SCHISME
Si des Champs maltraite les financiers, il n'épargne pas davantage les gens d'église. Il leur reproche leur orgueil, leur cupidité, leur ambition. Il voudrait ramener le clergé à la pureté de son institution primitive et aux obli«gâtions de son état. Cherchez le prieur dans son monastère, le chanoine dans sa collégiale ou sa prébende, Tévéque dans son diocèse :
vous les trouverez à la cour des princes, où ils disputent aux laïques les offices mondains* et les grandes charges administratives. Regardez-les, ces hauts dignitaires ecclésiastiques, au milieu de c la tourbe » des chevaux et des écuyers, avec leurs manteau?: fourrés
* JfM., S20.
Idl l^TUDK SUR BtiStACHS DÉS CliAlCt>b
d'hermine, « montrant leur roue » (se pavanant), c faisant leurs moues et leurs fronces^ » (plissant la lèvre, fronçant le sourcil). Voilà un spectacle que des Champs ne supporte pas, dont il a « mal à la tète >. Officiers des princes, qui font d'eux leurs chanceliers, leurs ministres, les présidents de leurs chambres des comptes, les prélats, outre les bénéfices accumulés entre leurs mains, touchent des gages énormes,
. . . cent et quatre vingt mille (francs), Pour euls croupir en une ville :
Ainsis est l'argent despendu.
Par ma foi, c'est argent perdu !
Pendant ce temps, un vicaire les supplée, et Dieu sait comment, en leur absence, le troupeau est gardé !
Et par la coulpe des pasteurs,
Sont les ouailles en péril
D'aler à perte et à essil (ruine) ^
Pour ce qu'eles n'ont point de garde . . . '
La richesse a produit son effet ordinaire, le relâchement dans les mœurs. Parfois, le scan-
• Mir.deifar., Rub, 48.
' Mir. de Mar, (M an., 525.) Les plaintes de Clémeogis sur les mœurs du clergé (De Corr. Eccl. Sutu^ pass.), prouvent
2ue des Champs n Viagère pas. V. sur le grtnd sckism* I. ÎMMOMT, U Sot, em Frûncê, Ch. XVI.
SATIRKS CONTRE LBS GENS D'ÉGLISE 193
dale s'afiQche ; les fidèles s*étonnent, se moquent,
Bt diént : Veez (toyez) nostre cuié,
Nostre prélat et nostre abbé,
Qui nous lont Jeûner les vigilles :
Ils manguCnt \manffent) ; ils ont les filles. . .
Us ont tuit 11 péchiés mondains.
Pas ne fai mal, si je vueil faire
Autel {pareillement) comme mon curé fait *•
Qui réprimera ces excès ? Les clercs ne sont pas justiciables des tribunaux laïques. Or, les juges d'église ont la conscience large : leur premier intérêt est de ménager les coupables. Ils font une lucrative concurrence à la justice royale. Certains cas leur reviennent de droit, sans compter ceux qu'ils évoquent abusivement.
Ceuls qui jurent Tilainement, Femmes qui brisent sacrement De leur lit ou leur mariage *,
larrons, blasphémateurs, adultères, sont sûn
/ Mît. de Mar. (Man.. 524.)
* Ib, Voici la suite du passage :
Bt bommes de félon courage Qui emble («0/0}, tue on qui meurtrit (êiSMiim) Clers se fait sans savoir escript («avot> lire). On le requiert [pourzuit): il est reudns [99 déclaré wu^ine). Où [alort que) il n'est clers fors que tondns. • . '
(ifaii., 5S3, e. S).
Dks C. 13
194 ÉTUDB SXm BUSTAGHB DBS CHAMPS
de trouver auprès d'eux indulgence et miséricorde :
Car ce sont pitéable gent *.
Un point sans plus est nécessaire, l'argent.
Un homme a pillé, assassiné ; on le poursuit : il se déclare « rendu » (moine), n'eût-il de clerc que la tonsure ; son appel est toujours entendu ; les juges ecclésiastiques
Chargé de aes grief faix le preqnent ;
SMl a argent, ne le condempnent. . .
Car dès Te jour qa'on est en fosse (ênfritûn).
Composition se fait grosse»
Selon le cas et la personne.
Tout Yéa, sentence se donne
En la fin qu'on n*a rien trouvd,
Ne contre le meurdreur (meurtrier) prouTé.
Après le scandale de la procédure, on a celui de l'acquittement.
Âiosis est absous le larron ,
Bt ne lui faut autre pardon (ju4tifioatiQn)t
Et si (pourtant) est le fait tout notoire.
Lors ne sont plus en inventoire (sous uçu€itr$)
Ses biens ; on lui [le) délivre à plein ;
On lève de son corps la main.
Et s'en va du fait non pugnis.
Vrai coupable absous* Trop honnis
geroit un Juge séculer (t^culnr).
S'il vouloit ce chemin aler '.
' Mûm,t 971.
' Mm.,m(Mfi^d$Mar.).