‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 42 sur 77 · SATIRES CONTRE LES GENS D'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SATIRES CONTRE LES GENS D'ÉGLISE

Voilà les abus qui florissaient à l'ombre des offlcialités, mais ne pouvaient échapper à l'œil pénétrant d'un bailli royal. Ce n'était rien en comparaison du grand scandale que le schisme de 1378 avait fait éclater dans la catholicité tout entière.

Deux papes se sont prétendus légitimes successeurs de Saint-Pierre, Urbain VI, le pape italien, Clément VIP, le pape d'Avignon : chacun d'eux a sa cour, ses cardinaux, ses légats, ses partisans ; les deux rivauxse renvoient l'aflfront, l'invective, le mépris. Mais l'Eglise de France est particulièrement malheureuse ; les dignités ecclésiastiques sont un butin que se partagent le pape et ses trente- six cardinaux : le premier « se réserve ^ » les évéchés

' Mort en 1389.

* Mort en 1394.

' Sur tous ces abas de pouvoir des Champs prenait des notes. Nous les retrouvons dans le Miroir de Mariag$y auquel il dut travailler dès celte époque :

Destruites sont pluseurs esglises Par les sou vantions nouvelles (jtM^bvéniionê^ dtmeêjt Et par autres exacLions ; Plus n'ont nulles élections Les abbayes, les collèges (chapitres); La grant cour {Avignon) a tout réservé • . • La grant cour vuet tout dévorer . . .

Ne leur chaut dont (de guoi) le prieur vive, Ne comment Dieux y 0oit servis, Mais que {pounm gue) leur cuer soit asalnk (ifmhkL

[auouvt^

196 ÉTUDB SUK BUSTACHB DES CHAHPS

et les prélatures les plus importantes; il abandonne aux seconds les bénéfices de moindre valeur. La liberté des élections est partout supprimée ; les clercs instruits et dignes sont écartés des bénéfices qui sont livrés aux créatures ou aux familiers du pape ou des cardinaux. L'Université essaie d'élever la voix : le duc d'Anjou, régent du royaume, fait taire les plaintes, dompte les résistances. Le silence dure quinze années ; mais un jour une clameur formidable éclate * : c'est le livre de Clémengis sur la corruption de l'Eglise.

La lutte se ranimait plus ardente, plus implacable.

Des Champs n'était pas homme à rester neutre au milieu de ces conflits qui passionnaient ses contemporains. Il nous donne en bons mots, en chansons, en épigrammes, l'équivalent des anathèmes de Pierre d'Ailly, de Clémengis et des docteurs. Savez- vous, demande-t-il, pourquoi le pape Clément rassemble à Notre Seigneur ? C'est qu'il a grand soin de sa famille : ainsi faisait Jésus-Christ.

D'ettat, da mesgnié. de pompe (têrtiiêurs^ gnu di

[suite). • • • {Mêm., 525).

^ V. M. LvTiBifT. lé Saiirê êm FfWMê m mopén âf§, p.

Ml. ca». XVI.

SATIRES CONTRE LES GENS D'ÉQLISE i97

Dieu nous monstra, ainsi qu'il fut humains [en tant

Que Ton deToit ses amis avaacier ; [çu'komme].

Pour ce avancia de ses cousins germains

Jacques et Jean et autres qu'il ot (eut) cher,

Qui de gloire sont o [aeec) lui parsoonier [participauts] ;

Et, pour ce, pape Clément Do ses auiis mit si très-lar^fement Et avancia par devers court de Rome [Apiffnoit]^ Que Clémentins (parents de Clément) y seront longue « Ainsi les siens doit avancier tout homme. [ment :

Et le pape a bien raison :

Il se vaut mieux en ses amis fier Que quérir estrange gent (étrangers ^ \

Des Champs avait beau jeu contre les successeurs des apôtres. Ceux-ci, s'écriait-il :

Furent de Dieu les puissans champions.

Qui coururent par toutes régions

Sonnans leurs douze hucines (trompettes) En trois langues, Hébreux, Grecques, Latines. . . L'Esglise alors estoit donnée aux bons Sans prix d'argent. . . '

Leurs successeurs ont une autre méthode, celle que pratiquait Simon le Magicien. Vous êtes instruit, bon clerc, vous demandez une petite portion des biens de Dieu : sachez qu'il n'y a point de bénéfices pour les clercs pauvres. Les grasses prébendes, les bons ca-

* Man,, 153, col. l.

• Tam , 1, 1J0.

nonicats sont à rencan', et les apôtres modernes n'accordent < moutiers et crosses > qu'à ceux qui font « sonner » l'or . Voyez ces nuées de procureurs munis de bulles apostoliques,

Ces compteurs, ces divers papaux {officiers du paj^e) *,

qui s'abattent sur les évêchés, les cures, les prieurés, les abbayes, levant les dîmes, envahissant les bénéfices vacants, vendant au plus offrant les prélatures ; partout où passent ces

' Nul povre clerc pour sa science

Ne pourroit pas bénéfice impétrer :

Aux cardinaux faut promettre ou donner Qui vuet avoir Reims, Soissons ou Verdun • . .

{Man., 129, col. l).

* Tous vuelent l'or ; mais s'il ne sonne et clique [fait

[eliçueti*)f Nuls n^ara d*eulx bastons, moustier, ne clique . . .

{Man., 251, col. l).

Page 1