repos ' I
Des Champs maria la sienne : il la dota ; il lui donna
Terre et argent, comme p^ doit faire ' :
et le duc d'Orléans voulant, à cette occasion, témoigner « à son féal conseiller et maistre de son ostel, par grâce espécial », sa faveur et
^ Grjlp., III, Cf. id. 140 et SCO.
' iùm., 905.
* Crap., 113.
DBS CHAMPS MARIÉ 101
son estime, ajouta au chiffre de la dot une somme de cinq cents francs en or, • tant pour considération des bons et agréables services qu'il nous a fais, fait continuellement et espérons que fasse », est-il dit dans la cédule, « comme pour accroissement du mariage de sa fille* » (15 avril 1393). Il est vrai que le trésorier du prince ne montra pas un empressement bien vif à faire honneur à la signature de son maître.
Des Champs songea-t-il à contracter une nouvelle union ? on y songea peut-être pour lui. Mais il se refusa énergiquement à toutes les propositions qu'on lui fit * à ce sujet. Il se voit déjà remarié ; il en a la fièvre ; il s'écrie :
Chétif dolent, es -tu bien marié ?
A quoi pensait son ami Simon Ployart, qui ' s'est hasardé à lui en ouvrir la bouche ? Insensé, qui se marie deux fois! la première,c'est ignorance; la seconde, c'est folie fli-i rieuse'. Quoi ! ne pouvoir plus dauber à son/
• V. HUi. lUi. XXIV, p. 200.
* Simon Ployart, très chier et bon ami, Au contenu en une lettre close
Que vous avez envoiéé vers mi (moi), A toutes fins au contraire m'oppose. . .
\Ma»,,2\%, c. 3).
' JfoA.t 216.
lOi ÉTUDE SUR BUSTACHB.DK$ CHAMPS
aise sur les maris trompés, les femmes revèches, les unions mal assorties ! n'avoir plus le droit de rire de Pierre MauguinS un sien ami qui disait pis que pendre des femmes, et qui en a pris une ! ne pouvoir décocher un trait malin à cet honnête traitant du mariage, ce < joli 9 chevalier, qui a épousé une vieille de cinquante ans, riche il est vrai, et dont il est bien sûr de n'avoir pas d'enfant*, ni chansonner Trébuchât , ce célibataire « repenti > \ (renégat) , qui s'est laissé prendre aux filets . d'une veuve ! car il n'est plus temps pour lui \ de s'en dédire :
Or es-ta prins au trébuehet ' ?
lui crie l'impitoyable railleur.
Pour être heureux en ménage, il faut être sourd, il faut être aveugle * ; la jalousie vous
' doit bien ciitr et braire
Pierre Mauguin, qui blamoit mariage, A toatea gêna deffesdoit femase prendre»
Qae Ton voit prina, et mis en ce serrage I . . .
(Man., 366. c. |).
* Mon., 228.
■ Man., 451. .
^ Qui bien vivre vuet en son mariage, w>K
Aveugle aoit et «ourd «ans rien oSr. ^'l/fj Bt ae gart bien de sa femme enquérir. ..Il
(Man., 363, ool'. 3).
DBS CHAMPS MARIÉ 103
dévore : c'est proprement le fléau du mariage * . Allez demander consultation à ce vieil ermite retiré du monde :
Compaing» ne vueiUiez marier. . .
Homs qui se marié se tue ; Advise bien.. , *
Vous insistez :
Si le ferai-Je !
L'ermite, d'un ton bourru, vous ferme l'huis
au nez :
Tu •• ft>l ; pnm u|m maMne. • • * 1
Qo 119 sauve paa les geus xn^gvé eux.
* Je me feoMe marié longtema «, Se ce ne feust une grief maladie
Que li mari encourent de pieça (depmê longtmpi) : ik qiedidn rappellent jalousie.
Qui ae mario il ^ V^\ m H (esia*
(JfMi..363,(^.ti.
* Mat^, 452. col. S et 3.
* Crap., p. 96.