‹ Étude sur Eustache des ChampsChapitre 44 sur 77 · SATIRES CONTRE LES GENS D'ÉGLISE · texte numérisé non relu

SATIRES CONTRE LES GENS D'ÉGLISE

loups dévorants, il n'y a plus ni brebis ni mou-* tons *.

Et cette situation intolérable se prolongerait ? non, non ; princes, il faut guérir le chef, car les membres n'en peuvent plus*; prélats, il faut tuer cette béte horrible, ce « minotaure à deux têtes ^ » à la langue double *. Vous surtout, clercs vertueux et savants, vous, universités menacées, abbayes dépouillées, liguez* vous pour soutenir votre cause et celle du ciel :

Collèges [ehapitrei), n^attendez demain ' ; Esiudes {^eoUs), vous deussiez aler Devers le roi, pour enborter (eahorter) Le concile ', et cerchier le voir (vrai).

Où était le vrai pape ? il fallait le découvrir ; l'autre était sûrement l'Antéchrist ou son précurseur''. Clément Vn venait de mourir; mais

De compteurs, de divers papaux, Bn la cour du pape et des princes, Ne fut bien gouverné 11 mons {monde) !

(Man.y iffî, c. 2).

^ Il n*e8t que reuars et buveaux

Qui estranglent brebis, moutons. . .

iM<m., 267. c. 2).

* Jfan., 256.

' Man,, 245.

^ Mon., 247.

* Tarb., I, 177.

' Probablement celui de Paris, en 1394.

' Man., 247.

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les cardinaux lui avaient déjà donné un successeur.

L'Université, sur laquelle tout le monde avait les yeux fixés, exigeait la démission simultanée des deux compétiteurs. Benoit XIII (Pierre de la Lune}, avant son exaltation, avait souscrit à cet engagement ; une fois pape, il attendit la démission du pape de Rome, Boniface IX'. Les théologiens parlent, écrivent, confèrent ; les ambassades des docteurs et des princes se succèdent à la cour d'Avignon ; les assemblées du clergé* se réunissent et discutent. La corruption fait son œuvre ; l'or semé par les deux cours partage les suffrages,

L'un achapte et li autre vend *;

les espérances d'union sont aussitôt déçues que formées. En vain des Champs demandait à tous les échos des nouvelles de l'accord des papes* : le pieux Gerson déclarait cette œuvre supérieure aux forces humaines^. Cependant

* Elu en 1389, mort en 1404.

* A Paris, à MeU, i Reims.

* Mir. de Jfar.y Mom., 525.

* Tarb., I, 179.

* Cité par Miehelet, t. IV.

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l'Université, à bout de patience, avait réclamé et obtenu du roi le retrait d'obédience au pape d'Avignon, et le maréchal de Boucicaut avait été chargé, à la tète d'une armée, de notifier au pape cette décision. Mais cinq années de blocus* ne purent avoir raison de l'entêtement de Benoît XIII. En ce moment le duc d'Orléans s'emparait de la direction des affaires. Ce prince convoitait l'argent du clergé : le pape lui promit une dîme sur les revenus ecclésiastiques; et aussitôt une ordonnance, arrachée au roi, replaça le royaume sous la suprématie religieuse d'Avignon. L'Université, à cette nouvelle, fulmine contre les amis de Benoît, les déclarant pécheurs et fauteurs de schisme*. Des Champs, sans prendre parti dans la lutte, est évidemment choqué de voir le caprice des princes faire si bon marché de la religion. Tenir un homme pour véritable suc* cesseur de Saint-Pierre et lui prodiguer comme tel les marques de respect, puis rompre brusquement et lui déclarer la guerre, enfin, après l'avoir tenu cinq ans bloqué dans sa capitale, le rétablir sans avoir pourvu à la pacification de règlise, de pareils revirements ont de quoi

' MiGRStST, t. IV, p. 1S4.

surprendre. Des Champs se contente d'exprimer son étonnement, et d'ajouter avec un soupir' :

Miez fasse Dieu du rétablissement (4408) Que Je ne voi de la soustraction (4598) 1

Témoin de ces divisions dont ni lui ni ses contemporains ne prévoyaient le terme, des Champs pouvait, sans hasarder beaucoup, signer cet engagement ironique :

Quant les deux courts seront d'acort

Pour Tunion de sainte Esglise,

Je fonderai en terre glise {(flaiséj^

Emmi (au miliiu de) la mer, un chtsial fort*

' Mon. 327.

* Man,j 385.

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